Un membre des Forces démocratiques syriennes inspecte le barrage de Tabqa, le plus grand de Syrie qui ne fonctionne plus depuis dimanche, après les bombardements dans le secteur.

Nouveau recul de l'EI en Syrie

Des combattants arabes et kurdes syriens tentaient lundi d'avancer vers la ville et le barrage de Tabqa, dont la conquête leur permettrait de resserrer davantage l'étau autour du groupe djihadiste État islamique (EI) à Raqa, leur «capitale» en Syrie.
Dimanche, les Forces démocratiques syriennes (FDS), appuyées dans les airs par la coalition internationale dirigée par les États-Unis et au sol par des conseillers militaires américains, ont pris l'aéroport militaire de Tabqa, une étape importante dans leur offensive pour chasser l'EI de Raqa, dans le nord du pays en guerre.
Les FDS, qui tentent de sécuriser l'aéroport, veulent avancer en direction de la ville de Tabqa, située à 3 km plus au nord, mais les jihadistes tentent de les freiner, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Les combats ont lieu entre l'aéroport et la ville située sur la rive sud du fleuve Euphrate, à une cinquantaine de km au sud-ouest de Raqa, a précisé l'ONG.
Dans le même temps, les FDS cherchent à prendre l'important barrage de Tabqa, et des combats ont lieu au nord de la ville de l'autre côté du fleuve, selon l'OSDH.
Une prise de l'aéroport, de la ville de Tabqa et du barrage permettrait aux FDS d'avancer vers Raqa à partir du sud pour poursuivre leur manoeuvre d'encerclement total de cette ville et de protéger leurs lignes arrières.
«Avancer et encercler»
Le barrage de Tabqa, le plus grand de Syrie, ne fonctionne plus depuis dimanche, après les bombardements dans le secteur qui «ont mis hors service (la centrale électrique) qui fournit l'électricité au barrage», selon un responsable technique sur place. Cela risque d'entraîner une dangereuse montée des eaux.
C'est début 2014 que l'EI a pris le contrôle de la ville de Raqa, devenue sa «capitale» de facto en Syrie, avant de s'emparer entièrement de la province du même nom.
Mais l'organisation ultraradicale a perdu ensuite 65 % de la province, dont 40 % depuis le début en novembre 2016 de l'offensive des FDS pour chasser l'EI de la ville éponyme.
Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, la prise de l'aéroport permettra aux FDS «d'avancer et d'encercler la ville de Tabqa» avant de la conquérir. L'aéroport «peut aussi servir comme point de départ pour les prochaines opérations militaires» en direction de la ville de Raqa.
Les FDS sont actuellement à 26 km au nord, 18 km à l'est et 29 km à l'ouest de cette cité. Leur position la plus proche est située à 8 km au nord-est de Raqa.
La seule ouverture de la ville se trouve au sud où les jihadistes doivent traverser le fleuve pour sortir de Raqa.
Selon l'OSDH, les raids de la coalition se poursuivaient lundi en appui à l'offensive des FDS. Mais cette alliance arabo-kurde a souligné que «l'opération militaire se déroulait lentement et avec précision» pour éviter tout dommage au barrage. «Pour cela, le contrôler prendra du temps», selon Talal Sello, porte-parole des FDS.
Les FDS ont annoncé lundi avoir arrêté l'assaut pour quatre heures afin de permettre aux ouvriers de rejoindre la centrale électrique du barrage afin d'y effectuer des réparations pour éviter une catastrophe majeure.
Par ailleurs, la coalition internationale a souligné «prendre toutes les précautions pour assurer l'intégrité du barrage de Tabqa». «À notre connaissance, le barrage n'a pas été structurellement endommagé», a-t-elle indiqué.
La semaine dernière, les États-Unis ont utilisé des hélicoptères d'attaque ainsi que de l'artillerie pour soutenir l'offensive des FDS sur ce barrage stratégique.
En juin 2016, les forces du régime avaient tenté, en vain, de reconquérir Tabqa.
Négociations en difficulté 
Vendredi, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian avait affirmé que Raqa était encerclée et que la bataille pour reprendre cette ville commencerait «dans les jours qui viennent».
Mais Talal Sello a estimé que «l'opération pour assiéger Raqa prendra plusieurs semaines et cela conduira ensuite à lancer officiellement l'opération» pour libérer la cité.
Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie, qui a fait plus de 320 000 morts, est devenue très complexe avec l'implication de multiples acteurs -rebelles, armée, forces kurdes, milices, groupes jihadistes, forces régionales et puissances internationales-, sur un territoire très morcelé.
Des négociations entre régime et opposition lancées la semaine dernière à Genève et censées se pencher sur les moyens de mettre fin à ce conflit n'ont enregistré aucun progrès.
L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a estimé que les combats sur les fronts de Damas et de Hama (centre) risquaient de faire capoter ces pourparlers.