Un homme se recueille sur les lieux de la tuerie de Las Vegas.

L’impossible portrait-robot des tueurs de masse

WASHINGTON — Après la dernière tuerie dans une église au Texas qui a fait 26 morts, psychiatres et psychologues reconnaissent la difficulté d’établir un profil type des tueurs de masse, qui, dans leur grande majorité, ne souffrent pas de pathologie mentale.

Une étude réalisée en 2016 pour le ministère américain de la Justice, qui portait sur 71 terroristes et 115 tueurs de masse, a révélé que seulement 20 % souffraient de troubles psychotiques.

«Toutes les études sur le sujet ont conclu qu’approximativement de 3 % à 5 % de tous les actes violents aux États-Unis, pas seulement ceux perpétrés avec une arme à feu, sont le fait d’individus souffrant de pathologies mentales», précise la Dre Liza Gold, psychiatre médico-légale à Arlington, en Virginie, coauteur du livre Violence par les armes à feu et maladies mentales.

Seulement 1 % des sujets diagnostiqués d’une psychose et hospitalisés ont commis un acte violent avec une arme à feu contre un inconnu, précise-t-elle.

Dans une majorité des cas, ces patients utilisent l’arme contre eux-même, a-t-elle ajouté dans un entretien avec l’AFP.

Sur les quelque 32 000 Américains tués chaque année par balle, environ 20 000 sont des suicides et la grande majorité des autres décès résultent de disputes familiales ou impliquent des gens qui se connaissent.

Pas d’indicateurs fiables

«Seul un très petit nombre d’individus sont tués par quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas et souffrant d’une maladie mentale», pointe la Dre Gold, ajoutant que «la vaste majorité des personnes atteintes de maladie mentale ne sont pas violentes».

Antonio Puente, professeur de psychologie à l’Université de Caroline du Nord et président de l’American Psychological Association, estime quant à lui que «le diagnostic psychiatrique ou l’évaluation psychologique ne sont pas de bons indicateurs pour prédire qu’une personne peut devenir un tueur de masse».

«Un psychiatre expérimenté n’a pas plus de chance que le hasard de faire un tel pronostic», explique-t-il.

Ainsi, Stephen Paddock qui a abattu 58 personnes à un concert à Las Vegas en octobre en tirant de la fenêtre de sa chambre d’hôtel, ne souffrait apparemment d’aucune maladie mentale; pas plus que Omar Mateen, auteur de la tuerie dans une boîte de nuit gay à Orlando en Floride où 49 personnes sont mortes en juin 2016, souligne le Dr Michael Stone, professeur de psychiatrie à l’université Columbia à New York. Il a constitué une base de données sur 350 tueurs de masse remontant à plus d’un siècle.

«On ne peut pas vraiment établir un portrait-robot permettant d’identifier un tueur de masse potentiel», acquiesce le professeur Puente.

Mais ajoute-t-il, «des facteurs de risques détectés chez ceux ayant commis ces actes pourraient potentiellement être identifiés lors de tests avant, par exemple, qu’une personne n’obtienne un permis pour acheter une arme», ce qui n’existe pas aux États-Unis.

Humiliation et colère

Dans cette combinaison complexe de facteurs qui semblent accroître la probabilité de commettre une tuerie ou un suicide, ce psychologue cite la maltraitance pendant l’enfance, de petits méfaits commis avec violence, l’abus d’alcool et l’usage de drogue.

«Les principales motivations pour ces tueries de masse paraissent aussi être la vengeance, le sentiment de puissance, la terreur et parfois l’appât du gain», résume-t-il.

«La plupart des tueurs de masse appartiennent à une catégorie de dévoyés dont la colère finit parfois par tourner à la violence après ce qu’ils perçoivent comme une humiliation [...] agissant alors avec un profond sentiment d’injustice», décrit pour sa part le Dr Stone.

Mais ce ne sont pas des malades mentaux dans la plupart des cas, insiste-t-il.

Ce psychiatre note également que jusque dans les années 1960, le nombre de morts dans ces fusillades étaient assez faibles.

Mais les bilans se sont nettement alourdis avec l’arrivée sur le marché d’armes semi-automatiques.

«Les États-Unis n’ont pas en proportion plus de personnes en colère et impulsives que les autres pays, mais il y a beaucoup d’armes dans la population pouvant tuer plus de monde, plus vite et faciles à se procurer», déplore la Dr Gold.

«Les élus manquent de volonté politique pour faire ce que la majorité des Américains souhaitent, à savoir plus de contrôle pour acheter des armes et empêcher la vente des armes de guerre aux civils», ajoute-t-elle.