Le «nappy», ce mouvement, né aux États-Unis dans les années 2000 et devenu international, regroupe une communauté d’afro-descendants, surtout dans les grandes villes, qui proclament leur «bonheur» (happy) de porter leurs cheveux «naturels» (natural).

«Nappy»: en France, les femmes noires retrouvent la «liberté» des cheveux afro

PARIS - Elles disent non au défrisage, oui à leurs cheveux naturels : depuis une quinzaine d’années, «les Nappy» s’affranchissent des stéréotypes de beauté occidentale pour s’affirmer en tant que femmes noires en France. Quitte à déranger.

«À 19 ans, je me suis offert la liberté comme cadeau de Noël : un “big chop”!» se souvient Aminata, 24 ans, originaire de Mantes-La-Jolie, près de Paris. Le «big chop» consiste à couper l’intégralité des cheveux abîmés par le défrisage pour retrouver sa base crépue ou frisée, une étape initiatique «éprouvante» dont dépend tout le parcours capillaire du retour au naturel.

La Franco-Guinéenne se définit comme «nappy» : «natural and happy» (la dénomination ne fait pas consensus, certains l’assimilant à une insulte).

Ce mouvement, né aux États-Unis dans les années 2000 et devenu international, regroupe une communauté d’afro-descendants, surtout dans les grandes villes, qui proclament leur «bonheur» (happy) de porter leurs cheveux «naturels» (natural). Leurs motivations varient : préférence esthétique, rejet du chimique, revendications politiques...

À six ans, Aminata «suppliait» sa mère de défriser ses cheveux pour cacher sa «différence» à l’école. À force d’utiliser les produits chimiques, elle perd «50 % de ses cheveux» à l’adolescence, révélant «des trous sur (son) crâne». Un «traumatisme» qui la questionne. À qui cherchait-elle à ressembler?

Le défrisage a été utilisé par les Noirs pour «s’intégrer» dans une société «qui ne voulait pas de ces corps-là», relève la sociologue Juliette Smeralda, alors que «l’art de la coiffure (afro) était à son apogée avant la colonisation et la mise en esclavage des Noirs» (Peau noire, cheveu crépu: l’histoire d’une aliénation, Éditions Jasor, 2005).

Encore aujourd’hui, arborer une coiffure afro naturelle intrigue, voire dérange. À l’une, un collègue se permet de toucher les cheveux, car «c’est original», à l’autre, on rappelle de «venir coiffée» au travail.

Le 22 octobre, un magazine anglais a publié en Une la photo de Solange Knowles, sœur de Beyoncé, célèbre notamment pour sa chanson Don’t touch my hair (Ne touche pas mes cheveux). Mais la rédaction a effacé la moitié de sa coiffure, provoquant l’indignation de la vedette.

La critique fuse aussi dans l’intimité. Les remarques des «filles de la cité» poussent ainsi Cynthia à se défriser à 19 ans. Quant à Magali, elle se souvient d’un «petit ami africain qui ne voulait pas sortir» avec elle si elle «n’avai(t) pas les cheveux lissés».

«Notre part d’Hollywood»

Intériorisant le malaise, ces femmes se censurent.

«Je pensais à des trucs bêtes comme : “Si je vais au ciné, je vais gêner avec mes cheveux”», confie encore Magalie, qui attendait sa séance de défrisage comme «l’événement du mois» mais porte aujourd’hui de longues locks blondies.

Le déclic s’est produit après son déménagement à Paris. «Pour la première fois», la jeune femme commence à «envier» ces femmes noires de plus en plus nombreuses dans la capitale à montrer leurs «vrais» cheveux.

En France, cette tendance contribue à «questionner (...) la place que les minorités s’autorisent à se faire avec leur apparence physique», souligne Rokhaya Diallo, coauteure du livre Afro ! (Les Arènes, 2015) fruit de plus d’une centaine de témoignages, exposés jusqu’à dimanche à la Maison des Métallos à Paris.

«Il y a une libération. La génération des trentenaires a provoqué la révolution», estime Juliette Smeralda. Ces femmes «osent le “fashion”».

Locks, «twist out», crochets... Les clientes ont le choix chez Boucles d’Ebène, rare salon français de coiffure spécialisé dans le cheveu naturel frisé et crépu, ouvert en 2011 à Bagneux, dans la banlieue parisienne.

Aline Tacite, la cofondatrice aux cheveux courts et rouges, assure ne pas juger les défrisées, mais vouloir que le défrisage ne soit plus présenté comme «l’option unique et obligatoire». «Pourquoi on n’aurait pas notre part d’Hollywood?»

Ce dimanche, elle apprend à des mères à s’occuper naturellement des cheveux de leurs enfants: deux mamans défrisées pendant leur adolescence, une troisième, blanche, venue de Toulouse avec sa fille adoptive.

«De quoi a besoin le cheveu afro?» lance la coiffeuse. «D’amour!», sourit une participante. «Oui», rebondit avec sérieux Aline Tacite : «il en a manqué pendant des siècles».