Barack Obama et Hillary Clinton en juillet 2016 lors de la convention démocrate. Certaines voix ont appelé M. Obama à amnistier préventivement Hillary Clinton dans l'affaire de ses courriels, à l'époque où Donald Trump promettait de poursuivre en justice la candidate démocrate.

Obama invité à gracier à tous vents

Quel est le point commun entre un prophète rastafari, un ex-captif des talibans et des milliers de petits trafiquants de drogue? Leurs noms sont actuellement soumis à la Maison-Blanche dans l'espoir qu'ils bénéficient d'une ultime mesure de clémence de Barack Obama.
Le droit de grâce est un pouvoir régalien que des présidents américains ont utilisé juste avant de laisser le Bureau ovale à leur successeur.
Au dernier jour de sa présidence en 2001, Bill Clinton avait ainsi amnistié le sulfureux trader Marc Rich (1934-2013), dont l'ex-femme avait abondamment financé les démocrates. Cette grâce avait fait scandale.
Seize ans plus tard, des pressions d'origines diverses s'accumulent sur Barack Obama pour qu'il offre un sursis inespéré à une série de personnes considérées par leurs partisans comme injustement poursuivies ou condamnées.
Parmi les concernés figure le sergent Bowe Bergdahl, prisonnier des talibans en Afghanistan pendant cinq ans, mais promis à comparaître devant une cour martiale pour désertion.
Ou bien Leonard Peltier, un militant indien incarcéré pour l'homicide en 1975 de deux agents du FBI, une affaire montée de toutes pièces selon ses défenseurs.
Ou encore Edward Snowden, qui a révélé en 2013 l'existence d'un système de surveillance mondiale des communications et d'Internet par les États-Unis.
Le trentenaire réfugié en Russie est soutenu par Amnistie Internationale, l'American Civil Liberties Union, Human Rights Watch et de nombreuses célébrités dont les comédiens Terry Gilliam, Susan Sarandon ou Danny Glover, l'écrivain Joyce Carol Oates et le chanteur Peter Gabriel.
De la grâce préventive... 
S'il n'est pas gracié par Obama, disent ses amis, Snowden risque d'être exécuté par le gouvernement de Donald Trump, qui voit en lui un «traître infâme».
Chelsea Manning, elle, purge 35 ans de réclusion pour avoir transmis 700 000 documents confidentiels à WikiLeaks.
Une peine démesurée, jugent ses soutiens qui exhortent le président américain à la clémence. La femme soldat transsexuelle a fait deux tentatives de suicide.
Même si la Maison-Blanche a balayé l'hypothèse d'un «pardon» pour Snowden et Manning, leurs partisans veulent croire à un dernier geste de magnanimité d'un président sur le point d'être libéré des contraintes du pouvoir.
Ces deux cas posent toutefois des problèmes juridiques : l'absence de sentence à effacer pour Snowden, seulement poursuivi pour espionnage aux États-Unis; le fait que Manning a toujours un appel en attente devant un tribunal militaire.
Selon la Constitution, le président peut soit gracier un condamné, soit commuer sa peine, c'est-à-dire en raccourcir la durée sans effacer la sentence. La grâce présidentielle s'applique aux condamnations rendues par la justice fédérale.
M. Obama y a eu recours 148 fois depuis début 2009, moins que ses prédécesseurs George W. Bush (189) et Bill Clinton (396). En revanche, il est champion des commutations de peines (1176), dans un contexte de surpopulation carcérale.
... à la grâce posthume 
En ont majoritairement bénéficié des dealers de stupéfiants censés ne plus présenter de dangerosité. Barack Obama pourrait faire une annonce record de commutations d'ici au 20 janvier.
Officiellement, le président a promis d'utiliser son pouvoir de clémence au service de la justice pénale et non pour des passe-droits.
«Je ne crois pas qu'il y aura de noms célèbres sur la liste finale des clémences accordées», déclare à l'AFP le professeur de droit Mark Osler, de l'université St. Thomas à Minneapolis.
Les grâces de dernière minute, précise-t-il, sont une invention récente. «Jusqu'au président Clinton, elles étaient réparties tout au long du mandat. Espérerons que les futurs présidents reviendront à cette coutume, moins sujette aux abus».
À noter que le président peut théoriquement accorder une grâce avant une condamnation éventuelle. En 1868, le président Andrew Johnson avait proclamé une «grâce et amnistie absolues» pour les Confédérés ayant participé à la guerre civile.
Évoquant ce précédent, des voix ont appelé M. Obama à amnistier préventivement Hillary Clinton dans l'affaire de ses courriels, à l'époque où Donald Trump promettait de poursuivre en justice la candidate démocrate.
Barack Obama pourrait être tenté d'amnistier son ancien «général favori», James Cartwright, qui a fait une fausse déclaration au FBI.
Parfois, les demandes viennent de loin. Une campagne en faveur du Jamaïcain Marcus Garvey, précurseur du panafricanisme et militant adulé par les adeptes du rastafari, a ainsi récemment pris de l'ampleur.
Ses animateurs exigent une grâce posthume pour Garvey, décédé en 1940 et victime d'une cabale ayant abouti à son emprisonnement aux États-Unis dans les années 20.
«N'ayez pas peur!»
Michelle Obama livre son dernier discours en tant que Première Dame.
Très émue, Michelle Obama a fait vendredi ses adieux à la Maison-Blanche, louant la «magnifique diversité» de l'Amérique et exhortant la jeunesse à ne pas avoir peur de l'avenir, mais à se battre pour ses libertés. «J'espère que vous avez été fiers de moi», a lancé, des larmes dans la voix, la première first lady afro-américaine de l'histoire des États-Unis. À deux semaines de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, la femme de Barack Obama a appelé les Américains à ne pas baisser les bras et être actifs pour «protéger et préserver» leurs libertés. «N'ayez pas peur! Vous m'entendez? N'ayez pas peur, soyez déterminés, soyez investis!» a lancé la première dame, âgée de 52 ans. «C'est mon dernier message en tant que première dame pour vous, les jeunes Américains. C'est un message simple.» Si sa cote de popularité a régulièrement alimenté les interrogations sur ses ambitions électorales, elle a répété qu'elle ne se lancerait pas dans l'arène. «Michelle ne sera jamais candidate», a réitéré Barack Obama récemment. «Comme je le dis en riant, elle est trop sensible pour vouloir se lancer en politique.»