La Cour Cour suprême doit décider du sort de 12 dirigeants indépendantistes jugés pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne en 2017.

L'Espagne attend fébrilement la sentence contre les indépendantistes catalans

MADRID — Appels à la grève générale, renforts policiers et appels au calme : l’Espagne attend fébrilement que la Cour suprême décide du sort de 12 dirigeants indépendantistes jugés pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne en 2017.

Le gouvernement voudrait que l’arrêt de la Cour, attendu la semaine prochaine, permette de tourner la page et de revenir à un dialogue politique pour apaiser cette région du nord-est de l’Espagne que le séparatisme maintient en ébullition depuis près de 10 ans.

Mais les indépendantistes comptent au contraire mobiliser une nouvelle fois leurs partisans contre des condamnations qui semblent inévitables.

Au soir de la décision, qui pourrait intervenir dès lundi, des manifestations se tiendront dans toute la Catalogne, ont annoncé l’Assemblée nationale catalane et Omnium cultural, les deux associations qui ont organisé depuis des années des manifestations de masse pour l’indépendance.

Puis des cortèges partiront de cinq villes de la région pour converger à Barcelone vendredi prochain, jour de grève générale. Les Comités de défense de la République, qui se signalent par leurs opérations musclées, ont eux annoncé vendredi des «actions surprises».

Des renforts de policiers antiémeutes ont été discrètement envoyés en Catalogne et le ministère de l’Intérieur s’est refusé à donner toute précision sur leur nombre.

L’inquiétude a gagné l’organisation patronale catalane, qui a demandé jeudi dans un communiqué que les réactions «chargées d’émotion» à la sentence de la Cour «n’affectent pas l’activité économique et la cohésion sociale».

Tous ont encore en tête les journées d’exaltation qui ont précédé le référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017, marqué par des violences des policiers chargés d’appliquer son interdiction par la justice, et la tension dans la rue avant l’éphémère déclaration d’indépendance du 27 octobre.

Jusqu’à 25 ans requis

Anciens membres du gouvernement régional, ex-présidente du parlement régional ou dirigeants d’associations, les 12 indépendantistes, dont neuf sont en détention provisoire, risquent de lourdes peines de prison pour leur implication dans la pire crise politique qu’ait connue le pays depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

Après quatre mois d’audiences de février à juin, les sept juges de la plus haute institution judiciaire espagnole annonceront leur décision par un communiqué.

Les deux principaux chefs d’accusation sont la rébellion et la sédition, mais ils peuvent retenir d’autres délits.

La rébellion suppose un recours à la violence -vigoureusement nié par la défense - pour «déclarer l’indépendance d’une partie du territoire». La sédition consiste à «empêcher par la force ou de façon illégale» l’application des lois ou l’exécution de décisions administratives ou judiciaires.

En l’absence de l’ex-président catalan Carles Puigdemont, qui a fui en Belgique, l’ancien numéro deux du gouvernement régional Oriol Junqueras est le principal prévenu et risque jusqu’à 25 ans de prison s’il est condamné pour rébellion.

En pleine campagne électorale

À moins d’un mois des prochaines élections législatives, cette sentence va replacer la question catalane au centre du débat politique.

En réunion mercredi à Barcelone, le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez a appelé à «reconstruire la coexistence si nécessaire en Catalogne».

Arrivé au pouvoir en juin 2018 avec l’appui au parlement des indépendantistes catalans, Sanchez avait ébauché avec eux un dialogue qui s’était rompu en février, au début du procès.

Une fois la sentence prononcée, le gouvernement espère que cela sera le «bon moment» pour «commencer à régler le conflit politiquement», a indiqué Irene Lozano, secrétaire d’État chargée de défendre l’image de l’Espagne.

Un des deux grands partis séparatistes, ERC, a répondu en proposant «une loi d’amnistie pour ... revenir à la politique». «On ne peut pas parler tant qu’il y a des prisonniers politiques et des exilés», a expliqué le chef du groupe parlementaire.

Mais sous pression de la droite, qui l’accuse de manquer de fermeté face aux indépendantistes, M. Sanchez les a aussi avertis qu’il n’hésiterait pas à prendre des mesures extraordinaires pour garantir la sécurité.