Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a regretté que le Venezuela s'éloigne du «chemin conduisant à une solution pacifique».

L'usage de la force au Venezuela dénoncé

Le Venezuela a reçu mardi un coup de semonce de l'ONU, qui a dénoncé «un usage excessif de la force» lors des manifestations hostiles au président Nicolas Maduro secouant depuis avril le pays, toujours plus isolé sur la scène internationale.
Une nouvelle condamnation, cette fois de 17 pays d'Amérique latine - dont le Brésil, l'Argentine et le Mexique - et du Canada, réunis à Lima, était attendue dans la soirée.
Selon le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad al Hussein, «plusieurs milliers de personnes ont été placées en détention arbitraire, beaucoup auraient été victimes de mauvais traitements et même de torture».
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a lui regretté que le Venezuela s'éloigne du «chemin conduisant à une solution pacifique».
Le président socialiste Nicolas Maduro fait face depuis avril à un vaste mouvement de protestation pour exiger son départ, alors que le pays pétrolier, autrefois le plus riche d'Amérique du Sud, a sombré économiquement. Les manifestations ont fait 125 morts en quatre mois.
Ces dernières semaines, les critiques de la communauté internationale, inquiète de la radicalisation du gouvernement, ont fusé de toutes parts, des États-Unis, de l'Union européenne ou encore du Vatican.
À Caracas, le gouvernement avait réuni mardi ses quelques alliés, parmi lesquels Cuba, la Bolivie, le Nicaragua et l'Équateur, tous membres de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba).
Quelques milliers de kilomètres plus au sud, à Lima, le Pérou plaidait, selon des sources diplomatiques, pour une condamnation de cette «nouvelle forme de coup d'État» ainsi qu'un appel à libérer les «prisonniers politiques» et à respecter le calendrier électoral, incluant un scrutin présidentiel fin 2018.
Samedi, le Venezuela a été suspendu du Mercosur, le marché commun sud-américain, pour «rupture de l'ordre démocratique». Lundi, le président de la Colombie voisine, Juan Manuel Santos, a brandi la menace d'une rupture diplomatique.
L'armée «révolutionnaire»
Sourd à ces mises en garde, le gouvernement poursuivait la reprise en main des institutions.
Pour contourner le Parlement, où l'opposition est majoritaire depuis début 2016, il a installé samedi une Assemblée constituante, qui peut notamment dissoudre le Parlement et réécrire la Constitution du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013.
Ses 545 membres, tous chavistes, ont voté mardi leur soutien à l'armée, pièce centrale de l'échiquier politique vénézuélien et principal pilier du pouvoir.
Sous les ovations du public, le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, a réaffirmé le caractère «anti-impérialiste» et «révolutionnaire» des forces armées, qui ne sont pas «des militants politiques».
Le département d'État américain, dans un tweet de sa porte-parole, a fustigé cette assemblée, rejetée par 72 % des Vénézuéliens selon l'institut Datanalisis, comme «le résultat illégitime d'une procédure irrégulière conçue par un dictateur».
Washington a déjà imposé des sanctions financières directes au chef de l'État, une mesure extrêmement rare.
«La pression internationale [...] est nécessaire pour qu'au Venezuela il y ait un changement politique», a estimé Luis Florido, chef de la commission de politique étrangère du Parlement.
Mardi, des soldats ont empêché dix députés d'opposition d'entrer dans le bâtiment, ont dénoncé ces derniers. «Ce gouvernement envahit les espaces qu'il n'est plus capable de gagner de façon légitime», a critiqué sur Twitter Stalin Gonzalez, chef du groupe parlementaire d'opposition.
Tous les pouvoirs
Par ailleurs, la nouvelle Assemblée constituante du Venezuela a adopté, mardi, un décret dans lequel elle se déclare supérieure à toutes les autres branches du gouvernement.
Ce décret bloque ainsi toute décision qui pourrait être prise par l'Assemblée nationale - contrôlée par l'opposition - et qui irait à l'encontre des lois adoptées par l'organe progouvernemental.
Le président Nicolas Maduro a déclaré que cette mesure a été adoptée dans le but de sortir le pays de la paralysie dans laquelle il se trouve. Mais les partis d'opposition y voient plutôt une démarche pour s'approprier le pouvoir.
Les leaders de l'opposition, de même que de nombreux pays étrangers, refusent de reconnaître la légitimité de cette Assemblée constituante qui a pris ses quartiers vendredi.
Depuis son installation, l'Assemblée a limogé la procureure en chef, institué une «commission de vérité» qui ciblerait les opposants du président Maduro et adopté des décrets assurant son soutien et sa solidarité envers le président.
Les députés de l'opposition ont déclaré qu'ils n'ont pu accéder, mardi, au palais législatif. Dans la nuit de lundi à mardi, des forces de sécurité menées par la présidente de l'Assemblée constituante, Delcy Rodriguez, ont forcé les portes de l'édifice.  Avec AP