Ce vétéran de l'armée américaine Luis Cabrera Sanchez tient sa machette qu'il utilise pour couper les branches qui sont tombées sur sa maison après le passage de l'ouragan Maria.

Machette, ennui et origami à Porto Rico

Dix jours après le passage de l'ouragan Maria, les habitants de Porto Rico tentent de s'adapter à un quotidien sans électricité ni internet, et marqué par les pénuries et l'insécurité qu'a provoqué une catastrophe décrite comme sans précédent dans ce territoire américain.
À San Juan, la capitale, dans une chaleur étouffante, les résidents passent leurs journées dans de longues files d'attente pour acheter de la glace, du carburant, de l'eau et la nourriture encore disponible.
Téléphones en l'air, des grappes de gens tentent de trouver une zone de réception cellulaire - parfois, au milieu d'une route - pour contacter les proches.
Ceux qui vont au travail le font surtout pour profiter des générateurs électriques de leurs entreprises. Les autres doivent prendre leur mal en patience. L'ouragan a laissé des dégâts considérables sur les infrastructures et les habitations de l'île.
À Guaynabo, près de San Juan, Alejandro et Juana Araujo, et leur fils Xavier, attendent du mieux qu'ils peuvent un retour à la normale.
La famille est suspendue aux informations contradictoires qui circulent par le bouche-à-oreille. Ils écoutent la radio et marchent au lieu de conduire pour économiser l'essence. Les pillages signalés dans l'île leur donnent un sentiment d'insécurité.
«Par mesure de précaution, je dors dehors avec le chien, une machette à la main, parce que je préfère avoir quelque chose dans la main que de me sentir impuissant», confie Alejandro, un informaticien de 53 ans.
Sans électricité, les alarmes de sécurité des habitations ne fonctionnent pas et les voisins se sont organisés pour utiliser le klaxon de leurs voitures s'ils voient des rôdeurs.
«La police est très occupée. Il y a eu moins de vigilance et certains veulent profiter de la situation», déplore Alejandro.
Les autorités n'ont pas dit combien de personnes ont été arrêtées, mais les commerçants de Porto Rico ont fait état de pillages à grande échelle, en particulier juste après le passage de l'ouragan, le matin du 20 septembre.
«Privilégiés»
De longues files d'attente serpentent autour des stations-service, surveillées par la police et dans bien des cas par des gardes armés privés.
«Les gens se désespèrent. Je n'ai peur de personne, mais il y a des gens qui ne quittent pas leur maison par peur d'être cambriolés ou attaqués», lance Brian Lafuente, le patron d'une station-service à San Juan.
Les Araujo se disent vulnérables et peu enclins à s'aventurer hors de la maison. Les parents sont de toute façon au chômage technique. Juana, 59 ans, est psychologue et professeur d'université. Alejandro dépend entièrement du réseau internet pour travailler.
Sans internet, électricité, téléphone ou télévision, la vie quotidienne est radicalement modifiée. Le soir, la famille va se coucher vers 21h, après avoir passé l'après-midi à bavarder avec les voisins.
Alejandro s'est lancé dans un puzzle, Xavier, 16 ans, passe la journée à fabriquer des origami et Juana s'est mise à faire du tricot et la broderie «pour essayer de soulager l'angoisse». Et ils lisent.
«Nous avons de la nourriture. Nous avons un toit sur nos têtes. Rien ne nous est arrivé, nous sommes privilégiés», reconnaît-elle.
Mais l'ouragan a tout de même laissé sa marque dans les esprits.
«Je me suis senti comme l'être le plus insignifiant de tout l'univers. Totalement insignifiante. Microscopique», dit-elle.
Trump accusé de minimiser «la douleur» de Porto Rico
L'ouragan <em>Maria</em> a laissé des dégâts considérables sur les infrastructures et les habitations de Porto Rico.
Le président Donald Trump était accusé dimanche par des résidents de Porto Rico et des élus américains de minimiser la crise provoquée par le passage de l'ouragan Maria, en refusant de reconnaître des lacunes dans l'acheminement de l'aide.
«Trump vit dans une bulle [...] Qu'il vienne et qu'il voie par lui-même ce qui se passe ici!» s'exclamait Aida Rosario, 57 ans, à la sortie de la messe de la cathédrale de San Juan, dimanche.
Donald Trump est attendu mardi à Porto Rico pour une visite avec sa femme Melania. Samedi, le président américain avait fustigé les critiques sur la gestion de la crise et certains responsables Portoricains qui «veulent que l'on fasse tout pour eux».
«Cela me blesse beaucoup que le président des Etats-Unis s'exprime comme cela. Je ne sais pas s'il a conscience de la douleur des êtres humains», renchérissait Hilda Lopez, une vieille dame à la voix noué par des sanglots.
Le président américain s'est malgré tout félicité dimanche sur Twitter du «super boulot» accompli par son administration «dans une situation presque impossible» et a qualifié les critiques de «fake news» et «d'ingrats politiquement intéressés».
Leadership médiocre
La maire de San Juan, Carmen Yulin Cruz - que Donald Trump a nommément accusé samedi de faire preuve «d'un leadership médiocre» - a rétorqué que le président semble «cherchait une excuse pour les choses qui ne vont pas».
Les déclarations de Donald Trump ont également donné lieu à de vives réactions à Washington, jusque dans les rangs de son propre parti.
«Quand les gens sont en plein dans une catastrophe, vous ne commencez pas à les critiquer», s'est indigné sur CNN le gouverneur de l'Ohio, John Kasich.
Le sénateur Bernie Sanders a de son côté jugé «inqualifiable» qu'un président «parlant de son club de golf, joue au golf avec ses amis milliardaires [et] attaque la maire de San Juan, qui essaie d'apporter à l'île de l'électricité, de la nourriture, de l'eau, du carburant».
«Je ne sais pas dans quel monde Trump vit», a-t-il ajouté sur CNN.
Le président américain a passé le week-end dans son club de golf de Bedminster, dans le New Jersey, près de New York.