Bruce Heyman, qui a été ambassadeur des États-Unis au Canada de 2014 à 2017, a écrit un livre avec sa femme Vicki qui dévoile les coulisses de l'un des secrets les moins gardés dans les sphères diplomatiques à Ottawa.

L'ex-ambassadeur d'Obama décrit la froideur de sa relation avec Stephen Harper

OTTAWA — L'ancien ambassadeur de Barack Obama à Ottawa révèle dans un livre comment sa relation avec l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper s'est aigrie en raison du débat sur le controversé oléoduc Keystone XL.

Bruce Heyman, qui a été ambassadeur des États-Unis au Canada de 2014 à 2017, a écrit un livre avec sa femme Vicki qui dévoile les coulisses de l'un des secrets les moins gardés dans les sphères diplomatiques à Ottawa.

Stephen Harper souhaitait ardemment que l'administration Obama approuve l'oléoduc Keystone XL, un projet qu'il jugeait crucial pour transporter le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta vers des marchés étrangers, en passant par les États-Unis.

Mais dès ses premières rencontres avec le premier ministre Harper, M. Heyman a dit clairement qu'il ne pouvait pas faire grand-chose pour faire la promotion du projet.

C'est ainsi que les relations sont devenues «glaciales» entre son bureau et celui des ministres conservateurs et ce, jusqu'en juillet 2015, lorsque MM. Heyman et Harper, ainsi que leurs épouses respectives, ont finalement pu bâtir des ponts.

Une porte-parole de l'ancien premier ministre Harper n'a pas voulu commenter, étant donné qu'elle n'avait pas lu le livre.

L'entreprise TransCanada voulait bâtir un oléoduc qui allait passer par le Montana, le Dakota du Sud et le Nebraska, afin d'avoir accès aux raffineries de la côte du Golfe.

Le projet, qui avait soulevé l'opposition pour des raisons environnementales, a été longuement étudié par le gouvernement américain, mais le président Barack Obama avait finalement décidé de l'abandonner en novembre 2015, deux jours après que Justin Trudeau eut été assermenté comme premier ministre du Canada. Le président américain actuel, Donald Trump, a récemment ravivé le projet.

Des difficultés dès le début

Le livre de Bruce Heyman fournit des détails sur les relations parfois difficiles qu'il a eues avec le gouvernement Harper.

Dès l'arrivée de M. Heyman à Ottawa, l'ex-ministre des Affaires étrangères John Baird a abordé le sujet de Keystone. M. Baird a aussi demandé si les États-Unis étaient prêts à payer pour un nouveau pont entre Detroit et Windsor.

«J'ai bien peur que non», a répondu M. Heyman à M. Baird, affirmant toutefois que leurs «gens» pourraient se rencontrer plus tard pour trouver des solutions.

Cette rencontre n'a finalement jamais eu lieu, a écrit M. Heyman.

Un entretien embarrassant a eu lieu par la suite avec Stephen Harper, au cours duquel le premier ministre canadien «n'avait pas souri une seule fois», alors que leurs conversations légères n'allaient nulle part.

«J'étais écarté»

Quelques jours plus tard, la décision d'un tribunal du Nebraska a une fois de plus reporté l'approbation du projet d'oléoduc, et M. Heyman dit avoir été «convoqué» au bureau des Affaires étrangères à Ottawa pour une rencontre avec le sous-ministre Daniel Jean. M. Jean lui aurait alors lu un document qui détaillait comment le projet était important pour le gouvernement et comment son approbation était «urgente».

L'ambassadeur américain dit toutefois être resté sur ses positions.

«Dans les jours qui ont suivi, j'ai remarqué que toutes les rencontres prévues avec différents ministres, pour une raison ou une autre, avaient été annulées, a-t-il expliqué. Message reçu: j'étais écarté.»

Dans les mois suivants, les invitations à dîner transmises par l'ambassadeur américain au bureau du premier ministre auraient toutes été refusées.

Alors Bruce et Vicki Heyman ont décidé d'inviter le chef libéral de l'époque, Justin Trudeau, et sa femme Sophie, à l'automne 2014 - une rencontre qui se serait très bien déroulée. Après le départ de leurs invités, l'ambassadeur a demandé à sa femme si elle avait déjà rencontré quelqu'un avec le potentiel de Justin Trudeau.

«En 2006. Son nom était Barack Obama», a-t-elle répondu.

Le début d'un dégel

En septembre 2014, les relations glaciales entre MM. Harper et Heyman se sont réchauffées, alors qu'il était question que le Canada se joigne aux États-Unis dans la coalition internationale de bombardements contre Daech (le groupe armé État islamique)

Mais il y avait quelque chose d'étrange: M. Heyman affirme que l'ambassade américaine n'en savait rien.

Les journalistes ont tenté d'obtenir des détails auprès du bureau de Stephen Harper pour savoir exactement qui à la Maison-Blanche demandait l'aide du Canada.

«L'ambassade a regardé le match de ping-pong, tout en refusant les nombreuses demandes médiatiques, a-t-il relaté. C'était évident pour moi que le premier ministre Harper et son équipe étaient un peu coincés.»

Cette fois, lorsque M. Heyman a contacté le bureau de Stephen Harper, on lui a répondu.

L'ambassadeur avait ensuite accordé une série d'entrevues pour dire que les États-Unis invitaient le Canada à participer à l'effort militaire en Irak.

«Après cela, tout s'est ouvert pour moi à Ottawa. Lorsque j'ai demandé des rencontres avec les ministres, je les ai eues, a-t-il soutenu. La glace commençait à fondre.»

Finalement, les deux couples se sont rencontrés en juillet 2015 pour un repas à la résidence du premier ministre.

Leurs épouses ont aidé à casser la glace et éventuellement «nous avons senti le vrai Stephen Harper émerger» lorsqu'il a souri en racontant qu'il avait joué du piano au mythique studio des Beatles, Abbey Road, à Londres.