Le Colisée de Rome avait déjà été illuminé aux couleurs du drapeau de l'Union européenne, vendredi soir, en prévision des célébrations du 60e anniversaire de la signature du Traité de Rome, samedi.

L'UE, sexagénaire, cherche un nouveau souffle

Les dirigeants européens ont affirmé samedi à Rome leur volonté de prendre un nouveau départ, 60 ans après la signature du traité fondateur de l'Union européenne, aujourd'hui fragilisée, y compris par le divorce décidé par le Royaume-Uni.
«Prouvez aujourd'hui que vous êtes les dirigeants de l'Europe», a lancé le président du Conseil européen, Donald Tusk, aux 27 chefs d'État et de gouvernement réunis au Capitole, dans la même salle des Horace et des Curiace où fut signé le traité fondateur de l'Union européenne le 25 mars 1957.
Mais, sans la première ministre britannique Theresa May, qui a décidé de lancer mercredi la procédure de séparation d'avec le bloc européen.
D'ailleurs, des dizaines de milliers d'Européens ont gagné les rues de Londres, Berlin ou Rome pour marquer leur attachement à l'Union des 28 qui sera réduite d'un membre en raison du Brexit.
À Londres, sous un beau soleil et avec pour mots d'ordre «Unis pour l'Europe» et «Faites entendre votre voix, arrêtez le Brexit», 80 000 personnes, selon les organisateurs, ont foulé les rues de Londres malgré les mesures de sécurité renforcées après l'attentat de mercredi devant le Parlement.
Des milliers de personnes ont aussi défilé à Rome, où le Traité fondateur de l'UE a été signé en 1957. Sans oublier la présence des chefs d'État et de gouvernement des pays membres qui, accueillis sous un soleil éclatant par le chef du gouvernement italien, Paolo Gentiloni, ont chacun à leur tour traversé la grande place du Capitole, dessinée par Michel-Ange, avant de signer un nouvel engagement solennel en faveur de l'Europe.
«Il y a des signatures qui durent», a affirmé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en paraphant ce document, la «Déclaration de Rome», avec le même stylo utilisé il y a 60 ans par son prédécesseur luxembourgeois.
À quelques jours du déclenchement officiel du Brexit - la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne - des Britanniques pro-Europe ont marché dans les rues de Londres, samedi.
Union «une et indivisible»
En 1957, l'Allemagne, la France, l'Italie et les pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) s'engageaient à «établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens».
Mais «nous nous sommes arrêtés et cela a provoqué dans l'opinion publique une crise de rejet, cela a fait refleurir les nationalismes qu'on pensait relégués aux oubliettes», a déclaré M. Gentiloni avant la cérémonie de signature.
Mais, a-t-il assuré, «nous avons appris la leçon, l'Union choisit de repartir».
Dans leur déclaration, les 27 réaffirment que leur «Union est une et indivisible», en réponse explicite au Brexit. «Nous ferons en sorte» que le Brexit ne se fasse pas «au détriment de l'Europe», a averti à ce sujet le président français François Hollande.
C'est pourtant une Europe en pleine tempête qui célèbre son 60e anniversaire face aux vents de la discorde, du doute et de la défiance populaire.
Rythmes différents
«Aujourd'hui à Rome, nous renouvelons l'alliance unique de nations libres qui a été lancée il y a soixante ans par nos prédécesseurs», a aussi rappelé M. Tusk.
Mais au-delà des voeux pieux, la «Déclaration de Rome» de samedi elle-même n'a pu échapper aux divisions qui opposent les Européens, notamment ceux de l'ouest et de l'est.
Ainsi, l'Europe à «plusieurs vitesses», le contentieux le plus disputé, est devenue dans la Déclaration de Rome une Europe à des «rythmes différents».
Les 27 s'engagent à «agir de concert, si nécessaire à des rythmes différents et avec une intensité différente, tout en avançant dans la même direction, comme nous l'avons fait par le passé, conformément aux traités et en laissant la porte ouverte à ceux qui souhaitent se joindre à nous plus tard».
Un paragraphe minutieusement rédigé pour tenter de rassurer la Pologne et les autres pays réticents, qui redoutent d'être exclus du «club» en raison de leur opposition récurrente aux projets de Bruxelles, en ce qui concerne par exemple les politiques migratoires.
«Une Europe à plusieurs vitesses ne signifie nullement qu'il n'y a pas une Europe commune à tous», a assuré la chancelière allemande Angela Merkel.
Les Polonais, favorables à 80 % à l'Union européenne, ont célébré dans les rues de Varsovie.
Plus Européen qu'Allemand
Environ 6000 personnes ont également défilé à Berlin jusqu'à la Porte de Brandenburg. Cette «marche pour l'Europe» se voulait apolitique, une célébration de «l'idée de l'Europe».
Des pancartes affichant des slogans tels «Encore plus d'Europe» et «L'UE n'est pas morte» et «Mieux ensemble» étaient brandies par la foule.
«2016 a été une année terrible pour l'Europe et le monde, nous allons faire de 2017 l'année de l'espoir, l'année des peuples qui se lèvent et disent ''c'est notre Europe''», ont scandé les organisateurs.
«Je me sens plus Européen qu'Allemand. Né dans l'Allemagne de l'Est en 1986, je n'aurais pas pu faire les études et la carrière que je mène sans tout ce soutien de l'UE à nos régions», a déclaré à l'AFP Andy Holtfreter, un Berlinois travaillant dans le secteur des technologies.
À Bruxelles, 600 personnes seulement se sont réunies à proximité du Parlement européen en début d'après-midi.
En Pologne, dans des dizaines de villes du pays, les manifestants s'étaient donné rendez-vous à midi pour chanter L'Ode à la joie de Beethoven, hymne officiel de l'UE. Les Polonais sont majoritairement europhiles, les sondages montrent de façon récurrente que 80 % des Polonais soutiennent l'appartenance à l'UE, vue comme une source de croissance économique.
Brexit, mais aussi vagues migratoires, marasme économique, attentats djihadistes et repli identitaire: conçue à six pour reconstruire l'Europe après la Seconde Guerre mondiale, l'Union à 27 traverse la pire crise de son histoire.
Les dirigeants européens ont affirmé samedi à Rome leur volonté de se remobiliser, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker promettant qu'il y aura un 100e anniversaire de l'UE».