Sur le terrain, des membres des forces irakiennes ont brandi des drapeaux irakiens et ont fait le signe de la victoire.

L'Irak proclame la «victoire» contre l'EI

Le premier ministre irakien Haider al-Abadi s'est rendu dimanche à Mossoul pour féliciter les forces armées pour leur «victoire» contre les jihadistes du groupe État islamique (EI) dans la ville septentrionale.
Le premier ministre irakien Haider al-Abadi (au centre)
Le bureau de M. Abadi a indiqué dans un communiqué qu'il avait félicité «les combattants héroïques [...] pour cette victoire» dans la ville «libérée» mais le Premier ministre a affirmé plus tard qu'il ne déclarerait officiellement la victoire qu'une fois les dernières poches de résistance nettoyées.
Les combats ne semblaient effectivement pas totalement terminés, des coups de feu et des frappes aériennes étant encore audibles dans l'après-midi.
«Il ne reste seulement qu'une ou deux poches de jihadistes de Daech», a indiqué dans un communiqué M. Abadi, utilisant un acronyme de l'EI en arabe.
«La victoire est certaine, et les derniers jihadistes sont encerclés [...] c'est une question de temps pour nous avant d'annoncer la grande victoire à notre peuple», a-t-il ajouté.
Lors d'une réunion au quartier général de la police fédérale, dans l'ouest de Mossoul, le Premier ministre avait ordonné plus tôt «d'éliminer les derniers [jihadistes] défaits [...], d'établir la sécurité et la stabilité dans la ville libérée, et de la débarrasser des mines et explosifs», selon son bureau.
La reprise de la deuxième ville d'Irak, dont l'EI avait fait son principal bastion dans le pays, est le plus important succès de Bagdad face à l'EI depuis que le groupe extrémiste sunnite s'était emparé en 2014 de vastes portions du territoire.
Mais la victoire, obtenue au prix de milliers de morts et blessés, d'un immense exode de la population et d'énormes destructions, ne marque pas pour autant la fin de la guerre contre l'organisation ultraradicale, responsable d'atrocités dans les zones sous son contrôle et d'attentats meurtriers dans le monde.
Sur le terrain, des membres des forces irakiennes ont brandi des drapeaux irakiens et ont fait le signe de la victoire.
«Cette victoire, c'est pour tous les Irakiens, pas seulement pour nous», a déclaré à l'AFP Mohanned Jassem, un membre du service du contre-terrorisme irakien (CTS), fer de lance de l'offensive lancée le 17 octobre et soutenue par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.
Hommage aux troupes
Le président français Emmanuel Macron, dont le pays est un membre actif de cette coalition, a déclaré sur Twitter que la France rendait «hommage à tous ceux, avec [ses] troupes, qui ont contribué» à ce que Mossoul soit "libérée".
Le ministre britannique de la Défense Michael Fallon a adressé ses félicitations à Bagdad, mais estimé qu'il y avait «encore à faire» dans la région pour défaire les jihadistes.
Les forces irakiennes avaient capturé en janvier l'est de la cité puis attaqué l'ouest en février. Les combats se sont ensuite intensifiés à mesure que l'étau se resserrait sur les jihadistes dans la vieille ville, un espace étroit et densément peuplé.
Ces derniers jours, les quelques jihadistes encore présents à Mossoul étaient assiégés dans un réduit de la vieille ville.
«Les combats ont été très durs, spécialement dans le Vieux Mossoul. C'était la plus difficile des batailles», a confié Haitham Mouhan Inaad, un soldat de la 9e division blindée de l'armée, qui dit avoir livré des combats dans plusieurs autres villes.
Pour les forces irakiennes, la victoire à Mossoul sonne comme une revanche.
La chute de la cité, le 10 juin 2014, avait été le symbole de l'effondrement de l'État irakien et de la débâcle de ses forces de sécurité face aux jihadistes qui avaient déferlé sur l'ouest et le nord du pays.
L'armée avait alors abandonné la ville dans le désordre le plus total, laissant derrière elle armements et véhicules militaires, précieux butin pour les jihadistes.
Les neuf mois de campagne militaire ont entraîné une crise humanitaire majeure, marquée par la fuite de près d'un million de civils selon l'ONU, dont 700 000 sont toujours déplacés.
Les civils piégés dans la ville ont vécu dans des conditions «terribles», subissant pénuries en tout genre, bombardements et intenses combats, et servant de «boucliers humains» d'après les Nations unies.
Civils traumatisés
Parmi les centaines de civils qui fuyaient quotidiennement ces derniers jours, des journalistes de l'AFP à Mossoul ont vu une soixantaine de femmes et enfants, inconsolables et traumatisés.
Parmi eux Fatima, qui venait de revoir le ciel après quatre mois passés dans un sous-sol, sans «presque aucune nourriture ni eau». Quand son groupe s'est mis en marche, son frère a été touché par une balle de sniper jihadiste, a-t-elle raconté.
Plus loin, une mère de famille, le visage défiguré par le chagrin, a dit à un soldat qu'elle venait juste de perdre son fils de 7 ans dans un bombardement au moment de leur fuite. «Je n'ai rien pu faire», criait-elle.
Mossoul avait une importante dimension symbolique pour l'EI: son chef Abou Bakr al-Baghdadi y avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique après la proclamation d'un «califat» sur les vastes territoires conquis par le groupe jihadiste en Irak et en Syrie.
Le sort de Baghdadi demeure incertain: la Russie a affirmé en juin l'avoir probablement tué dans une frappe en Syrie mais personne n'a confirmé sa mort.
L'EI contrôle cependant toujours quelques zones en Irak, notamment les villes de Tal Afar et Hawija, au nord de Bagdad, et des zones désertiques de la province d'Al-Anbar, frontalière de la Syrie.
Le groupe extrémiste tient également des territoires en Syrie même s'il a perdu du terrain depuis 2015 et que son fief de Raqa (nord) est assiégé par des forces soutenues par Washington.
Les principales étapes de la bataille de Mossoul
Les principales étapes de l'offensive qui a permis aux forces irakiennes de reprendre au groupe jihadiste État islamique (EI) la ville de Mossoul, son dernier grand bastion urbain en Irak :
Début de l'offensive
Le 17 octobre 2016, les forces irakiennes lancent une vaste opération pour reconquérir la deuxième ville d'Irak conquise par l'EI en juin 2014.
Des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité sont impliqués, avec le soutien crucial de l'aviation de la coalition internationale antijihadistes menée par les États-Unis.
En deux semaines, des dizaines de localités environnantes sont reprises, dont la ville chrétienne de Qaraqosh, à une quinzaine de kilomètres de Mossoul.
Entrée dans la ville
Début novembre, l'armée annonce être entrée dans Mossoul par l'est.
Le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, sort d'un an de silence pour exhorter dans un rare enregistrement sonore ses troupes à lutter jusqu'au martyre.
Le 8 novembre, les peshmergas, combattants kurdes irakiens, annoncent avoir repris Bachiqa, à une douzaine de kilomètres au nord-est. Le 13, les forces irakiennes reprennent le site antique de Nimrod, à une trentaine de kilomètres.
Les forces paramilitaires du Hachd al-Chaabi (Mobilisation populaire), dominées par les milices chiites, annoncent fin novembre avoir coupé la voie d'approvisionnement de l'EI entre Mossoul et la frontière de la Syrie.
Les forces irakiennes se heurtent à une forte résistance des jihadistes, qui mènent de nombreux attentats suicide. Elles effectuent une pause de deux semaines en décembre.
Mossoul-Est «libérée»
Le 8 janvier 2017, les forces d'élite atteignent pour la première fois le Tigre depuis l'est. Le 16, le service de contre-terrorisme irakien (CTS), fer de lance de l'offensive, annonce la reprise du tombeau de Jonas, important sanctuaire détruit par les jihadistes en 2014.
Le 24 janvier, les forces irakiennes annoncent avoir «totalement libéré» la partie est de Mossoul.
Offensive sur l'ouest
Le 19 février, le premier ministre irakien Haider al-Abadi annonce le lancement des opérations militaires pour reprendre la partie occidentale de Mossoul.
Peu après, les forces irakiennes entrent dans l'ouest après avoir reconquis l'aéroport désaffecté et la base proche de Ghazlani.
Le 12 mars, l'envoyé spécial américain auprès de la coalition antijihadistes affirme que les forces irakiennes ont coupé tous les accès routiers à Mossoul-Ouest, piégeant l'EI.
Le 14 mars, les forces irakiennes annoncent la reprise de la gare ferroviaire, après avoir repris déjà plusieurs bâtiments importants, comme le siège du gouvernement de la province de Ninive et le musée vandalisé par les jihadistes.
Vieille ville
Le 4 mai, les forces irakiennes ouvrent un nouveau front dans le nord-ouest. L'opération vise à achever le siège de la vieille ville, où des dizaines de milliers de civils sont piégés par les jihadistes selon les organisations humanitaires.
Le 9 mai, Bagdad annonce la «libération» de «la Zone Industrielle Nord» de Mossoul. Le 16, l'armée affirme avoir repris près de 90 % de Mossoul-Ouest.
L'ONU estime à plusieurs centaines de milliers le nombre d'Irakiens ayant fui Mossoul depuis sept mois.
Le 18 juin, les forces irakiennes soutenues par l'aviation de la coalition internationale lancent l'assaut pour reprendre la vieille ville, où étaient retranchés les derniers jihadistes.
Le 21, l'EI y détruit l'emblématique mosquée Al-Nouri et son minaret penché du XIIe siècle. C'est là qu'Abou Bakr al-Baghdadi avait effectué en juillet 2014 son unique apparition publique connue en tant que chef de l'EI.
Le 25 juin, les forces irakiennes annoncent avoir «libéré» les deux tiers de la vieille ville.
Derniers combats
Le 25 juin également, les jihadistes lancent des contre-attaques contre les quartiers «libérés» de Tanak et Yarmouk, dans l'ouest de Mossoul, mais à l'extérieur de la vieille ville.
Le 29 juin les forces irakiennes reprennent le site à moitié détruit de la mosquée Al-Nouri.
Début juillet, les jihadistes multiplient les attentats, notamment avec des femmes et des adolescentes kamikazes, pour freiner les forces irakiennes.
Le 4 juillet, le premier ministre Haider al-Abadi félicite dans une déclaration télévisée, les forces irakiennes de sécurité pour avoir remporté une «victoire majeure» à Mossoul, alors que les commandants sur le terrain affirment que la fin de la bataille est proche.
Le 6 juillet, jusqu'à 20 000 civils restent pris au piège des combats selon l'ONU.
Le 9 juillet, M. Abadi annonce depuis Mossoul «libérée» la «victoire» contre l'EI.  AFP