Maintenant que François Hollande (à gauche) a confirmé qu'il ne briguera pas un nouveau mandat présidentiel l'an prochain, son premier ministre, Manuel Valls, tentera de s'imposer comme candidat de la gauche, même si son style est loin de faire l'unanimité au sein du Parti socialiste.

Manuel Valls se prépare à sauter dans la course

Le premier ministre français, Manuel Valls, prêt à se lancer dans l'élection présidentielle de 2017, essaie depuis des années d'imposer une mise à jour à gauche, mais sa personnalité autoritaire, son discours pro-­entreprises et sa défense d'une laïcité stricte crispent une partie de son camp.
Né en 1962 en Espagne et naturalisé Français à 20 ans, ce fan du club de soccer de Barcelone semble se préparer depuis quelques semaines à entrer dans l'arène présidentielle. Et la voie semble ouverte après le renoncement du président François Hollande à se représenter.
Briseur de tabous à gauche - en 2007, il voulait déjà changer le nom du Parti socialiste jugé dépassé - Manuel Valls, 54 ans, a modéré son discours récemment pour élargir son socle électoral.
Lui qui décrivait «deux gauches irréconciliables», lançait un «j'aime l'entreprise» devant le patronat ou encore défendait l'interdiction du burkini par des maires de droite, appelle désormais son camp à se rassembler avant le scrutin de 2017.
S'il décide effectivement de se lancer, il devra en passer par une primaire du Parti socialiste, prévue les 22 et 29 janvier, sans certitude de l'emporter.
Il y a cinq ans, lors de la première primaire ouverte de la gauche, son positionnement sur la droite n'avait guère convaincu et il avait été éliminé sans appel avec 5,63 % voix au premier tour.
Le jeune élu de banlieue parisienne affichait déjà ses ambitions, ne voulant pas observer «la loge présidentielle depuis l'orchestre dans lequel je suis censé devoir me tenir en attendant mon tour».
Depuis, il a gagné une expérience gouvernementale et une stature d'homme d'État, mais son recours à une arme constitutionnelle pour imposer des réformes malgré l'opposition du Parlement lui vaut de fortes inimitiés dans son parti.
En 2012, il s'était rallié au candidat Hollande et fut un actif porte-parole durant la campagne, ce qui lui a valu d'être nommé au ministère de l'Intérieur. À ce poste, il renforce son style martial et son image d'homme à poigne, gagnant en popularité - parfois plus à droite qu'à gauche.
«Je cheffe»
Son hyperactivité, sa communication très cadrée et ses ambitions lui valent d'ailleurs d'être comparé à l'ancien président Nicolas Sarkozy, ce qui a le don d'agacer cet homme ombrageux.
Ses yeux bleu métallique, ses réparties sèches et sa moue fréquente lui confèrent l'image d'un homme crispé, qui s'exerçait au début de sa carrière à afficher un air plus souriant.
Son autorité lui ouvre les portes de Matignon (le lieu de travail du chef du gouvernement français) en 2014, où il remplace le discret Jean-Marc Ayrault après plusieurs couacs entre ministres. «Un chef doit savoir cheffer, alors je cheffe!» dira Manuel Valls peu après.
À son arrivée, les écologistes claquent la porte, dénonçant entre autres ses propos sur les Roms. Lui n'a cure de déplaire et applique fidèlement la nouvelle ligne social-libérale du président Hollande (réduction de taxes pour les entreprises, réforme du droit du travail...). D'autres poids lourds de son équipe quittent le navire.
Parallèlement, le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, 38 ans, s'installe lui aussi sur le créneau réformiste en économie, avant de démissionner à son tour du gouvernement pour se lancer en solitaire dans l'aventure présidentielle. Sur les questions de société, il tente de ringardiser Valls, à qui il reproche sa «laïcité revancharde».
Le premier ministre fut l'un des rares dans son camp à voter l'interdiction de la burqa dans la rue. Il s'en prend régulièrement au foulard islamique, «un ordre religieux, sectaire et totalitaire».
Manuel Valls est entré jeune dans le monde politique, lui qui est devenu assistant parlementaire à 23 ans, avant de travailler pour les premiers ministres Michel Rocard (1988 à 1991) et Lionel Jospin (1997 à 2001). Voici maintenant qu'il vise le sommet d'État français.