Le président américain a accentué sa rhétorique protectionniste en évoquant dans un tweet au cours du weekend une taxe sur les importations de voitures européennes.

Protectionnisme: l’UE doit «réagir rapidement», dit Macron

PARIS - Le président français Emmanuel Macron a déclaré lundi que si les annonces des États-Unis pour taxer les importations d’acier et d’aluminium étaient «confirmées», «il est important que l’Union européenne réagisse rapidement et de manière proportionnée, dans le cadre de l’OMC».

«Il est clair que ces mesures seraient en contravention avec les règles de l’OMC: l’UE serait en droit, et ce serait le souhait de la France, de mener une action auprès de l’OMC et de prendre des contre-mesures» sur des biens américains, a-t-il précisé lors d’un point de presse avec le premier ministre québécois, Philippe Couillard.

Après l’annonce par Washington de l’imposition prochaine de droits de douane de 25% pour l’acier et de 10% pour l’aluminium, l’UE a annoncé vendredi préparer des mesures de rétorsion en taxant des produits comme les motos Harley-Davidson, le whiskey bourbon et les jeans Levi’s. Le président américain Donald Trump a aussitôt répliqué en menaçant de taxer les voitures européennes.

Les annonces américaines seraient «de très mauvaises réponses à l’environnement que nous connaissons parce que c’est du nationalisme économique et comme l’avait dit un de mes prédécesseurs (...) le nationalisme, c’est la guerre, et la guerre tout le monde y perd», a insisté M. Macron.

«Prendre des mesures unilatérales, c’est prendre le risque du nationalisme pour des réponses de court terme qui ne sont jamais bonnes», a-t-il conclu.

De son côté, M. Couillard a estimé que «le marché américain va absorber» les taxes douanières et «ce seront les consommateurs qui vont payer» car «tout ce qui est fait avec ces métaux va augmenter aux États-Unis».

Cela s’est ainsi produit après les taxes américaines sur le bois de construction canadien, qui ont fait augmenter le prix des maisons aux États-Unis, a-t-il souligné.

«Quant à la guerre commerciale, il est rare qu’elle ne fasse pas que des perdants. Ce n’est pas une route où il faut amener le monde. Il faut plutôt montrer en exemple l’importance des marchés ouverts et leurs bénéfices mutuels», a estimé le dirigeant québécois.

Berlin accuse les Etats-Unis de faire «fausse route»

L’Allemagne a de son côté estimé lundi que les États-Unis faisaient «fausse route» en misant sur «le repli sur soi et le protectionnisme», après les menaces du président Donald Trump visant les exportations européennes de voitures.

«Nous ne voulons pas d’aggravation de la situation et nous ne voulons absolument pas de quelque chose s’approchant d’une guerre commerciale» qui ne serait «dans l’intérêt de personne», a déclaré Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel lors d’une conférence de presse régulière à Berlin.

Le président américain a accentué sa rhétorique protectionniste en évoquant dans un tweet au cours du weekend une taxe sur les importations de voitures européennes si l’UE ripostait à sa décision d’imposer des droits de douanes sur l’acier et l’aluminium.

«Nous rejetons de telles mesures, qui affecteraient sensiblement les flux d’échanges commerciaux internationaux, affecteraient sensiblement notre industrie mais aussi et surtout les salariés et les consommateurs des deux côtés de l’Atlantique», a souligné M. Seibert.

Le gouvernement allemand va examiner avec la Commission européenne et ses partenaires européens, dont la France, «ce qui va véritablement être mis en oeuvre cette semaine par l’administration américaine», a ajouté le porte-parole, en réaffirmant l’attachement de l’Allemagne au libre-échange.

L’UE avait annoncé vendredi préparer des mesures de rétorsion sur des entreprises dont le constructeur de motos Harley-Davidson, le whiskey bourbon et le fabricant de jeans Levi’s après l’annonce par Washington de l’imposition prochaine de droits de douane de 25% pour l’acier et de 10% pour l’aluminium.

«Si l’UE veut encore augmenter les taxes et les barrières déjà énormes sur les sociétés américaines qui font des affaires là-bas, nous appliquerons simplement des taxes sur leurs voitures qui entrent librement aux Etats-Unis», avait rétorqué Donald Trump samedi.

Le président américain a déjà menacé à plusieurs reprises de taxes douanières les constructeurs européens, en particulier l’Allemagne et ses marques haut de gamme.

Les véhicules allemands ne représentent qu’une petite part (7,9%) du marché automobile neuf aux Etats-Unis, selon la fédération des constructeurs allemands VDA.

Mais selon Ferdinand Dudenhöffer, expert automobile du centre de recherche CAR en Allemagne, les groupes automobiles allemands comme Volkswagen, Daimler et BMW pourraient essuyer une fonte de jusqu’à 10% de leurs bénéfices si Washington mettait ses menaces à exécution, dans le pire de scénarios.