Les forces armées irakiennes ont bombardé des positions de l'EI, tuant cependant au passage plusieurs civils.

Mossoul: des dizaines de civils tués par des raids menés par Washington

Des responsables irakiens ont affirmé samedi que de récents raids aériens contre le groupe armé État islamique (EI) à Mossoul avaient tué des dizaines de civils, voire près de 200, la coalition internationale reconnaissant de son côté avoir frappé un secteur où des pertes civiles ont été rapportées.
Selon des responsables irakiens et des témoins, des frappes aériennes ont en effet tué des dizaines de personnes ces derniers jours dans l'ouest de Mossoul.
Mais les chiffres évoqués n'ont pas pu être vérifiés de source indépendante et le bilan du raid mentionné par la coalition n'est pas connu.
«À la demande des forces de sécurité irakiennes, la coalition a frappé des combattants et du matériel (de l'EI) le 17 mars à Mossoul-Ouest dans le secteur correspondant à des allégations de victimes civiles», a indiqué la coalition internationale antidjihadistes dans un communiqué.
Elle a précisé qu'elle cherchait à déterminer le «bien-fondé de ces allégations».
Au début du mois, cette coalition menée par Washington avait indiqué qu'il était «probable qu'au moins 220 civils aient été tués involontairement dans des frappes» effectuées par son aviation depuis le début en 2014 de ses opérations contre l'EI en Irak et en Syrie.
L'armée de l'air irakienne, qui bombarde également les djihadistes dans la deuxième ville du pays pour soutenir ses troupes au sol, n'a elle jamais publié d'estimations de victimes civiles causées par ses frappes.
Les forces irakiennes ont lancé une offensive pour reprendre l'ouest de Mossoul le 19 février, après avoir repris l'est de la ville en janvier.
En un mois, environ 200 000 personnes ont fui les combats et les bombardements, d'après une nouvelle estimation des autorités irakiennes.
Boucliers humains
Samedi, Bachar al-Kiki, le chef du conseil de la province de Ninive, a fait état de «dizaines de corps encore ensevelis sous les décombres» après des frappes aériennes à Mossoul, sans préciser quand et où ces raids avaient eu lieu, ni qui les avait effectués.
Le gouverneur provincial, Nawfal Hammadi, a lui accusé la coalition d'avoir mené des frappes sur le quartier Al-Jadida ayant tué «plus de 130 civils». Il a ensuite évoqué «l'ensevelissement de centaines (de corps) de martyrs dans les décombres des maisons d'Al-Jadida».
«Daech essaie de stopper par tous les moyens l'avancée des forces irakiennes. Il rassemble des civils (...) et les utilise comme boucliers humains», a déclaré M. Hammadi à l'AFP en utilisant un acronyme arabe pour l'EI.
D'autres responsables ont fait état de centaines de morts dans plusieurs frappes sur plusieurs jours, sans qu'il soit possible de le confirmer de source indépendante.
Omar Mohanned Sumayr et son oncle Manhal, des civils qui ont aujourd'hui fui Mossoul, ont assuré qu'un immeuble avec 170 personnes à l'intérieur avait été détruit alors que les combattants de l'EI étaient pourchassés depuis les airs.
«Des snipers de Daech sont montés (sur les toits), ils ont ouvert le feu sur les forces irakiennes» et un avion les a frappés avec un missile, a affirmé Manhal. «Notre immeuble est à côté de celui qui a été détruit.»
Un général irakien, sous couvert de l'anonymat, a par ailleurs indiqué que les frappes avaient endommagé plus de 27 bâtiments résidentiels, dont trois avaient été complètement détruits.
Terribles pertes
L'ONU a exprimé sa «profonde inquiétude» et appelé toutes les parties engagées dans le conflit à épargner les civils à Mossoul.
«Nous sommes abasourdis par ces terribles pertes humaines et exprimons nos plus sincères condoléances aux familles touchées par cette tragédie», a déclaré Lise Grande, la coordinatrice humanitaire de l'ONU pour l'Irak. «Rien n'est plus important que de protéger les civils.»
Les combats se concentrent actuellement aux abords de la vieille ville, un dédale de petites rues densément peuplé, guère propice à l'avancée des blindés et où l'usage d'armes lourdes risque de mettre en péril les civils pris au piège par les djihadistes.
Il y aurait 400 000 habitants dans la vieille ville, selon un représentant du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) en Irak. Et environ 600 000 personnes se trouvent dans les zones encore tenues par l'EI, qui représentent environ 60 % de Mossoul-Ouest.
Depuis le lancement il y a un mois de l'offensive sur Mossoul-Ouest, «201 275 personnes» ont fui les combats dans cette partie de la ville, a indiqué samedi le ministère irakien des Migrations et des Déplacés.
L'EI s'est emparé en 2014 de larges pans de territoires au nord et à l'ouest de Bagdad. Depuis, les forces de sécurité l'ont chassé de l'essentiel de ces secteurs et Mossoul-Ouest constitue le dernier bastion urbain du groupe djihadiste en Irak.
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Au moins 16 civils tombent près de Damas
Au moins 16 civils ont été tués et des dizaines de personnes blessées, samedi, dans une frappe aérienne menée sur un secteur tenu par les rebelles près de Damas, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
L'ONG a dit ne pas être en mesure dans l'immédiat de dire qui était derrière cette attaque sur la ville de Hammouriyé, à l'est de la capitale syrienne, qui a été dans le passé la cible de l'aviation syrienne et des avions russes.
«Seize civils, dont un enfant, ont été tués et une cinquantaine de personnes ont été blessées par une frappe aérienne sur la rue principale de la ville de Hammouriyé», a indiqué le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.
Il n'a pas pu préciser si tous les blessés étaient des civils, mais a indiqué que le bilan des morts pourrait augmenter en raison de la gravité de l'état de certains d'entre eux.
Un photographe de l'AFP a vu des Casques Blancs, la défense civile en zone rebelle, retirer des survivants des décombres, dont un homme qui avait le visage maculé de sang.
Un autre sauveteur arrosait des gravats fumants,  dont des voitures totalement broyées.
Ailleurs, un homme désespéré portait deux enfants, une fillette vêtue d'un pyjama, les cheveux pleins de poussière et du sang sur la main, et un petit enfant avec un bandage sur la tête.
La région de la Ghouta orientale, proche de Damas, est soumise à un siège du régime syrien depuis 2012. Elle est également ciblée par de nombreux bombardements aériens et des tirs d'artillerie.
Elle est le dernier bastion de l'opposition au président Bachar al-Assad près de Damas, même si au cours des derniers mois les rebelles ont signé des accords dits de «réconciliation» par lesquels ils ont évacué certaines des villes qu'ils contrôlaient.