Plus de 120 personnes ont aussi été blessées.

Près de 60 morts dans un double attentat à Damas

Un double attentat dans la vieille ville de Damas a fait samedi près d'une soixantaine de morts, en majorité des pèlerins chiites irakiens, une des attaques les plus sanglantes à frapper la capitale syrienne en six ans de guerre.
Principale place forte du régime du président Bachar al-Assad, Damas a été secouée par plusieurs attentats depuis le début de la guerre en 2011 même si elle est restée à l'écart des combats qui ont ravagé le reste du pays.
«Il y a eu au moins un kamikaze qui s'est fait exploser» dans la vieille ville, dans le sud-est de Damas, a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
L'attaque, qui a eu lieu près du cimetière de Bab al-Saghir, n'avait pas été revendiquée samedi soir.
L'OSDH a fait état d'un bilan d'au moins 59 morts - 47 pèlerins, en majorité chiites irakiens, et 12 combattants pro-régime -, et de plusieurs dizaines de blessés dont certains graves.
En Irak, où la majorité de la population est chiite, le ministère des Affaires étrangères a fait état d'une quarantaine de ressortissants tués et de plus de 100 blessés.
Il a en outre rejeté la responsabilité de l'attaque sur les groupes «takfiris», en référence aux extrémistes sunnites.
Le ministère syrien des Affaires étrangères a condamné «l'attentat terroriste lâche qui est une riposte aux victoires de l'armée arabe syrienne contre Daech et Al-Nosra», en référence au groupe État islamique (EI) et à l'ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie.
Flaques de sang
La télévision d'État syrienne, qui a parlé de 40 morts et 120 blessés, a évoqué l'explosion de «deux bombes posées par des terroristes», terme qui fait référence aux ennemis - rebelles et djihadistes - du régime.
La chaîne a montré des images de plusieurs bus dévastés, avec des vitres brisées et des soutes éventrées. D'autres ont été en partie carbonisés.
Au sol, pêle-mêle, des chaussures, des lunettes et des chaises roulantes à côté de flaques de sang.
Un témoin a affirmé au photographe de l'AFP sur place que le deuxième attentat s'est produit après que les passants se sont rassemblés à la suite du premier.
Selon la télévision syrienne, les autorités ont neutralisé une moto piégée dans le même secteur, près du cimetière.
Le secteur de l'attentat est situé dans une zone où se trouvent de nombreux mausolées chiites, devenus lieux de pèlerinage, mais aussi des mausolées sunnites.
Ces dernières années, plusieurs attentats sanglants ont visé Sayeda Zeinab, un haut lieu de pèlerinage chiite au sud de Damas.
La plupart de ces attaques avaient été revendiquées par des groupes djihadistes hostiles à l'Iran et au mouvement chiite libanais Hezbollah, principaux alliés du régime de Bachar al-Assad.
L'attaque la plus meurtrière, en février 2016, avait fait 134 morts, dont 97 civils. Elle avait été revendiquée par l'EI, qui avait mis la main sur de vastes pans du pays en 2014, mais en a depuis perdu une grande partie.
Raqa, une priorité
Trois forces sont actuellement engagées dans le nord de la Syrie, près du fief djihadiste de Raqa: les troupes turques et leurs alliés rebelles syriens, les forces du régime appuyées par la Russie ainsi qu'une alliance arabo-kurde soutenue par les États-Unis, les Forces démocratiques syriennes (FDS).
Le président syrien a lui-même affirmé que Raqa était une «priorité» pour son armée, dans une interview à la chaîne chinoise Phoenix TV diffusée samedi.
Alors que l'assaut sur Raqa se précise, près de 300 familles de combattants de l'EI ont fui la ville depuis vendredi selon l'OSDH.
Les FDS sont parvenues ces dernières semaines à couper les principaux axes de communication de la ville avec l'extérieur.
Mais le flanc sud de la ville, qui donne sur le fleuve Euphrate, n'a pas été coupé et «des familles de djihadistes sont parvenues à traverser le fleuve à bord d'embarcations et à fuir» par le sud, a expliqué Rami Abdel Rahmane.
De là, elles ont rejoint soit la province de Deir Ezzor, que l'EI contrôle quasi totalement, soit celle de Hama, où le groupe est aussi présent.
Déclenchée par la répression de manifestations pro-démocratie il y a près de six ans, la guerre en Syrie, qui a fait plus de 310 000 morts, est devenue très complexe avec l'implication de groupes djihadistes, de forces régionales et de puissances internationales sur un territoire très morcelé.
Une fosse commune découverte
Des forces paramilitaires irakiennes ont annoncé samedi avoir découvert un charnier dans la prison de Badouch, près de Mossoul, contenant les corps de centaines de personnes exécutées par les djihadistes du groupe État islamique (EI).
L'ONU avait fait état dans un rapport en 2015 de la mort d'environ 600 hommes, exécutés par l'EI quand le groupe djihadiste s'était emparé de la prison en juin 2014.
L'EI avait en outre détenu dans cette même prison des centaines de femmes de la minorité kurdophone yézidie.
L'armée irakienne a indiqué que des membres du Hachd al-Chaabi, un groupe paramilitaire progouvernemental dominé par des milices chiites soutenues par l'Iran, se trouvaient parmi les unités ayant pris la prison au groupe extrémiste sunnite.
Des membres du Hachd ont trouvé «dans la prison (de Badouch) une vaste fosse commune renfermant les corps d'environ 500 civils prisonniers qui ont été exécutés» par l'EI après que le groupe a pris le contrôle de la prison pendant leur occupation de Mossoul, selon un communiqué du groupe paramilitaire.
Le Hachd n'explique pas comment il a obtenu ce chiffre qui ne pouvait être confirmé de source indépendante.
Dans son rapport en 2015, l'ONU avait indiqué qu'environ 600 détenus de la prison de Badouch, principalement des chiites, avaient été emmenés dans des camions jusqu'à un ravin, où ils avaient été abattus par des combattants de l'EI. Des survivants avaient dit à l'ONU avoir été sauvés par les corps d'autres personnes tombées sur eux.
La députée irakienne Vian Dakhil avait en outre fait état la même année de la détention de plus de 500 femmes yézidies dans cette même prison.
Les Yézidis, minorité kurdophone adepte d'une religion monothéiste pré-islamique, ont été violemment persécutés par les djihadistes de l'EI lors de leur offensive de 2014 en Irak. Les djihadistes leur ont fait subir des traitements particulièrement cruels, exécutant des hommes et réduisant des femmes à l'état d'esclaves sexuelles.
En juin 2014, le groupe ultraradical sunnite avait lancé une offensive qui lui avait permis de s'emparer de vastes pans du territoire irakien à l'ouest et au nord de Bagdad.
L'EI, qui a depuis perdu du terrain, est la cible depuis la mi-octobre d'une vaste offensive des forces irakiennes dans son plus grand fief irakien, Mossoul.