Un homme pleure la mort d'un membre de sa famille dans un attentat suicide à Quetta, au Pakistan.

Plus de 130 morts dans un attentat au Pakistan

QUETTA — Au moins 130 personnes ont été tuées vendredi dans un attentat suicide lors d’une réunion électorale dans le sud-ouest du Pakistan, une attaque revendiquée par le groupe État islamique à moins de deux semaines des élections législatives.

L’attaque, dont le bilan est encore provisoire, s’est produite à Mastung, à une quarantaine de kilomètres de la capitale de la province instable du Baloutchistan, Quetta.

Il s’agit du deuxième attentat visant vendredi une réunion électorale au Pakistan, où des élections législatives doivent se dérouler le 25 juillet dans un climat de plus en plus tendu, et du troisième cette semaine.

Jusqu’à cette semaine, la campagne électorale avait été relativement épargnée par les violences même si de nombreux observateurs dénonçaient un climat de pressions et de censure sur les médias et sur certains partis politiques.

«Le bilan a grimpé à 130 morts», a déclaré le ministre provincial de l’Intérieur Agha Umar Bungalzai. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier au Pakistan depuis l’attaque d’une école de Peshawar, perpétrée en décembre 2014 par un commando taliban, qui avait fait plus de 150 morts.

L’attaque visait une réunion politique de Mir Siraj Raisani, candidat à un siège de député provincial sous l’étiquette du parti Baluchistan Awami Party (BAP), qui est décédé dans l’attentat, selon le ministre de l’Intérieur de la province du Baloutchistan, Agha Umar Bungalzai.

«Il a succombé à ses blessures lors de son transfert vers Quetta», a-t-il précisé.

«Nous nous tenions debout à l’extérieur du complexe et lorsque Raisani a commencé son discours, une explosion assourdissante s’est produite», a raconté un témoin à l’AFP, Salam Baloch.

«J’ai vu de grosses boules de feu et de fumée. Les gens ont mis les morts et les blessés dans des rickshaws, et les ont emmenés à l’hôpital avant que les secours n’arrivent sur place»», a-t-il ajouté.

L’assistant de Raisani, Shams Mengal, a affirmé que le kamikaze «se trouvait au premier rang». «Il s’est levé et s’est fait exploser dès que Raisani a entamé son discours», a-t-il indiqué.

Un homme blessé dans l'attentat suicide de Quetta, au Pakistan.

Une scène «effrayante»

La scène après l’explosion était «effrayante», a raconté un autre témoin, Atta Ullah. «Des restes humains et des morceaux de chair sanglants étaient éparpillés partout dans le complexe. Des blessés criaient de douleur et de peur».

«Nous sommes arrivés sur le site de l’explosion et avons trouvé des gens épars et il n’y avait pratiquement personne en bon état. Nous avons alerté nos véhicules. Trente ambulances sont arrivées et les morts et les blessés ont été transférés» dans les hôpitaux, a relaté un ambulancier de l’ONG Edhi, Arif.

L’évacuation des morts et des blessés a dû se faire en grande partie dans l’obscurité faute d’électricité, a constaté un journaliste de l’AFP sur place. Le Baloutchistan est la plus pauvre et la plus instable des provinces du Pakistan.

Plus tôt dans la journée, une autre bombe cachée sur une moto avait explosé près de Bannu, au passage du convoi d’un autre candidat aux élections, tuant 4 personnes et en blessant une quarantaine d’autres, selon la police.

L’homme politique visé, Akram Khan Durrani, représentant d’une coalition de partis religieux, le MMA, a survécu à l’attaque.

Un attentat suicide revendiqué par les talibans pakistanais avait également visé mardi soir une réunion électorale du Awami National Party (ANP) à Peshawar, tuant 22 personnes dont l’homme politique local Haroon Bilour, selon un nouveau bilan.

«Les autorités pakistanaises ont le devoir de protéger les droits de tous les Pakistanais en cette période d’élections: leur sécurité physique et leur capacité à exprimer librement leurs opinions politiques, quel que soit le parti auquel ils appartiennent», a réagi Omar Waraich, directeur adjoint pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

L’armée a annoncé plus tôt cette semaine prévoir le déploiement de plus de 370 0000 hommes pour assurer la sécurité le jour du vote.

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L'ex-premier ministre Nawaz Sharif et sa fille Maryam Nawaz

L’ex-premier ministre Nawaz Sharif arrêté

LAHORE — L’ex-premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, condamné la semaine dernière à dix ans de prison pour corruption, a été placé en détention à son arrivée au Pakistan vendredi, un événement qui ouvre la voie à un nouveau durcissement de la campagne électorale déjà tendue en vue des élections législatives prévues le 25 juillet.

M. Sharif et sa fille Maryam, arrivés à Lahore à bord d’un vol en provenance d’Abou Dhabi, «ont été arrêtés» par les autorités anticorruption et transférés dans la capitale Islamabad, selon un communiqué de la municipalité d’Islamabad. Un responsable de l’autorité anticorruption a confirmé la double arrestation sous couvert d’anonymat.

L’ancien chef de gouvernement et sa fille Maryam ont été condamnés respectivement à 10 ans et 7 ans de prison par un tribunal anticorruption vendredi dernier alors qu’ils se trouvaient à Londres au chevet de leur épouse et mère, qui y est soignée pour un cancer.

«Je sais que [...] je serai emmené directement en prison», avait déclaré M. Sharif dans une vidéo rendue publique plus tôt vendredi par son parti. «Je veux dire aux Pakistanais que j’ai fait cela pour vous (...) Marchez avec moi, joignez vos mains aux miennes et changeons la destination du pays», avait lancé M. Sharif, qui reste très influent dans son pays et avait demandé à ses partisans de venir l’accueillir à l’aéroport.

Sa condamnation, dénoncée comme «politique» par son clan, a fait brusquement monter la tension avant des élections législatives prévues le 25 juillet dans le pays, que le PML-N, au pouvoir depuis 2013, espère remporter.

Elle a encore été accentuée jeudi lorsque le frère de Nawaz et chef du parti, Shahbaz Sharif, a affirmé que «des centaines de militants» de leur parti, le PML-N, avaient été arrêtés ces derniers jours pour les empêcher de venir démontrer leur soutien à M. Sharif.

«Le monde entier sait que le PML-N est ciblé», a-t-il ajouté, dénonçant une «fraude préélectorale criante». Quelque 15 000 de ses partisans étaient rassemblés et dansaient et chantaient vendredi après-midi dans une ville en partie bouclée, a constaté l’AFP.

Case prison

Le retour de M. Sharif semble guidé par la volonté de sauver son parti, dont la campagne électorale bat de l’aile depuis son départ pour Londres et dont l’avance dans les sondages a fondu, estime l’analyste pakistanais Zahid Hussain.

«Il est clair que les perspectives du parti [au scrutin] seraient pires s’il n’était pas revenu», juge-t-il.

«Au Pakistan, les dirigeants doivent passer par la case prison, c’est important pour leur profil», renchérit le journaliste Rahimullah Yusufzai.

Les images de Nawaz se séparant de sa femme souffrante pour affronter la prison sont «puissantes et cela va bénéficier à lui, à son parti et à sa famille», a-t-il estimé.

Nawaz Sharif avait été destitué par la Cour suprême de son poste de premier ministre en juillet 2017 après des révélations sur de luxueux biens immobiliers détenus par sa famille via des holdings off-shore.