La cour de cette école de Barcelone est occupée par des militants proréférendum, alors que l'établissement doit servir de bureau de vote, dimanche.

Occupations pacifiques à l'approche du référendum catalan

Des occupations pacifiques ont été tenues vendredi soir dans des dizaines d'écoles en Catalogne, où les séparatistes ont prévu un référendum d'autodétermination interdit dimanche, alors que devant des milliers de partisans, leur dirigeant promettait de défendre leur droit au «respect».
Le président régional catalan, Carles Puigdemont, a tenu un dernier rassemblement avant une journée de réflexion, devant quelque dix mille personnes, qui ont chanté et scandé Votarem (nous voterons).
«En ces moments incroyablement intenses et très émouvants, nous sentons que notre rêve est à portée de main», a-t-il lancé à la foule. «Nous avons le droit d'être respectés!»
Le face-à-face entre Madrid et les séparatistes en Catalogne, une des pires crises traversées par l'Espagne depuis le rétablissement de la démocratie, s'est rapproché vendredi de son paroxysme.
«Moi je reste dormir ici, en principe avec mon fils aîné», a déclaré à l'AFP Gisela Losa, une mère de trois enfants rencontrée dans l'école primaire Reina Violant, du quartier de Gracia, à Barcelone. «Nous avons au moins quatre ou cinq familles qui viendront avec leurs enfants, et sans doute plus, demain [samedi] c'est sûr que nous en aurons plus».
Pendant ce temps dans l'établissement, un groupe de parents a tenu une assemblée générale.
En dépit des menaces de sanctions, d'amendes, de perquisitions, de mises en examen, les indépendantistes vont de l'avant, même si la région de 7,5 millions d'habitants est profondément divisée sur le sujet.
Car si une bonne moitié des Catalans ne souhaite pas l'indépendance, plus des deux tiers veulent un référendum légal.
Activités ludiques
Vendredi soir, à deux jours du vote, l'information circulait à vive allure sur les réseaux sociaux à l'attention des sympathisants de la cause. Des «comités de défense du référendum» se sont organisés à Barcelone, quartier par quartier, et ont distribué des consignes que l'AFP a pu consulter, par le biais du réseau social Telegram, invitant notamment les militants à rester pacifiques avant tout.
«Nous sommes une armée», avait déclaré à l'AFP, il y a des semaines, une source proche des organisateurs.
Parallèlement, continuant à cultiver l'esprit festif et ironique de leur mobilisation, certains parents d'élèves avaient décidé d'organiser dans leurs établissements des activités justifiant l'ouverture : pique-nique, soirée pyjama, chocolat chaud et cinéma à la belle étoile.
Un manuel de résistance pacifique circulait également sur les réseaux sociaux. Les dirigeants séparatistes au pouvoir dans cette région du Nord-Est depuis début 2016, ont auparavant assuré qu'ils disposeraient dimanche de 2315 bureaux de vote, dont 207 à Barcelone.
Le porte-parole du gouvernement régional, Jordi Turull, a précisé que le recensement électoral avait compté quelque 5,3 millions d'électeurs.
Mais la commission électorale a été dissoute en raison du risque d'amende... et elle était composée uniquement de séparatistes, ce qui la rend difficilement crédible au regard des critères appliqués par les missions d'observation électorale.
Une urne en plastique translucide portant l'écusson de l'exécutif catalan, qui servira pour le référendum, a aussi été présentée.
«Les responsables [de ces agissements] se rendent coupables d'un acte de déloyauté très grave», a dit à la mi-journée le porte-parole du gouvernement espagnol, Inigo Mendez de Vigo, promettant qu'ils auraient à répondre de leurs actes devant la justice.
Les forces de l'ordre, qui avaient saisi depuis la mi-septembre des millions de bulletins de vote, recherchent toujours les milliers d'urnes que les indépendantistes veulent utiliser pour ce référendum interdit par la Cour constitutionnelle.
«Il n'y aura pas de référendum», a martelé Inigo Mendez de Vigo.
Madrid a multiplié les mesures judiciaires et les opérations de police ces dernières semaines, provoquant des manifestations d'indignation de débardeurs, de pompiers et de milliers d'étudiants.
La justice a aussi ordonné mercredi à la police de fermer les locaux qui devraient accueillir des bureaux de vote, parmi lesquels des écoles. Mais l'ordre de mise sous scellé est pour l'instant resté sans effet.
Risques de troubles
La police régionale catalane - les Mossos d'Esquadra -, proche de la population, a annoncé vendredi soir qu'en cas d'occupation de bureaux de vote, elle ferait savoir aux organisateurs qu'ils ont l'obligation de quitter les lieux avant dimanche à 6h du matin (minuit, heure du Québec), selon un document interne consulté par l'AFP, préférant donc ne pas appliquer la manière forte d'office.
Un dernier rassemblement en faveur de la tenue du référendum - déclaré illégal par le gouvernement central de Madrid - a été tenu vendredi soir à Barcelone.
Le ministère espagnol de l'Intérieur, qui coordonne le dispositif de sécurité, dispose aussi des quelque 10 000 agents de la police nationale et de la Garde civile envoyés en renfort dans cette région, auxquels ils pourraient avoir recours.
L'indépendantisme a progressé de façon exponentielle depuis la crise économique de 2008 et surtout après la décision de la Cour constitutionnelle en 2010 de retoquer le statut d'autonomie de la Catalogne à la suite d'un recours du Parti populaire de Mariano Rajoy.
En septembre 2015, les indépendantistes ont obtenu la majorité des sièges au parlement régional, avec 47,6 % des voix. Mais le dernier sondage commandé par le gouvernement indépendantiste, publié en juillet, montre que les adversaires de l'indépendance sont plus nombreux que ses partisans (49,4 % contre 41,1 %).
Les anti-indépendantistes ont donné pour consigne de ne pas voter.