Cristina Kirchner

L'ex-présidente argentine reprend du service

L'ex-présidente de la République argentine, Cristina Kirchner, installée à la Casa Rosada de 2007 à 2015 mais actuellement sans mandat politique, sera candidate aux élections sénatoriales d'octobre, ont révélé deux de ses colistiers samedi soir.
Cette candidature, qui n'était plus qu'un secret de Polichinelle, a été confirmée samedi soir, trois heures avant la limite légale de minuit, par Roberto Salvarezza et Leopoldo Moreau, deux de ses colistiers pour ces élections d'octobre, dans des déclarations à la chaîne de télévision C5N.
«Si c'est nécessaire que je sois candidate pour donner plus de voix à notre projet, je le serai», avait-elle déclaré le 25 mai, se posant en obstacle au programme d'ajustement néolibéral.
En cas d'élection, Mme Kirchner, empêtrée dans les affaires, bénéficierait d'une immunité parlementaire. Mise en examen dans plusieurs dossiers pour des faits de corruption durant ses deux mandats à la tête de l'Argentine, l'ancienne avocate pourrait être jugée, condamnée, mais elle ne pourrait pas être emprisonnée.
L'ex-président Carlos Menem (1989-1999) a créé un précédent en la matière. Condamné à une peine de prison dans le cadre d'un trafic d'armes vers la Croatie et l'Équateur, le sénateur ne peut pas être incarcéré. Et il sera à nouveau candidat en octobre, à 86 ans.
Cristina Kirchner, 64 ans, qui avait succédé à la présidence du pays à son mari Nestor (2003-2007), décédé en 2011, vient de prendre la tête de l'Unité citoyenne (UC), un front d'opposition regroupant Péronistes et centre-gauche, afin d'affronter les candidats du mouvement Cambiemos du président de centre-droit Mauricio Macri dans la province de Buenos-Aires, qui représente 40 % de l'électorat.
«Il faut mettre une limite à ce gouvernement», a plaidé mardi Mme Kirchner, lors du lancement officiel de l'UC, devant 40 000 de ses supporteurs, dans un stade de football.
Lors des élections de mi-mandat du 22 octobre, quelque 34 millions d'Argentins seront appelés aux urnes pour renouveler la moitié des sièges de la Chambre des députés et un tiers de ceux du Sénat.
Actuellement le congrès argentin est dominé par les Péronistes, mais ce mouvement est divisé en différents courants qui vont de la droite à la gauche et certains élus péronistes votent ainsi les textes présentés par le gouvernement Macri.
Le défi de Macri sera de voir ses partisans rester la deuxième force sur les bancs du parlement, voire d'amplifier sa majorité avec le soutien de ses alliés centristes.
La troisième force du pays est dirigée par Sergio Massa, un péroniste de centre-droit, ancien chef de cabinet de Mme Kirchner.
En octobre, le véritable duel à suivre sera celui «entre Kirchner et Massa, avec en ligne de mire la candidature à la tête de l'opposition pour la présidentielle de 2019», a précisé à l'AFP le sociologue et analyste politique Raul Aragon.
Comme Evita
Née le 19 février 1953 à La Plata, près de Buenos Aires, l'ex-présidente suscite des opinions extrêmement tranchées sur sa personne. Des familles se sont divisées entre pro et anti-Kirchner.
Elle est adorée dans les quartiers défavorisés, où la population a gagné en pouvoir d'achat pendant la gestion Kirchner, mais détestée par les classes aisées, qui la qualifient de populiste. Comme Eva Peron avant elle, icône populaire et épouse du général Juan Peron qui a gouverné le pays sud-américain dans les années 1940 et 1950.
En 2015, le code électoral ne lui permettait pas de se représenter pour un troisième mandat consécutif. Elle avait alors quitté le pouvoir, avec une cote de popularité de 50 %. Et si elle aurait pu se faire élire au Parlement, elle avait préféré prendre du recul et s'installer dans son fief de Patagonie, dans la province de Santa Cruz, d'où Nestor Kirchner était originaire.
Quand elle a succédé à son mari à la tête de la troisième économie d'Amérique latine, elle a accentué la confrontation avec le grand patronat, au premier rang desquels les grands fermiers exportateurs de soja et le puissant groupe de presse Clarin.
Sur le plan diplomatique, Cristina Kirchner s'était affichée aux côtés de Vladimir Poutine, des présidents chinois et iranien, et s'était rapprochée de Hugo Chavez (Venezuela), Raul Castro (Cuba) ou Evo Morales (Bolivie), s'éloignant d'alliés traditionnels comme l'Europe et les États-Unis.
La veuve de Nestor Kirchner revendique les Îles Malouines, archipel inhospitalier de l'Atlantique sud, mais terre britannique.
Cette catholique pratiquante a légalisé le mariage homosexuel, et permis aux travestis de changer de sexe à l'état-civil, sans opération. En revanche, elle est résolument opposée à l'avortement.
Le pape François l'a reçue à diverses reprises au Vatican, à Asuncion ou La Havane, déclenchant l'indignation des anti-Kirchner qui trouvent que le souverain pontife n'a pas les mêmes égards avec Mauricio Macri.