La Chapelle des crânes a été construite en 1776. Avec l’aide d’un fossoyeur local, un prêtre d’origine tchèque, Waclaw Tomaszeka a rassemblé les ossements de quelque milliers d’êtres humains anonymes et construit une chapelle pour les y déposer.

Pologne: prière aux morts dans la Chapelle des crânes

KUDOWA-ZDROJ, Pologne - Dans la petite Chapelle des crânes, le prêtre Romuald Brudnowski prononce la traditionnelle prière aux morts de la Toussaint, en particulier à quelque milliers d’êtres humains anonymes, dont les ossements ont servi à décorer cette architecture exceptionnelle.

«Prions Dieu pour ceux qui depuis deux cents ans attendent la résurrection», dit-il devant une centaine de fidèles de la paroisse Saint-Barthélemy de Kudowa-Zdroj, une ville située près de la frontière tchèque.

Comme tous les ans, à l’occasion de la Toussaint, ils ont participé à une procession qui les a menés autour de l’église, à travers le petit cimetière et enfin à la Chapelle des crânes, construite en 1776.

Ils ont ainsi honoré quelque 30 000 victimes anonymes de conflits et d’épidémies du XVIIe et XVIIIsiècles.

«On vient prier ici pour tous les morts. Peu importe qui ils ont été, des ennemis ou s’ils ont été des nôtres. C’est ça la tradition chez nous», explique à l’AFP Maria, une habitante de Kudowa Zdroj.

«La région de Klodzko était une sorte de monnaie d’échange entre différentes nations et des guerres se déroulaient constamment ici», indique à l’AFP une guide locale Aleksandra Leszczynska.

La terre rend les ossements 

«Pendant les guerres, il n’y avait pas de temps pour creuser les tombes et enterrer les morts correctement. Des restes ont été laissés à l’abandon (...) alors au cours des siècles, la terre a commencé à rendre leurs ossements», ajoute-t-elle.

Un prêtre d’origine tchèque, Waclaw Tomaszek, avait alors décidé de donner un lieu de repos digne à tous ceux dont les restes gisaient dans les champs.

Avec l’aide d’un fossoyeur local, J. Langer, il a rassemblé les ossements et construit une chapelle pour les y déposer.

«Les ossements étaient ramassés dans toute la vallée, puis blanchis et bouillis. C’était un moyen de les conserver et surtout d’empêcher que l’épidémie ne se propage à nouveau», explique sœur Jolanta qui s’occupe de la chapelle.

L’endroit est un des rares au monde, outre les catacombes de Rome ou de Paris, ou de l’église de Kutna Hora en République tchèque, où des ossements humains sont ainsi exposés au public.

Dans la crypte de la chapelle, d’une profondeur de quatre mètres, les restes de quelque 25 000 personnes sont entreposées.

Les touristes peuvent y jeter un coup d’œil à travers une grille de métal, une fois une trappe en bois soulevée par la sœur Jolanta.

Tu es poussière

«Au début, les ossements remplissaient la crypte jusqu’en haut. Maintenant, vous pouvez voir que tout s’est affaissé d’environ 1,5 mètre. Les os se désintègrent. Il y a une expression : Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière», explique Mme Leszczynska, citant la Bible.

Sur l’autel, quelques os sont exposés. Un très long tibia a probablement appartenu à un Suédois mort lors de la guerre des Trente Ans (1618-1648).

Un crâne, déformé, est celui d’un malade de syphilis, un autre est celui du fossoyeur J. Langer. Deux autres appartenaient au maire du village et de sa femme, tous les deux tués, respectivement par balle et par baïonnette, lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763).

«Ceux qui se sont battus ici ne sont pas uniquement des Tchèques, des Allemands et des Autrichiens, des troupes d’autres pays ont été également envoyées ici pour se battre», explique encore Leszczynska, en montrant des crânes d’un Mongol et d’un Tatar.

«Tous gisent ici ensemble. Il n’y a donc peut-être pas eu de raison de se battre», ajoute-t-elle encore.

Jaroslaw Mariak, officier de police retraité, avait visité la chapelle pour la première fois il y a des années alors qu’il était scout.

«J’avais à l’époque 17 ou 18 ans et je me rappelle avoir eu peur et être un peu désorienté. Il y avait un froid spécifique et une odeur», dit-il à l’AFP.

Aujourd’hui, les ossements ne font plus sur lui une si forte impression, peut-être à cause des années de travail dans la brigade criminelle où il «s’est frotté à la mort» plus d’une fois.

Pour sa femme, Mariola Pietrasinska, «cet endroit (nous) rappelle la mort, que la vie et courte et misérable, et qu’il faut profiter de notre temps sur cette terre», ajoute-t-elle.