Face aux manifestations de l’opposition à travers le pays contre une supposée fraude électorale, le gouvernement hondurien a décrété l’état d’urgence dans la nuit de vendredi à samedi.

Querelle électorale et état d’urgence au Honduras

TEGUCIGALPA - Le Honduras attend toujours de connaître le vainqueur de l’élection présidentielle contestée tenue il y a une semaine, tandis que l’opposition de gauche au président sortant a dû faire profil bas dans la rue pour cause d’état d’urgence et de couvre-feu.

Le gouvernement du président sortant, Juan Orlando Hernandez — arrivé en tête du scrutin à un tour, selon un comptage réfuté par son adversaire de gauche, le présentateur de télévision Salvador Nasralla —, a décrété vendredi l’état d’urgence pour 10 jours afin de mettre un terme aux manifestations de protestation.

Tous deux ont revendiqué la victoire.

Après un couvre-feu de 12 heures, la capitale, Tegucigalpa, s’est réveillée samedi sous le choc des manifestations des derniers jours, au milieu des restes calcinés des barricades érigées la veille et des pierres lancées contre la police, tandis que, sur les murs, on pouvait lire des inscriptions hostiles au président Hernandez, telles «Dehors le dictateur!», ou encore «Fraudeur».

Jeune femme tuée

Une jeune femme de 19 ans, Kimberly Dayana Foseca, a trouvé la mort d’une blessure par balle dans la nuit de vendredi à samedi lors d’affrontements entre partisans de Salvador Nasralla et des policiers dans le quartier de Villanueva, à l’est de la capitale.

Le père de la victime, Carlos Fonseca, a accusé la Police militaire de l’ordre public (PMOP) d’avoir ouvert le feu sur sa fille. Le Parquet et la PMOP ont annoncé l’ouverture d’une enquête.

Luisa, la soeur Kimberly Dayana Fonseca, a raconté à l’AFP que «plusieurs agents de la police militaire sont sortis d’un buisson en tirant comme des fous et l’ont tuée d’une balle dans la tête».

Salvador Nasralla, qui avait appelé aux manifestations, a condamné «le coup d’État du président, candidat illégal à la réélection».

La candidature du président Hernandez, un conservateur de 49 ans du Parti national (PN), était contestée depuis le départ par l’opposition, car interdite par la Constitution, qui ne prévoit qu’un seul mandat. Une décision controversée de la Cour suprême l’a néanmoins autorisé à briguer un second mandat.

Accélérer le dépouillement

Le directeur de campagne de Salvador Nasralla, candidat de l’Alliance de l’Opposition contre la dictature, a expliqué samedi à la presse que son parti travaillait à un accord avec le président du Tribunal suprême électoral (TSE), David Matamoros, pour poursuivre et accélérer le dépouillement du scrutin présidentiel, sur la base de 11 critères.

«Ces exigences visent à donner plus de garanties aux résultats et nous sommes prêts à accepter les résultats qui sortiront de la mise en oeuvre de ces critères visant à la transparence du processus», a promis Marlon Ochoa.

Au fur et à mesure du décompte des voix, les résultats, très serrés, se sont inversés ces derniers jours en faveur du chef de l’État sortant.

Juan Orlando Hernandez était vendredi en tête, avec 42,92 % des voix, alors que son adversaire était crédité de 41,42 %, après le dépouillement de près de 95 % des bulletins.

Soupçonnant une fraude électorale, l’opposition exige notamment la vérification de 5174 procès-verbaux, transmis après plusieurs interruptions du système informatique.

L’opposition questionne aussi la participation dans trois départements de l’ouest du pays, qui a atteint 70 à 75 %, contre 50 à 55 % pour la moyenne nationale.

Avec quelque 9 millions d’habitants, le Honduras est un petit pays au coeur du «triangle de la mort» de l’Amérique centrale, miné par les gangs et affichant un des plus forts taux d’homicide au monde. Il a connu de multiples coups d’État, révoltes armées et conflits avec ses voisins, le Salvador et le Guatemala.

Observateurs de l’Union européenne

L’actuel président sortant avait été élu en 2013 après des élections déjà contestées par la gauche.

Il a demandé samedi au Tribunal électoral de ne pas retarder l’annonce du résultat : «Le comptage [des voix] que nécessite le pays, il est fondamental de ne plus le retarder», a-t-il déclaré, après une entrevue avec les observateurs de l’Union européenne et de l’Organisation des États d’Amérique, venus en nombre pour la présidentielle du 26 novembre.

L’opposition, qui dénonce depuis des mois le favoritisme du TSE à l’égard du président Hernandez, a accusé le tribunal de lui avoir «volé» la victoire.

Le TSE est composé de trois magistrats titulaires et d’un suppléant. Ce dernier, Marco Ramiro Lobo, avait jugé mardi que l’avance de cinq points de Salvador Nasralla sur le président Hernandez — avant retournement en sa faveur — était «irréversible».