Qui est vraiment Emmanuel Macron?

Il y a trois ans, Emmanuel Macron était à peu près inconnu des Français. Dimanche, à moins d'un revirement imprévu, il deviendra le nouveau président de la République. Portrait d'un politicien aux personnalités multiples, dont l'ascension fulgurante a parfois été comparée au «hold-up du siècle».
Le jeune prodige
À 39 ans, Emmanuel Macron deviendrait le plus jeune président de l'histoire de la République. Emportés par l'enthousiasme, ses partisans le comparent à John F. Kennedy, à Barack Obama ou plus modestement, à Justin Trudeau. Un ancien ministre lui a même promis un destin de «rassembleur», à la hauteur de «Napoléon Bonaparte».  Rien de moins.
À défaut de balayer toute la France, la «Macronmanie» a gagné plusieurs vieux routiers de la politique, incluant l'écolo Daniel Cohn-Bendit, le leader de la révolte de mai 68. «Il a une manière de planter ses yeux dans les vôtres. Vous vous sentez écouté, mais aussi rassuré», a expliqué un député subjugué à la revue Marianne. Un peu embarrassé, le candidat a dû préciser que son mouvement En Marche! n'est pas une «maison d'hôtes».
L'écrivain Alexandre Jardin fait partie des rares personnalités qui ont quitté la caravane Macron, après en avoir fait partie. «Il y a une différence entre savoir capter le vocabulaire des gens, leurs attentes et s'intéresser vraiment aux gens, a-t-il expliqué. [...] Macron, ce n'est que de la [communication], de l'ambition personnelle.»
Pour l'instant, la majorité des électeurs semblent donner le bénéfice du doute au candidat. À l'image du président Hollande qui lui pardonnait tout. Au point de s'amuser de son côté Kid Kodak. «Moi, je suis [seulement] le président qui travaille avec Emmanuel Macron», blaguait-il.
Le banquier chez Rothschild
Les quatre années passées par Emmanuel Macron à la banque Rothschild restent enveloppées de mystère. Dans son livre Révolution, le candidat y consacre une page et demie. Moins qu'à ses lectures de jeunesse. De quoi alimenter les fantasmes sur l'argent et le pouvoir. Encore aujourd'hui, plusieurs adversaires le surnomment «M. Le Banquier».
Pour entrer chez Rothschild, le jeune Macron bénéficie du «piston» de plusieurs grosses légumes de la politique. Il ne les décevra pas. En 2011, il devient associé-gérant de la banque. En 2012, il supervise le rachat par Nestlé d'une filiale de Pfizer. Une affaire de 13 milliards $CAN, qui lui procure un joli pactole. Un habitué du Siècle, un club d'influence ultra sélect de Paris, croque le banquier Macron en une phrase : «Il est celui dont [nous avons] toujours rêvé : homme de gauche faisant une politique de droite, jeune rassurant pour les vieux.»
À l'époque, Emmanuel Macron semble concevoir son travail comme une parenthèse, en attendant l'appel du pouvoir. Il s'autorise même une franchise inhabituelle, lors d'une entrevue à la revue des anciens des Sciences Po. «Aujourd'hui, je ne suis pas prêt à faire les concessions qu'imposent les partis, c'est-à-dire à m'excuser d'être un jeune mâle blanc diplômé».
Plus tard, Macron expliquera que ses revenus ont été divisés «par 10 ou par 15» lorsqu'il a quitté la banque pour faire de la politique. Il exagère à peine. Comme associé chez Rothschild, il gagne environ 1,5 million $CAN par année. À titre de conseiller du président, il touche un salaire annuel voisinant 270 000 $. Devenu ministre, il doit se contenter de 180 000 $. Est-ce un signe de l'importance relative de chacun, dans la chaîne alimentaire? 
Le ministre socialiste
En 2014, à sa nomination comme ministre de l'Économie, Emmanuel Macron est présenté comme le «Mozart de la Finance». Mais très vite, le jeune prodige va énerver prodigieusement ses collègues ministres. Au point où certains compareront une discussion avec lui à un rendez-vous chez le dentiste. «[Il] est dans la séduction, pas dans l'action, confie un ministre anonyme à la revue Marianne. Il ne dit jamais non aux gens, il dit seulement ce qu'ils ont envie d'entendre». 
Plusieurs ministres jalousent ce blanc-bec à qui le président Hollande passe tous ses caprices. Sans oublier que Monsieur est devenu le chouchou des médias. Derrière son dos, on le surnomme «le microbe». Lors du premier conseil des ministres de l'année 2016, Macron crée l'émoi en arborant une barbe de trois jours. Plusieurs n'y voient qu'une façon de se faire remarquer!
Les idées du ministre pour assouplir les lois du Travail horripilent les vieux socialistes. De plus, Monsieur se vante de ne pas être membre du Parti, ce qui est aussi délicat qu'un évêque se targuant de ne pas être catholique, au milieu du Vatican. La mairesse de Lille, Martine Aubry, résume le malaise : «Macron? Comment dire? Ras-le-bol!»
Le 10 mai 2016, à l'Assemblée nationale française, les caméras surprennent une chose rarissime : une engueulade entre un ministre, Emmanuel Macron, et le premier ministre, Manuel Valls! De toute évidence, le Mozart de la Finance vit sur du temps emprunté. 
Jusqu'à la fin, le président François Hollande continue pourtant de protéger son turbulent ministre. «C'est un garçon gentil, répète-t-il aux journalistes qui recueillent ses confidences, dans le livre «Un président ne devrait pas dire ça». Même le jour où Macron démissionne pour préparer sa campagne à la présidence, le 30 août 2016, le président n'accable pas son protégé aux allures de Brutus. Il explique au journal Le Monde, sur un ton quasiment admiratif : «Il m'a trahi avec méthode». 
Le politicien people
D'un côté, Emmanuel Macron joue les candidats anti-système. De l'autre, il dévoile sa vie privée, comme une starlette. En un an, Monsieur a eu droit à cinq couvertures de Paris Match. Dix de VSD. Cinq de Gala. Les revues people l'aiment tellement qu'il doit freiner leurs ardeurs. Il y a risque de surexposition, de «Macron lassitude». 
Pour le meilleur et pour le pire, le candidat met à profit son mariage avec Brigitte Trogneux, son ancienne institutrice, qui a 24 ans de plus que lui. Une histoire d'amour hors normes qui captive. «Cette relation amoureuse entre un homme jeune et une femme mûre est très séduisante pour le lectorat féminin. Les Macron projettent une image moderne du couple ! » résume le magazine Point de vue.
Parfois, l'ambitieux Macron en fait trop. Il a les dents si longues qu'il égratigne le plancher. En avril 2016, alors qu'il est ministre de l'Économie, il pose avec Brigitte dans la cour du palais présidentiel pour la Une de Paris Match intitulée «Ensemble sur la route du pouvoir». Le président Hollande fronce les sourcils. Macron s'excuse. Il promet de ne plus recommencer. Jusqu'à la prochaine fois.
Sous ses dehors décontractés, le candidat prend un soin maniaque de son image. Il a renoncé à ses gros noeuds de cravate Windsor, jugé trop golden-boy de la Finance. Pour «gérer» les potins sur sa vie privée, Monsieur a même retenu les services d'une spécialiste, Michèle Marchand, surnommée «la reine des paparazzis». Madame fait le tri parmi des photos qui circulent. Avec elle, le potinage reste sous contrôle. Ou presque. Le mois dernier, les Macron ont porté plainte contre France Dimanche, qui avait annoncé... leur divorce. 
Le candidat «anti-système»
Très tôt, Emmanuel Macron constate que les deux principaux partis politiques français sont enlisés jusqu'aux essieux. Il faut en sortir. En avril 2016, il fonde le mouvement En Marche!, un véhicule politique qui a les mêmes initiales que lui (EM). Il publie aussi un livre intitulé Révolution, que les mauvaises langues conseillent pour soigner l'insomnie. Après son départ du gouvernement, en août 2016, le candidat a les mains libres. Il peut se présenter comme un outsider.
Avec le temps, le candidat peaufine son numéro. Il surmonte aussi plusieurs gaffes, baptisées les «macronades». Un jour, il qualifie «d'illettrées» les employées d'un abattoir. Plus tard, il lance à des grévistes : «La meilleure façon de se payer un [costume], c'est de travailler».  Sans oublier sa déclaration voulant qu'il n'existe pas de «culture française».
Peu importe. Pour Emmanuel Macron, les cartes tombent du bon côté. D'abord, le président Hollande renonce à se représenter. Ensuite, tous les favoris se retrouvent hors-jeu. Macron demeure le seul en piste, face au Front national de Marine Le Pen. Tant pis pour les critiques qui le présentent comme un imposteur. «Dans une présidentielle, vous gagnez toujours par défaut», philosophe-t-il. 
À quoi ressemblerait une présidence Macron? Difficile à dire. Le Mouvement En Marche! tourne autour de sa personne. Son programme pour «faire avancer la France» emprunte à la fois à la Droite et à la Gauche. Reste qu'au soir du premier tour, le 23 avril, il affiche une assurance qui frise l'arrogance. «En une année, nous avons changé le visage de la vie politique, triomphe-t-il. Puis, Monsieur part fêter dans une brasserie bon chic bon genre, avec des célébrités, comme si la victoire était acquise.
Pour un candidat qui doit jouer les grands réconciliateurs, ça commence mal. 
Au fond, c'est peut-être le chanteur Alain Souchon qui résume le mieux la situation. «Il faut être dingue pour vouloir devenir président de la République. Moi, j'aurais aimé être Mick Jagger, mais sûrement pas Barack Obama. Pourtant, ils ont tous les deux la possibilité de prendre un hélicoptère quand ils veulent...»