Le taux de mortalité par overdoses à New York a doublé entre 2010 et 2016.

Opiacés: New York attaque à son tour les géants pharmaceutiques

Les géants pharmaceutiques sont de plus en plus attaqués pour leur rôle dans l’épidémie d’opiacés qui ravage les Etats-Unis: la ville de New York a assigné plusieurs d’entre eux en justice mardi, tandis que la célèbre photographe Nan Goldin lançait une campagne ciblée contre Purdue Pharma.

Dans une plainte déposée mardi devant la Cour suprême de l’Etat de New York, la première ville des Etats-Unis attaque les sociétés Purdue Pharma, Teva, Cephalon, Johnson&Johnson et Janssen en leur réclamant «un demi-milliard de dollars» pour aider à financer la lutte contre cette épidémie, née de la sur-prescription de puissants antidouleurs.

New York s’ajoute ainsi à plusieurs centaines de juridictions - Etats, villes, comtés - qui estiment qu’»il est temps que ces sociétés soient tenues pour responsables» de ce fléau et «qu’elles aident à sauver des vies», a déclaré le maire Bill de Blasio, dans un communiqué.

Le taux de mortalité par overdoses à New York a doublé entre 2010 et 2016, et l’épidémie fait plus de victimes que les accidents de voiture et les homicides réunis, a ajouté la mairie.

Après avoir failli mourir d’une dépendance à l’anti-douleur le plus vendu au monde, l’oxycontin, la célèbre photographe Nan Goldin, qui vit entre New York et Paris, vient elle aussi d’initier une campagne visant Purdue Pharma, son fabricant.

Nan Goldin, connue pour «The Ballad of Sexual Dependancy», aux limites de l’intime avec des photos sexuellement crues et spontanées de son entourage, a lancé une pétition qui dénonce le rôle du groupe pharmaceutique et de la très influente famille Sackler qui le contrôle.

«J’ai survécu à la crise des opiacés. J’ai failli y rester», écrit la photographe de 64 ans, dans la lettre qui accompagne la pétition qu’elle a lancée il y a une dizaine de jours contre Purdue Pharma sur Change.org, signée par plus de 6.000 personnes.

L’oxycontin lui fut prescrit pour une tendinite alors qu’elle vivait à Berlin en 2014, et l’entraîna dans une spirale d’addiction dont elle n’est sortie qu’il y a un an environ, racontait-elle récemment sur le site ArtForum.

Disparition d’une nouvelle génération

La photographe a formé un groupe, PAIN (Prescription Addiction Intervention Now) et lancé un hashtag  #ShameonSackler, pour pousser Purdue Pharma et la famille Sackler, l’une des plus fortunées d’Amérique, à financer des programmes de traitement et de prévention, pour limiter les ordonnances d’opiacés et faire connaître leurs dangers.

Elle appelle aussi musées et universités qui bénéficient des dons de la très philanthrope famille - dont le Metropolitan Museum, le Guggenheim, ou Harvard - «à refuser (leurs) prochains dons».

«La plupart des gens de mon entourage sont morts du sida. Je ne peux pas assister à la disparition d’une nouvelle génération», écrivait récemment Nan Goldin, dont les photos ont été exposées au MoMA ou au Centre Pompidou.

Dans une lettre ouverte, Purdue Pharma répond aux accusations en assurant agir activement pour enrayer l’épidémie.

«Notre industrie et notre société prennent déjà et vont continuer à prendre des mesures significatives pour réduire l’abus d’opiacés», souligne la société, en disant soutenir les initiatives pour éduquer les médecins et travailler au développement d’anti-douleurs non opiacés.

Quant à la famille Sackler, la fille du fondateur, Elizabeth Sackler, s’est dite «dégoûtée» par le rôle de Purdue Pharma dans la crise des opiacés et a dit «admirer la détermination de Nan Goldin à agir», dans une déclaration au New York Times.

Outre fabricants et distributeurs, les médecins qui prescrivent illégalement des opiacés sont aussi dans le collimateur de la justice américaine, et les inculpations sont de plus en plus fréquentes.

Les Etats-Unis ont enregistré 63.600 morts par overdoses en 2016, selon les dernières statistiques des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

Le taux de mortalité par overdoses, qui a contribué à faire baisser l’espérance de vie américaine en 2015 et 2016, a ainsi atteint 19,8 pour 100.000 personnes en 2016, en hausse de plus de 20% par rapport à 2015 (16,3 pour 100.000) et un triplement par rapport à 1999.