Conrad Vazquez Martinez, 67 ans, s'est accroché à une branche quand l'édifice sur lequel il travaillait s'est écroulé. Un balcon de ciment tombé sur lui l'a protégé des débris, et un contenant d'eau.

Mexique: histoires de survivants

Au travers des innombrables tragédies causées par la secousse de magnitude 7,1 qui a frappé le Mexique le 19 septembre, faisant 345 morts, des histoires de survie époustouflantes commencent à faire surface.
Une branche d'arbre a sauvé un technicien qui travaillait sur le toit d'un édifice qui s'est écroulé sous ses pieds.
Une gifle en plein visage a ramené à ses esprits un père, lui permettant de transporter en sécurité sa fille grièvement blessée.
Des voisins, des collègues et de simples passants sont intervenus pour tirer des victimes des décombres, pendant que des taxis, des voitures et même des autobus se transformaient en ambulances improvisées.
Sauvé par une branche
Le technicien de 67 ans, Conrad Vazquez Martinez, travaillait sur le toit d'un édifice de quatre étages dans le quartier de Roma Norte, à México, quand tout s'est mis à trembler le 19 septembre.
«Je voulais aller sauver des gens, mais l'édifice était en train de s'écrouler, raconte-t-il depuis son lit à l'hôpital Magdalena de las Salinas, où il est soigné pour des fractures de la hanche et de la jambe. Alors, j'ai couru et j'ai couru, et d'un saut j'ai agrippé une branche qui poussait près de l'immeuble.
«Un autre employé et moi avions déjà parlé de cette branche. On avait dit, ''Si jamais il y a un problème ici, nous sauterons par là'', s'est-il souvenu. Malheureusement, la branche était vieille et elle s'est brisée.»
Mais M. Vazquez Martinez n'a jamais lâché la branche, et ça lui a sauvé la vie. Il a plongé à travers les branches inférieures, jusque sur le trottoir devant un immeuble voisin, se fracturant la jambe et la hanche. Il y a ensuite eu un deuxième miracle : un balcon de métal est tombé sur lui, le protégeant partiellement des débris qui pleuvaient du ciel.
La branche, qu'il tenait toujours, perçait dans les décombres une petite ouverture qui lui donnait un peu d'air. «Le balcon a empêché les morceaux de ciment de me tomber directement dessus, poursuit M. Vazquez Martinez. Quand tout a fini de tomber, j'ai essayé de m'étirer, mais le ciment me semblait de plus en plus lourd, il m'écrasait, c'était toujours plus lourd.»
Étouffé par la poussière, M. Vazquez Martinez a remarqué que le contenant d'eau qu'il avait sur le toit avec lui était tombé à proximité. «Dieu est tellement grand qu'Il m'a même fourni de l'eau.»
Il a crié et sifflé, puis ses collègues sont venus l'extirper des décombres. «Perdre mes collègues est la chose la plus douloureuse, dit-il. J'espérais m'en sortir pour sauver des gens, mais je n'ai pas pu. J'ai échoué.
«Mais j'ai fait une chose. J'ai fermé la valve du réservoir de gaz sur le toit, ajoute-t-il en se souvenant de sa première réaction quand la terre a commencé à trembler. C'était une vraie bombe. Ça a peut-être sauvé tout le voisinage.»
L'esprit du Mexique
La directrice de l'hôpital où il est soigné, la docteure Fryda Medina, rappelle que le jour du séisme, les blessés arrivaient à bord de taxis et de voitures privées. Deux victimes sont arrivées dans un autobus. Le personnel, et même des retraités, s'est porté volontaire pour travailler toute la nuit et les jours suivants, quand l'hôpital a reçu plus de 300 blessés. Seulement une victime est morte, souligne-t-elle.
«C'est lors de tels moments qu'on ressent l'esprit que nous avons au Mexique, la solidarité», affirme la docteure Medina.
D'autres ont aussi échappé miraculeusement à la mort. Le photojournaliste américain Wesley Bocxe et sa femme se sont précipités vers le toit de leur immeuble de 10 étages quand le séisme a frappé. Sa femme a été tuée quand tous les étages sous leurs pieds se sont écrasés les uns sur les autres, mais M. Boxce a survécu au plongeon, même s'il a été grièvement blessé.
La presse locale cite une femme qui raconte qu'elle et deux de ses proches se sont cachés dans la salle de bain de leur appartement, au dernier étage, et que la pièce a plongé d'un seul bloc jusqu'au niveau de la rue. Ils ont ensuite pu sortir avec l'aide de voisins.
Cauchemar
Le séisme a été un véritable cauchemar pour une famille de quatre personnes à Iztapalapa, en banlieue de México. Le père et la mère sont sortis en courant de leur maison avec leur fille de 9 ans et leur fils de 13 ans, mais un mur de deux mètres est tombé sur les enfants. La fille a été grièvement blessée et le garçon a subi une fracture ouverte de la jambe.
Le père, qui a demandé à protéger son anonymat, a été paralysé par le drame, mais une gifle bien sentie de sa femme l'a ramené à la raison. «Quand j'ai vu ma fille dans les décombres, les yeux vitreux, j'ai perdu tous mes moyens, raconte l'homme à l'hôpital Magdalena de las Salinas. Je l'ai ramassée [...] Je pensais qu'elle était morte. Sa mère m'a giflé parce que j'étais complètement parti. Je me suis tourné vers elle et elle m'a dit, ''Il faut la sauver, elle est toujours vivante!''»
Cette fillette de 9 ans et son frère de 13 ans ont survécu même si un mur de deux mètres s'est littéralement écroulé sur eux.
La mère a aidé son garçon à atteindre la rue, puis s'est lancée dans la circulation pour intercepter une voiture. «Je me suis tenue devant [la voiture] et j'ai tapé sur le capot. J'ai dit, ''S'il vous plaît, je vous en supplie, aidez-nous à nous rendre jusqu'à l'hôpital''. [...] Je ne sais pas comment nous sommes arrivés ici, mais je dois à cet homme la vie de mes enfants.»
Les deux enfants ont ensuite été transportés par hélicoptère vers l'hôpital de Magdalena de las Salinas.
La fillette est enveloppée dans des draps sur son lit d'hôpital, et son père lui tient la main. Elle a parlé à des psychologues et peut maintenant évoquer avec calme ces moments de terreur. «Dans ma tête, je vois la terre qui s'ouvre. C'était une illusion, raconte-t-elle. Quand j'ai traversé cet cauchemar, je ne pensais pas survivre.»