Le vice-président Mike Pence (à droite), présent lors de la réunion, est venu s’exprimer devant les journalistes, pour tenter de dédramatiser la spectaculaire sortie du tempétueux président Donald Trump.

Négos budgétaires pour le mur: Trump dit «bye bye»

WASHINGTON — Englué dans un bras de fer budgétaire aux conséquences politiques incertaines, Donald Trump a abruptement quitté mercredi une rencontre avec les ténors démocrates sur son projet de mur à la frontière avec le Mexique.

«Le président s’est levé et est parti», a relaté Chuck Schumer, leader des démocrates au Sénat, juste après cette brève réunion à la Maison-Blanche. «Une nouvelle fois, nous avons assisté à un caprice parce qu’il ne pouvait obtenir ce qu’il voulait...»

«Je viens de quitter une rencontre avec Chuck [Schumer] et Nancy [Pelosi], totale perte de temps», a lancé, presque simultanément, le président américain dans un tweet rageur. «J’ai dit bye bye», a ajouté le 45e président des États-Unis.


« Une nouvelle fois, nous avons assisté à un caprice parce qu’il ne pouvait obtenir ce qu’il voulait... »
Chuck Schumer, leader des démocrates au Sénat, en parlant du président Trump

Au lendemain d’un discours solennel depuis le Bureau ovale, au cours duquel il a usé d’un ton dramatique pour tenter de rallier coûte que coûte les Américains à son projet sécuritaire phare, M. Trump a réaffirmé qu’il ne bougerait pas sur sa promesse de campagne emblématique.

Les discussions sont dans l’impasse. Le locataire de la Maison-Blanche réclame 5,7 milliards $ pour «une barrière en acier» ou un mur afin de freiner l’immigration illégale. Les démocrates refusent de débloquer des fonds pour ce projet qu’ils jugent «immoral» et inefficace.

Or la paralysie budgétaire a des conséquences très concrètes : depuis plus de deux semaines, quelque 800 000 fonctionnaires fédéraux ne sont plus payés. Et le record du plus long shutdown de l’histoire est sur le point de tomber : 21 jours, entre fin 1995 et début 1996, sous la présidence de Bill Clinton.

Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, a accusé le président d’être obnubilé par cette construction et d’en oublier la dimension humaine de la crise budgétaire en cours pour les fonctionnaires concernés.

«Il pense peut-être qu’ils peuvent juste demander plus d’argent à leur papa. Mais ils ne peuvent pas», a-t-elle lancé dans une allusion à peine voilée aux sommes énormes que Donald Trump a reçues de son père au début de sa carrière.

«Des bonbons»

Peu après ce clash pour le moins inhabituel dans l’enceinte de la Maison-Blanche, le vice-président Mike Pence, présent lors de la réunion, est lui aussi venu s’exprimer devant les journalistes, pour tenter de dédramatiser la spectaculaire sortie du tempétueux magnat de l’immobilier.

«Le président est entré dans la pièce et a distribué des bonbons», a-t-il lancé dans un sourire. «Je ne me souviens pas l’avoir entendu élever la voix ou taper du poing», a-t-il ajouté.

«Le parti est très très uni», avait assuré peu avant le président américain à l’issue d’une rencontre avec les sénateurs de son parti sur la colline du Capitole. «Les républicains veulent la sécurité aux frontières [...], ils veulent une barrière en acier ou un mur en béton, peu importe».

La veille, en neuf minutes diffusées en direct sur les principales chaînes du pays, M. Trump n’avait proposé aucune nouvelle porte de sortie, ciblant les immigrants clandestins qu’il a accusés de faire couler «le sang américain».

M. Trump a encore une fois évoqué l’hypothèse de déclarer une «urgence» nationale pour activer des pouvoirs extraordinaires, une procédure qui plongerait le pays dans une extraordinaire bataille politico-judiciaire.

Enclos de zoo

Le fils aîné du 45e président américain, Donald Trump Jr, a de son côté suscité des réactions outrées en comparant l’efficacité du mur voulu par son père à un enclos de zoo. «Savez-vous pourquoi vous pouvez apprécier une journée au zoo? Parce que les murs, ça marche», a-t-il écrit sur Instagram.

Donald Trump poursuivra jeudi son offensive en se rendant à la frontière, au Texas, où il devrait encore une fois marteler son message sécuritaire.