Quelles cartes pour les démocrates en 2020?

Qui va affronter Donald Trump, en novembre 2020? Déjà, les aspirants se bousculent sur la ligne de départ. Jusqu’ici, 16 ont déjà confirmé leur candidature. Au moins trois autres devraient s’ajouter, incluant l’ancien vice-président, Joe Biden. De quoi donner raison à Patrick Leahy, le sénateur du Vermont, lorsqu’il disait : «Si vous rassemblez 15 démocrates dans une salle, vous êtes sûr d’obtenir 20 opinions différentes». Pour vous y retrouver, Le Soleil vous résume le jeu des cinq meneurs.
Joe Biden

JOE BIDEN, ancien vice-président des États-Unis, 76 ans

Ses surnoms : Oncle Joe, Joe au grand coeur, Celtique, Joe tout le monde, «Monsieur, j’aurais-gagné-en-2016»

Ses atouts : Oncle Joe, c’est le p’tit gars de la Pennsylvanie. Le candidat terre-à-terre qui peut parler aux «hommes blancs en colère». N’est-ce pas ces vilains garnements qui ont élu Donald Trump, en 2016? Avant même d’avoir annoncé sa candidature, il apparaît comme le favori des électeurs démocrates. Les sondages indiquent aussi qu’il est le mieux placé pour battre Donald Trump. Après avoir échoué deux fois à devenir le candidat démocrate à la présidence en 1988 et en 2008, M. Biden croit que son heure de gloire est venue. Il espère qu’on ne comparera plus sa carrière «à une longue répétition pour une chose qui n’arrive jamais».

Ses faiblesses : Dans le feu de l’action, Oncle Joe a tendance à gaffer, à déraper. Il existe des compilations des «bidenismes». De plus, son passé pourrait le rattraper. Ces jours-ci, plusieurs femmes l’accusent d’avoir été trop «chaleureux» avec elles. Nancy Pelosi, la leader démocrate à la Chambre, l’a même invité à adhérer au «club de ceux qui gardent leurs bras le long du corps». [1] Ce n’est peut-être qu’un début. On ne fait pas de la politique durant 45 ans sans collectionner les squelettes au fond du placard. Le journal Politico a résumé la situation de manière brutale : «Grand papa câlin ou vieux mononcle cochon?» [2]

Un aperçu de son jeu : Joe Biden plait aux militants démocrates plus modérés et plus âgés. Mais il fait rager les plus jeunes. Pour eux, «Oncle Joe» symbolise la vieille garde. Le politicien qui magouille derrière des portes closes. Pour gagner, Joe Biden devra dépoussiérer son image. Par exemple, il devra expliquer pourquoi il s’en remet aux contributions de gros donateurs, plutôt que sur un financement populaire. [3] Il faut dire que lorsqu’il est arrivé au Sénat, en janvier 1973, Richard Nixon était président et le groupe Kiss appartenait encore à la relève musicale.

Robert Francis «Beto» O'Rourke

ROBERT FRANCIS «BETO» O'ROURKE, ancien élu du Texas à la Chambre des représentants, 46 ans

Ses surnoms : Beto, Le sauveur du mois, Le Kennedy des pauvres, Le Obama blanc

Ses atouts : Depuis un an, «Beto» traverse le paysage politique comme un météore. On le compare volontiers à Robert Kennedy. En novembre, aux élections de mi-mandat, il a failli battre le sénateur républicain Ted Cruz, la bête noire des Démocrates. Autant dire que Batman a failli terrasser le Joker. Au passage, le nouveau héros a reçu le soutien enthousiaste de célébrités comme Beyoncé et Lebron James. Avec lui, les démocrates se mettent à rêver du Texas, un État qu’ils n’ont pas remporté lors d’une élection présidentielle depuis... 1976. «La seule manière pour nous d’être fidèles aux promesses de l’Amérique est de tout donner pour elle et tout donner pour nous tous», a-t-il expliqué, sur un ton lyrique.

Ses faiblesses : Beto a connu une jeunesse tumultueuse. Il a été impliqué dans un cambriolage. Il a aussi été arrêté pour conduite en état d’ivresse, en 1998. Aujourd’hui, le candidat ne cherche pas à cacher ses erreurs. Il remercie plutôt la société de lui avoir donné une «seconde chance». Pour l’instant, les Démocrates lui pardonnent tout. En janvier, lorsque sa rivale Elizabeth Warren a perdu la voix lors d’un discours en plein air, en Iowa, on a dit que l’âge (69 ans) commençait à la rattraper. Quand la même chose est arrivée à «Beto», on a dit que c’était une preuve de passion...» [4]

Un aperçu de son jeu : Le candidat O’Rourke se veut l’anti-Trump. Cool. Jeune. Optimiste. Souriant. Opposé au mur. Préoccupé par les changements climatiques. Infatigable, en plus. Depuis un mois, il a tenu pas moins de 55 événements politiques dans neuf États différents. En public, le candidat joue la carte de la spontanéité. Mais en coulisses, il travaille à créer une énorme machine politique. Il sait que les comparaisons avec Robert Kennedy ne suffiront pas. Les cimetières politiques sont remplis de candidats présentés comme les nouveaux Kennedy. 

Elizabeth Warren

ELIZABETH WARREN, sénatrice du Massachusetts, 69 ans

Ses surnoms : Pocahontas, Liz, La Trump de gauche

Ses atouts : Elizabeth Warren incarne la gauche du Parti démocrate. Plusieurs Républicains conservateurs se lèvent la nuit juste pour la détester plus longtemps. Déterminée, mais un peu austère, Mme Warren est très associée à la création du Bureau de protection des consommateurs. Parmi ses propositions les plus discutées, citons celle qui vise à démanteler Facebook, Google et plusieurs géants de la haute technologie, jugés trop puissants. L’étiquette «populiste» ne lui fait pas peur. «J’en ai assez des milliardaires qui ne payent pas leur part», répète-t-elle. [5]

Ses faiblesses : Mme Warren a longtemps revendiqué des origines autochtones, du côté des Cherokee. En réaction, Donald Trump la surnommait «Pocahontas». Pour en finir, elle a publié une analyse d’ADN plus ou moins convaincante. Un gaffe. Une vraie. Depuis, la candidate peine à retrouver son ascendant. Les sondages la placent au cinquième rang. Pire, le financement de sa campagne prend du retard. [6] La chose ne doit pas être prise à la légère. Comme disait un humoriste, «la politique est devenue si coûteuse qu’il faut une fortune même pour se faire battre….»

Un aperçu de son jeu : En 2016, la gauche du Parti espérait qu’elle affronte Hillary Clinton. Avec le recul, son refus de sauter dans la mêlée ressemble à un rendez-vous manqué. Cette année, la partie s’annonce plus compliquée. Mme Warren doit se démarquer dans une meute de candidats «progressistes». À 69 ans, on chuchote que le temps pourrait lui manquer. Quand il s’agit de lutter contre les inégalités, on dit toujours que les États-Unis sont un véhicule équipé d’un moteur de tondeuse à gazon et d’un système de freinage de Rolls-Royce...

Kamala Harris

KAMALA HARRIS, sénatrice de la Californie, 54 ans

Ses surnoms : La Obama féminine, La petite sœur californienne de Hillary Clinton

Ses atouts : Fille d’immigrants de l’Inde et de la Jamaïque, Kamala Harris veut incarner le «rêve américain». «L’espoir». Quitte à se faire accuser d’emprunter au manuel de campagne de Barack Obama. Citons ses deux livres sur le côté «inspirant» et «people» de sa vie; ses entrevues décontractées à la télé; son lancement le jour de l’anniversaire du légendaire Martin Luther King. Dans son premier discours, la candidate a prononcé le mot «peuple» 15 fois. Ceux qui n’ont pas compris qu’elle veut se distancer des élites seront privés de dessert.

Ses faiblesses : L’aile gauche du Parti se méfie de Kamala Harris. On la compare même à… Hillary Clinton. «Elle dit toujours la bonne chose, mais sans agir de manière décisive,» disent les critiques. [7] Sa carrière de juriste est passée à la loupe. Ainsi lorsqu’elle était procureure de la ville de San Francisco, elle s’était opposée «par principe» à l’exécution d’un meurtrier. Une fois devenue procureure de la Californie, ça ne l’avait pas empêché de défendre le droit de l’État d’imposer la peine de mort. Avez-vous besoin d’un avocat pour vous expliquer la nuance? [8]

Un aperçu de son jeu : Même si Madame veut incarner un nouveau populisme, elle fait le pari que son image «raisonnable», finira par payer. On s’en voudrait de ne pas citer le passage qu’elle consacre à son déménagement à Montréal, vers l’âge de 12 ans, dans son autobiographie. «[…] L’idée de quitter la Californie ensoleillée en février, au milieu de l’année scolaire, pour aller dans une ville étrangère d’expression française ensevelie sous 12 pieds de neige m’était pénible, c’est le moins que l’on puisse dire. […] J’avais l’impression d’être un canard, car durant toute la journée à notre école, je répétais : Quoi? Quoi? Quoi?» [9]

Bernie Sanders

BERNIE SANDERS, sénateur du Vermont, 77 ans

Ses surnoms : Barney Sanders (en référence à Barney le dinosaure pourpre), Crazy Bernie, Le colonel Sanders du socialisme

Ses atouts : Encore aujourd’hui, beaucoup de démocrates pensent que Bernie Sanders aurait battu Donald Trump. Plus qu’une simple campagne politique, le sénateur «socialiste» du Vermont dirige un mouvement qui veut changer la société américaine en profondeur. Taxation des grandes fortunes. Éducation universitaire gratuite. Assurance maladie universelle. En l’espace de six semaines, «Bernie» a recueilli 18,2 millions $, en provenance de 525 000 donateurs. La contribution moyenne tourne autour de 20 $. [10] Feel the Bern, répètent ses partisans. 

Ses faiblesses : Malgré sa fougue, «Bernie» ne rajeunit pas. À la fin de son premier mandat comme président, il aurait 83 ans. Le Parti voudra-t-il choisir un candidat plus jeune? Plus accommodant? L’étiquette «socialiste» sera-t-elle trop lourde à porter? À la blague, l’écrivain John Steinbeck disait : «le socialisme n’a jamais pu s’installer aux États-Unis parce que les pauvres ne s’y perçoivent pas comme des gens exploités, mais plutôt comme des millionnaires vivant temporairement dans l’embarras».

Un aperçu de son jeu : Au cours des primaires démocrates de 2016, Bernie Sanders était devenu le seul opposant à Hillary Clinton, la candidate chérie de l’establishment. Quatre ans plus tard, il se retrouve au milieu d’une foule de candidats qui avancent des idées semblables à lui. Pour reprendre l’expression de l’animateur John Dickerson, de la chaîne CBS : «[Bernie Sanders] a été pour un programme d’assurance-maladie universel avant que l’idée ne devienne cool». [11] Est-ce encore un avantage? 

LES AUTRES CANDIDATS

Douze autres candidats ont déjà annoncé leur candidature : le sénateur du New Jersey, Cory Booker, l’ancien secrétaire à l’Habitation et au développement urbain, Julián Castro, l’ancien représentant du Maryland John Delaney, la représentante d’Hawaï Tulsi Gabbard, la sénatrice de New York Kirsten Gillibrand, l’ancien gouverneur du Colorado John Hickenlooper, le gouverneur de l’État de Washington, Jay Inslee, la conseillère spirituelle Marianne Williamson, l’homme d’affaires Andrew Yang, le maire de la ville de South Bend, Pete Buttigieg, le maire de la ville de Miramar, Wayne Messam, la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar. [12]

Notes :

  1. Pelosi Says Biden Should Stop Touchy-Feely With Women, Associated Press, 2 avril 2019.
  2. «Friendly Grandpa» or Creepy Uncle, Generations Split Over Biden Behavior, Politico, 1er avril 2019.
  3. Joe Biden’s Stumbling, Bumbling Non-Campaign For 2020, CCN.com, 1er avril 2019.
  4. The Myth Of Beto O’Rourke, The Atlantic, 1er avril 2019.
  5. Why the New Populist Wave is Setting the Tone for Democratic Candidates, The Guardian, 4 avril 2019.
  6. Elizabeth Warren Loses Finance Director as She Struggles in Early Fund-Raising, The New York Times, 31 mars 2019.
  7. Why Leftists Don’t Trust Kamala Harris, Cory Booker, and Deval Patrick, The Week, 3 août 2017.
  8. Harris Eyes Reform as Candidate, Was Cautious as Prosecutor, The New York Times, 1er avril 2019.
  9. Kamala Harris, The Truth We Hold: An American Journey, cité par La Presse +, 16 janvier 2019.
  10. Bernie Sanders Raised $18 Million in 6 Weeks, His 2020 Campaign Says, The New York Times, 2 avril 2019.
  11. CBS This Morning, CBS News, 19 février 2019.
  12. Here Are the Democrats Who Have Said They’re Running for President, cnn.com, 28 mars 2019.

***

LES ÉLECTEURS DÉMOCRATES EN QUELQUES CHIFFRES

Quel candidat préfèrent-ils?

Joe Biden : 28,8 %

Bernie Sanders : 21,8 %

Kamala Harris : 9,8 %

Beto O’Rourke : 9,2 %

Elizabeth Warren : 5,7 %

Cory Booker : 3,2 %

Sources : Real Clear Politics, à partir de sondages Morning Consult, Harvard-Harris, Quinnipiac, FOX News, Emerson et CNN.

---

48 % : Proportion des Démocrates qui préfèrent un candidat à la présidence «qui peut gagner», même s’ils ne partagent pas ses priorités 

38 % : Proportion des Démocrates qui préfèrent un candidat qui partage leurs priorités, même si son élection promet d’être «plus difficile»

Source : USA Today/Suffolk University

---

Pour les élections de 2020, à quoi ressemblerait leur candidat idéal?

78 % : Il rassemble les gens et apaise les tensions à l’intérieur du pays 

61 % : Il est âgé de moins de 70 ans  

66% : Il dispose de «plusieurs décennies d’expérience en politique»

59 % : Il est de gauche

Source : Morning Consult

---

Quelle proportion des électeurs voterait en faveur d’un candidat démocrate?

Parmi les Blancs : 46 %

Parmi les Latinos : 70 %

Parmi les Asiatiques : 72 %

Parmi les Noirs : 94 %

Source : The New York Times

---

Quelles sont les deux questions les plus importantes?

87 % : L’assurance-maladie 

87 % : La manière de traiter les femmes

Source : Gallup

---

Quelle proportion des électeurs se déclarent «très inquiets» des changements climatiques?

61 % : chez les Démocrates  (15 % : chez les Républicains)

Source : Pew Research