Robert Mugabe, en 2002

L'ex-président du Zimbabwe Robert Mugabe meurt à 95 ans

HARARE — Héros de l’indépendance du Zimbabwe, il a dirigé d’une main de fer son pays durant 37 ans et l’a plongé dans une crise économique sans fond: l’ancien président Robert Mugabe est décédé vendredi à 95 ans à Singapour, moins de deux ans après avoir été renversé.

De nombreux pays africains ont rendu un hommage appuyé et unanime au «libérateur» du Zimbabwe, tandis que le Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale qui a entretenu des relations exécrables avec le régime de Mugabe, a dénoncé son «règne autocratique».

Robert Mugabe, l’un des derniers «pères de l’indépendance» en Afrique, dont la santé était fragile, s’est éteint vendredi à 2h40 GMT à l’hôpital Gleneagles à Singapour.

Il se rendait régulièrement en Asie pour se faire soigner, le système de santé de son pays étant en totale déliquescence, à l’image du reste des services publics et de l’économie du Zimbabwe.

C’est son successeur Emmerson Mnangagwa, arrivé au pouvoir après un coup de force de l’armée en novembre 2017, qui a annoncé le décès du «père fondateur du Zimbabwe».

«Le commandant Mugabe était une icône de la libération, un panafricain qui a dédié sa vie à l’émancipation (...) de son peuple», a-t-il déclaré sur Twitter.

Emmerson Mnangagwa a immédiatement interrompu son voyage en Afrique du Sud voisine pour rentrer au pays, où doit être rapatrié le corps du défunt à une date non encore déterminée.

Robert Mugabe avait pris les rênes de l’ex-Rhodésie, devenue indépendante, en 1980. Pendant son règne de 37 ans, l’un des plus longs sur le continent africain, il est passé du statut de père de l’indépendance et ami de l’Occident à celui de tyran qui a provoqué l’effondrement économique de son pays.

À sa chute en novembre 2017, sous la pression de l’armée, de son parti et de la rue, il a laissé un pays à l’économie exsangue, où le chômage dépasse les 90%.

À l’image de son parcours et de son héritage, sa mort a suscité des réactions extrêmement contrastées.

L’Afrique du Sud — comme d’autres pays africains — et la Chine ont salué la mémoire d’un dirigeant «exceptionnel».

Un «combattant de la libération et champion de la cause de l’Afrique contre le colonialisme», a souligné le président sud-africain Cyril Ramaphosa, dont le pays entretient des relations très étroites avec le Zimbabwe.

Robert Mugabe «s’est opposé aux ingérences étrangères», a insisté Pékin. Le président russe Vladimir Poutine a salué de son côté sa «grande contribution personnelle» pour l’indépendance du Zimbabwe.

Londres en revanche a rappelé que les Zimbabwéens avaient «souffert trop longtemps» sous son «règne autocratique». Le Royaume-Uni espère que le pays puisse désormais «continuer à suivre un chemin plus démocratique et prospère».

«Héritage mitigé»

Au Zimbabwe, embourbé dans la crise économique depuis des décennies maintenant, la population continuait vendredi à vaquer à ses occupations comme si de rien n’était.

«En tant que leader, la seule chose qu’il a fait de mal est de rester au pouvoir pendant trop longtemps», a estimé Joshua Tsenzete, un habitant de la capitale Harare.

Le principal parti d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), fervent opposant à Robert Mugabe, a estimé que, en dépit de ses «énormes différences politiques» avec l’ancien président, Robert Mugabe avait «immensément contribué» «à la lutte pour la libération».

«Il nous a libérés des colons et il nous a donnés des terres», a salué un autre habitant d’Harare, George Bindu.

Robert Mugabe avait lancé, au début des années 2000, une réforme agraire controversée, destinée à redistribuer à la majorité noire les terres agricoles principalement aux mains des Blancs. Cette réforme a précipité le pays, ancien grenier à céréales de l’Afrique australe, dans une terrible crise économique et financière.

En Afrique du Sud, l’heure était au soulagement vendredi au sein de la très importante communauté zimbabwéenne qui a fui le pays.

«Je suis contente qu’il soit mort», a expliqué Palmolive Nxumalo, une serveuse de 38 ans. «On ne voulait pas être ici, mais on est venus à cause de la situation que Mugabe a créée.»

Chômage de masse et inflation dantesque ont marqué les deux dernières décennies de l’ère Mugabe. Aujourd’hui encore, les Zimbabwéens se débattent au quotidien dans un pays rongé par le chômage, les pénuries d’électricité et un manque criant de liquidités.

«Mugabe laisse un héritage mitigé», a résumé à l’AFP un analyste zimbabwéen indépendant, Austin Chakaodza. «Il fut le libérateur de ce pays puis son destructeur. Il a mis en place des politiques qui ont fait du Zimbabwe la risée du monde», a-t-il estimé.

«Camarade Bob»

Accueilli en libérateur en 1980, Robert Mugabe a d’abord mené une politique de réconciliation, au nom de l’unité du pays, qui lui a valu des louanges générales, notamment dans les capitales étrangères. Mais rapidement, le héros a eu la main lourde contre ses opposants.

Ses abus contre l’opposition, des fraudes électorales et surtout sa violente réforme agraire lui ont valu les condamnations de l’Occident.

Le «camarade Bob», longtemps jugé insubmersible, a été progressivement lâché par les fidèles de son régime.

Fin 2017, à la suite d’un coup de force de l’armée soutenu par son parti, la Zanu-PF, le plus vieux chef de l’Etat en exercice de la planète à l’époque a alors été contraint de démissionner.

Il a été remplacé à la tête du pays par son ancien vice-président, Emmerson Mnangagwa, qu’il avait limogé quelques semaines auparavant.

Depuis sa démission humiliante, le vieil homme avait fait de très rares apparitions publiques.