L'Uruguay dispose pour l'instant de 400 kilos de cannabis, produits par deux entreprises privées sous contrôle de l'État.

L'Uruguay, premier pays à vendre du cannabis en pharmacies

L'Uruguay deviendra en juillet le premier pays au monde à vendre en pharmacies du cannabis produit sous contrôle de l'État et pour un usage récréatif, ont annoncé jeudi les autorités.
Diego Olivera et Juan Andres Roballo, du Conseil national des drogues, en compagnie du ministre de la Santé, Jorge Basso, ont expliqué les nouvelles mesures de vente de cannabis dans les pharmacies.
«Durant le mois de juillet le cannabis [commencera à être] distribué dans les pharmacies», a annoncé le conseiller à la présidence uruguayenne et président du Conseil national des drogues, Juan Andrés Roballo, lors d'une conférence de presse.
Interrogé sur une date plus précise, M. Roballo a uniquement indiqué que la vente débuterait «dans les deux premières semaines de juillet».
Le «2 mai, nous allons habiliter le registre des usagers» sur lequel les Uruguayens et étrangers titulaires d'une carte de résident permanent pourront s'inscrire, s'ils souhaitent s'acheter du cannabis par ce biais.
La drogue douce sera commercialisée au prix de 1,30 $ le gramme, chaque consommateur pouvant en acheter au maximum 10 grammes par semaine.
Le tarif permettra de rémunérer les entreprises privées sélectionnées par l'État pour produire la drogue et les pharmacies, l'État récupérant une partie des recettes pour financer «essentiellement des politiques de prévention», a expliqué le secrétaire général du Conseil national des drogues, Diego Olivera.
L'Uruguay a adopté en décembre 2013 une loi polémique, autorisant trois modes d'accès au cannabis: culture à domicile pour la consommation personnelle, appartenance à un club cannabique pour planter de manière coopérative et achat de marijuana en pharmacie.
Les deux premiers volets ont déjà été mis en pratique mais celui de la vente en pharmacies, qui suscitait notamment de nombreuses réticences chez ces dernières, a été plusieurs fois repoussé.
Cette loi unique au monde avait suscité un fort intérêt médiatique international à son approbation.
La drogue sera commercialisée en sachets de 5 et 10 grammes. «Nous allons commencer avec celui de 5 grammes», a précisé M. Olivera.
Qualité garantie
L'Uruguay dispose pour l'instant de 400 kilos de cannabis, produits par deux entreprises privées sous contrôle de l'État.
«Nous sommes très loin de couvrir la demande réelle qu'il va y avoir», a estimé M. Roballo.
Mais l'ouverture du registre d'usagers intéressés «mettra les entreprises [productrices] en conditions de passer à la vitesse supérieure, en fonction des attentes», a-t-il ajouté.
Fin 2015, les autorités uruguayennes avaient dit qu'elles souhaitaient produire six à dix tonnes de cannabis par an, précisant à l'époque que l'État percevrait 10 à 13% des recettes issues de la commercialisation du cannabis, plus le prix des licences payé par les entreprises productrices.
Jusqu'à présent, seules 16 pharmacies du pays - parfois aucune dans certaines régions - ont donné leur accord pour vendre du cannabis au grand public. Le gouvernement espère en convaincre d'autres et compter sur un réseau de 30 officines quand la vente débutera.
Le degré de substances psychotropes dans la drogue vendue avec la bénédiction de l'État est similaire à celle du marché noir en Uruguay, a assuré M. Roballo.
Mais il y aura un avantage de taille: en se fournissant en pharmacies, «le consommateur aura la certitude de la qualité du produit qu'il consomme et donc les risques (liés à la consommation de cannabis issu du marché illégal, ndlr) vont fortement diminuer», a-t-il promis.
M. Roballo a rappelé que l'un des objectifs de cette initiative est de «faire concurrence au marché informel», comme avait affirmé l'ex-président José Mujica (2010-2015), artisan de cette loi, en la présentant en 2012.
Pourtant, la police a récemment souligné que la loi n'avait pas entraîné une baisse du trafic et que les meurtres en lien avec ces trafics avaient même augmenté.
«En 2016, nous avons atteint des niveaux records en terme de saisies de produits venus de l'extérieur du pays, comme quoi le trafic vers l'Uruguay n'a pas réellement été touché», déclarait début mars le directeur de la police nationale uruguayenne, Mario Layera.
En décembre, la brigade des narcotiques uruguayenne avait indiqué avoir saisi 4,3 tonnes de cannabis, contre 2,5 tonnes en 2015.