Chelsea Manning a affirmé qu'elle aimerait avoir la chance de remercier l'ex-président Barack Obama, qui a commué sa peine de prison quelques jours avant de quitter la Maison-Blanche.

Pour Chelsea Manning, «justice a été rendue»

L'ancienne informatrice de WikiLeaks Chelsea Manning a estimé vendredi dans sa première entrevue depuis sa libération d'une prison militaire américaine que justice avait été faite.
Analyste du renseignement dans l'armée américaine, la jeune femme de 29 ans s'était rendue coupable en 2010 d'avoir fait fuiter des milliers de documents classifiés du gouvernement américain sur les guerres en Irak et en Afghanistan, et 250 000 télégrammes du département d'État, publiés par le site WikiLeaks.
Celle qui s'appelait alors Bradley - depuis devenu femme - avait été condamnée à 35 ans de prison, avant de bénéficier d'une remise de peine accordée par l'ex-président Barack Obama.
«J'ai accepté ma responsabilité», a déclaré Chelsea Manning à la chaîne américaine ABC dans un entretien diffusé vendredi. «Personne ne m'a dit de le faire. Personne ne m'a ordonné de le faire. C'est mon choix.»
La jeune femme frêle, vêtue d'une longue robe grise pour cette entrevue, a expliqué avoir été profondément affectée par les informations qu'elle recevait du champ de bataille en Irak et en Afghanistan et les cas de victimes civiles.
«Avoir toutes ces informations, la mort, la destruction, le chaos [...] J'ai arrêté de voir seulement des statistiques et des données et j'ai commencé à voir des gens», a dit la soldate transgenre à l'émission Nightline d'ABC.
«La guerre anti-insurrectionnelle n'est pas simple. Ce n'est pas les bons d'un côté et les méchants de l'autre. C'est le bordel», a-t-elle poursuivi.
Un extrait de cet entretien a été diffusé dans l'émission matinale d'ABC.
Objectif : susciter un débat public
Chelsea Manning a dit qu'elle espérait que les 700 000 documents classifiés révélés par WikiLeaks susciteraient un débat public et ne pensait pas que ces fuites menaçaient la sécurité nationale des Etats-Unis.
«J'ai une responsabilité envers le public, vous savez... Nous avons tous une responsabilité», a encore dit de manière évasive la jeune femme aux yeux bleus et aux cheveux blonds.
Peu de temps après avoir été condamnée en août 2013, Chelsea Manning s'était déclarée transgenre et a été traitée pour troubles de l'identité sexuelle après une procédure judiciaire de son avocat contre l'armée américaine en septembre 2014.
Le traitement hormonal «m'empêche d'avoir l'impression d'être dans un corps étranger», a-t-elle estimé. «J'avais ces sentiments horribles, comme si je voulais déchirer mon corps, et je ne veux pas avoir à connaître cette expérience à nouveau. C'est vraiment, vraiment horrible.»
La soldate a fait deux tentatives de suicide en prison, avant que le président Barack Obama ne commue sa peine, quelques jours avant de quitter la Maison-Blanche.
«Je me sens très à l'aise sur le fait que justice a été rendue», a expliqué Chelsea Manning, ajoutant que si elle avait l'occasion de le faire, elle remercierait Barack Obama «de m'avoir donné une chance».