Le premier ministre Justin Trudeau, la chancelière allemande Angela Merkel, et le président américain Donald Trump, réunis en Sicile, où a été tenu le sommet du G7. 

Les tensions entre Merkel et Trump plus vives que jamais

Le ton est encore monté d'un cran mardi entre Angela Merkel et Donald Trump, qui a lancé une virulente charge contre l'Allemagne, la crise entre les deux pays alliés apparaissant comme l'une des plus sérieuses de l'histoire récente.
Depuis le sommet du G7 en Sicile, où le président américain a fait cavalier seul, en particulier sur la question du climat, la chancelière allemande a changé de registre et ne mâche plus ses mots sur la politique du nouveau locataire de la Maison-Blanche, même si elle évite de prononcer son nom.
Appelant à un sursaut européen, Mme Merkel, actuellement en campagne pour un quatrième mandat, a averti les Allemands que l'époque où ils pouvaient compter sur les États-Unis sans la moindre hésitation était «quasiment révolue». 
Riposte sur Twitter
Comme souvent, Donald Trump a choisi Twitter pour lancer la riposte. «Nous avons un ÉNORME déficit commercial avec l'Allemagne, en plus elle paye BIEN MOINS qu'elle ne le devrait pour l'OTAN et le secteur militaire. Très mauvais pour les USA. Ça va changer», a-t-il lancé, recours aux majuscules à l'appui.
Une heure plus tôt, Angela Merkel, connue pour choisir ses mots avec attention, avait jugé «extrêmement important» que l'Europe devienne un «acteur qui s'engage à l'international» notamment en raison de l'évolution de la politique américaine.
Lundi, son ministre des Affaires étrangères, le social-démocrate Sigmar Gabriel, était allé plus loin, accusant le président américain d'avoir «affaibli» l'Occident, que ce soit en raison de ses tergiversations sur le climat ou des dizaines de milliards de dollars de contrats d'armement à l'Arabie Saoudite, pays très critiqué pour son bilan en matière de droits de l'homme.
Il faut remonter à 2003 pour trouver des tensions aussi fortes entre Washington et Berlin, lorsque le gouvernement du social-démocrate Gerhard Schroeder avait marqué son opposition à la guerre en Irak lancé par l'administration de George W. Bush.
L'unanimité en Allemagne
Le sujet fait en tout cas l'unanimité en Allemagne. Le concurrent de la chancelière aux élections de septembre, l'ex-président du Parlement européen Martin Schulz, a défendu sa rivale, accusant M. Trump de tabler «sur l'isolationnisme et le droit du plus fort» pour imposer ses vues.
Ces tensions ne sont pas nouvelles. Avant et après son élection, le magnat de l'immobilier ne s'était pas privé d'attaquer l'Allemagne, menaçant en particulier d'instaurer des taxes douanières en représailles face aux excédents commerciaux allemands.
Mais la nouvelle posture de la chancelière allemande depuis le sommet du G7 de Taormina a marqué un tournant.
Dans un contraste saisissant avec d'autres dirigeants européens - notamment le président français Emmanuel Macron, qui a décrit Donald Trump comme quelqu'un qui a «la volonté de progresser avec nous» - Angela Merkel a déploré des discussions pas «du tout satisfaisantes» ayant abouti à un «six contre un».
Donald Trump et Angela Merkel ont d'ores et déjà une nouvelle rencontre en vue : elle aura lieu lors du sommet du G20, début juillet, à Hambourg.
Trudeau réagit
Le premier ministre Justin Trudeau a quant à lui dû ménager les susceptibilités transatlantiques, en réitérant sa volonté de collaborer aussi bien avec les États-Unis qu'avec l'Europe, pour le bien de l'économie canadienne.
En concluant son séjour en Italie, mardi, M. Trudeau a fait valoir que l'accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada, de même que les engagements en matière d'environnement, constituaient des sources de création d'emplois.
Contrairement à Mme Merkel, qui doit affronter l'électorat cette année - et qui n'a rien à gagner en se rangeant aux côtés de Donald Trump -, M. Trudeau ne peut se permettre de brûler les ponts avec Washington, parce que l'économie canadienne est trop intimement liée à son partenaire américain. Par ailleurs, le Canada s'apprête à renégocier cet été l'Accord de libre-échange nord-américain, et on s'attend à ce que Washington ne fasse pas de quartier.  Avec La Presse canadienne