Si son pays d'origine, la Pologne, ne s'était pas opposé à sa candidature, Donald Tusk aurait été élu à l'unanimité.

Présidence du Conseil européen: Tusk réélu malgré l'opposition de son pays

Varsovie a bloqué jeudi l'adoption des conclusions du sommet de l'Union européenne après s'être en vain opposé à la réélection du Polonais Donald Tusk, a annoncé sa première ministre, Beata Szydlo, estimant que cela créait un «précédent dangereux».
M. Tusk, qui dirige l'instance réunissant les dirigeants des 28 pays de l'Union européenne (UE), a été réélu jeudi après-midi avec le soutien de 27 d'entre eux, jusqu'à fin novembre 2019, malgré l'opposition de son pays d'origine.
«Je n'accepterai pas les conclusions du sommet, donc le sommet ne sera pas valide», a martelé Mme Szydlo lors d'une conférence de presse, dénonçant un «précédent dangereux».
Le bras de fer engagé par la première ministre polonaise ne remet pas en cause la réélection de M. Tusk, car il s'agit d'un acte séparé voté à la majorité qualifiée.
Et en l'absence de consensus, la déclaration finale du sommet, préparée depuis des semaines et portant sur des sujets comme la croissance, l'emploi, les migrations ou la défense européenne, pourra être publiée dans son intégralité au nom de la présidence maltaise de l'UE, selon son premier ministre Joseph Muscat.
La première ministre polonaise, Beata Szydlo
La Pologne, dont le gouvernement nationaliste et conservateur est en froid avec Bruxelles sur le respect de l'État de droit, avait créé une situation inédite en proposant un candidat alternatif à Donald Tusk, son ex-premier ministre libéral, qui briguait un deuxième mandat.
«Les nominations devraient être le fruit d'un consensus et être acceptables aux yeux du pays d'origine. Si ces principes ne sont pas respectés, l'UE sera encore plus divisée», a accusé Mme Szydlo.
«L'UE traverse une crise (...). Nous sommes conscients que les choses ne vont pas bien dans l'UE, mais certains hommes politiques ont décidé de l'ignorer», a-t-elle déploré.
«Je veux coopérer avec chaque État membre et je ferai tout mon possible pour protéger le gouvernement polonais contre l'isolement politique» à Bruxelles, a de son côté fait remarquer M. Tusk, lors d'une conférence de presse.
«Faites attention à ne pas couper les ponts. Une fois qu'ils sont coupés, vous ne pouvez plus jamais les emprunter», a-t-il lancé à l'adresse de Varsovie, citant un «proverbe» qu'il a dédié «à tous les États membres (...), mais aujourd'hui en particulier au gouvernement polonais».
Varsovie estime que M. Tusk a manqué «d'impartialité» et de «neutralité», et lui reproche de s'être immiscé dans des débats de politique intérieure.
En réaction à la reconduction de M. Tusk, le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, a accusé l'UE d'être soumise au «diktat de Berlin».