Walter Lübcke, un élu local et haut fonctionnaire territorial de 65 ans, a été retrouvé mort le 2 juin sur la terrasse de sa maison à Wolfhagen, dans la banlieue de Kassel.

L’extrême droite soupçonnée du meurtre d’un élu en Allemagne

BERLIN — L’enquête sur le meurtre au début du mois d’un élu local allemand promigrant, membre du parti conservateur CDU d’Angela Merkel, s’oriente vers la piste d’un «attentat politique» d’extrême droite, une nouvelle jugée «déprimante» par la chancelière.

«Selon l’état actuel des investigations, il y a suffisamment d’éléments pour parler d’un arrière-plan d’extrême droite» au sujet du meurtre de ce responsable politique, pour lequel un suspect de 45 ans a été arrêté au cours du week-end, a indiqué lundi le parquet antiterroriste allemand dans un communiqué, parlant d’un soupçon d’«attentat politique».

Angela Merkel, qui s’exprimait à Berlin à l’issue d’une rencontre avec des syndicats, a qualifié la nouvelle de «déprimante».

«J’espère que nous pourrons bientôt faire toute la clarté» dans cette affaire, a-t-elle ajouté, soulignant que «les soupçons devaient être désormais vérifiés de façon intensive». Le suspect interpellé et écroué, identifié comme Stefan E., a été confondu par des traces de son ADN retrouvées sur les vêtements de la victime.

Un passé chargé

Les enquêteurs s’appuient en particulier sur les déclarations publiques et le passé du suspect, un homme lié, au moins à une époque, aux milieux néonazis et déjà condamné pour des faits de violences, notamment contre un foyer de migrants.

Les enquêteurs tentent de déterminer s’il a agi avec des complices, a précisé le parquet, mais pour le moment «il n’y a aucun élément montrant que le suspect ait pu» agir dans le cadre d’un «groupuscule d’extrême droite» formé à cet effet.

Le suspect, père de deux enfants, a été condamné dans le passé pour une tentative d’attaque à l’engin explosif d’un foyer pour migrants en 1993, a révélé lundi Zeit Online.

Membre du parti néonazi NPD en Hesse, la région où l’élu local a été tué, il avait aussi écopé d’une peine de probation de sept mois pour avoir attaqué le 1er mai 2009 à Dortmund, avec quelque 400 militants néonazis, un rassemblement de la Fédération des syndicats allemands.

Il était depuis sorti des radars des services de renseignements, mais serait pourtant lié au groupe néonazi Combat 18 (référence à «AH», les initiales d’Adolf Hitler), affirme la chaîne N-TV.

Walter Lübcke, un élu local et haut fonctionnaire territorial de 65 ans, a été retrouvé mort le 2 juin sur la terrasse de sa maison à Wolfhagen, dans la banlieue de Kassel. Il avait reçu une balle tirée à bout portant et baignait dans une mare de sang.

«Haine» 

Si le mobile politique devait être confirmé, il s’agirait du premier meurtre de cette nature en Allemagne depuis les attentats de la Fraction armée rouge à partir des années 70. En 1981, ce groupe d’extrême gauche avait tué un ministre régional de l’Économie, membre du parti libéral FDP.

Il s’agirait en outre du premier homicide d’un élu motivé par des idées radicales de droite depuis la Seconde Guerre mondiale.