Hamou B., suspect de l'attaque de mercredi contre des militaires, était connu pour venir prier dans cette petite salle de ce foyer pour travailleurs immigrés. L'homme de 36 ans est toujours hospitalisé en raison des blessures par balle subies lors de son arrestation.

Militaires attaqués en France: un suspect au profil solitaire

Cet Algérien de 36 ans vivait apparemment seul dans la grande banlieue ouest de Paris : sans casier judiciaire, non connu pour radicalisation, Hamou B., suspect de l'attaque contre des militaires à Levallois-Perret, en banlieue parisienne, n'était jamais entré dans le viseur des renseignements.
D'où la consternation de ses voisins quand ils ont vu débarquer mercredi les policiers encagoulés venus perquisitionner dans cette résidence privée de Bezons, en grande banlieue, coquette et bien tenue, quelques heures à peine après l'arrestation de cet homme.
Hamou B., qui cumulait plusieurs emplois, notamment comme chauffeur, vivait apparemment seul au troisième étage de cet immeuble, à neuf kilomètres du lieu de l'attaque à la voiture-bélier à Levallois, au nord-ouest de Paris, selon des témoignages recueillis par l'AFP.
Un voisin décrit quelqu'un qui «se lève le matin comme tout le monde, va travailler». «Jamais de problème avec lui», assure ce jeune père de famille.
Mais, à deux pas de là, dans la petite salle de prière d'un foyer de travailleurs immigrés de Sartrouville, plusieurs habitués du lieu se souviennent d'un homme nerveux, atteint de strabisme, qui venait prier de façon irrégulière.
«Pas stable dans sa tête»
Moustafa, 56 ans, croit savoir que «sa famille est originaire de la région de Mostaganem», dans l'ouest de l'Algérie, et qu'il habitait le quartier depuis au moins trois ans. «Je le connais, il n'est pas stable dans sa tête [...], il s'énerve vite», raconte-t-il, expliquant ces problèmes par les séquelles d'un accident que l'homme lui a dit avoir eu dans son pays.
«Il fait la prière, mais c'est pas un intégriste, c'est impossible, il est contre ça [les attentats djihadistes]. Ce qu'il a fait, c'est anormal, c'est la folie» qui l'a poussé, assure-t-il à des journalistes.
Pour Lahcen, 68 ans, Hamou B. était bizarre. «Il ne parlait pas avec les gens, se bagarrait pour rien», se rappelle cet habitant du quartier qui dit l'avoir vu au moins trois fois empêcher d'autres fidèles de prier, en leur disant : «Il n'y a que moi qui prie».
Mais les policiers, qui cherchent à percer les mystères de leur unique suspect, devront probablement attendre plusieurs jours avant de pouvoir l'interroger : la garde à vue d'Hamou B. a été interrompue par son hospitalisation à Lille, pour traiter ses graves blessures par balles de mercredi. Il avait tenté d'échapper à son arrestation près de Calais, dans le nord de la France, à bord de la BMW noire de location qui, cinq heures plus tôt, avait percuté les six soldats.
Avant même la fin de la traque, le «choix de la cible, la préméditation manifeste et la fuite» avaient convaincu la section antiterroriste du parquet de Paris de se saisir de l'enquête, selon une source judiciaire.
Mais comment relier la détermination flagrante dans cette attaque au parcours du suspect? L'homme, qui n'est pas fiché S (diminutif de «sûreté de l'État»), était jusque-là seulement connu pour une infraction en 2009 à la législation sur les étrangers, selon des sources concordantes, et il était désormais en situation régulière.
«Les premiers éléments mettent en évidence un profil plutôt solitaire», selon une source proche de l'enquête. La recherche d'éventuelles complicités se poursuit mais il n'y avait eu jeudi soir aucune interpellation, seulement des auditions libres dans son entourage. Pas plus que de revendications.