Le Canada compte environ 850 militaires en Irak.

Les tensions avec l'Iran pourraient avoir un impact sur les soldats canadiens

OTTAWA — L'escalade des tensions dans le golfe Persique entre l'Iran et les États-Unis pourrait avoir des implications pour la sécurité des troupes canadiennes en Irak, ont suggéré lundi des analystes.

Le Canada compte environ 850 militaires en Irak, y compris des troupes régulières, des forces spéciales, des médecins et des équipages d'hélicoptères, ainsi que la direction de la mission de formation de l'OTAN pour les forces irakiennes. Or, des milices chiites, soutenues par l'Iran, se trouvent également sur ce terrain. Ces milices avaient intérêt à aider les pays occidentaux dans la lutte contre le groupe armé État islamique, mais il est à craindre que ces forces soutenues par Téhéran soient un jour utilisées pour frapper les forces américaines ou leurs alliés, croit-on.

Les tensions américano-iraniennes ont atteint de nouveaux sommets au cours du week-end lorsque Téhéran a annoncé l'enrichissement d'uranium au-delà du niveau permis par l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 avec les puissances mondiales. Cet accord visait à permettre à l'Iran de produire de l'énergie nucléaire tout en l'empêchant de se doter de l'arme nucléaire.

Les nouvelles tensions sont apparues après que le gouvernement américain de Donald Trump a sorti l'an dernier les États-Unis de l'accord de Vienne et lancé une campagne de sanctions qui ont causé des dommages importants à l'économie iranienne.

Rob Malley, président de l'International Crisis Group, a estimé lundi que l'Iran disposait essentiellement de trois options pour riposter contre les États-Unis : menacer d'intensifier son programme nucléaire, empêcher le transport de cargaisons de pétrole étranger dans son voisinage et cibler des forces américaines ou alliées dans la région.

«Or, le terrain le plus plausible est l'Irak, en raison de la cohabitation de certaines des milices chiites proches de l'Iran et des forces américaines», a soutenu depuis Washington M. Malley, qui avait été l'un des principaux négociateurs de l'accord sur le nucléaire iranien sous l'administration de Barack Obama. «Ils ont déjà envoyé ce message. Ils n'ont frappé aucun Américain. Ils ont certainement la capacité de le faire.»

M. Malley estime qu'une telle agression constituerait une escalade majeure, qui déclencherait probablement une riposte militaire américaine.

Des sanctions qui font mal

Bessma Momani, analyste du Moyen-Orient à l'Université de Waterloo, en Ontario, a déclaré que l'Iran avait déjà utilisé des «intermédiaires» en Irak pour frapper un certain nombre de lieux où sont basées les troupes américaines. «L'Iran fait très attention à ne jamais le faire lui-même, car il veut pouvoir nier. Mais nos soldats (canadiens) sont bien sûr en danger», a estimé lundi Mme Momani.

La professeure Momani rappelle que l'économie iranienne souffre, que les sanctions qui empêchent l'Iran de vendre son pétrole sur le marché international fonctionnent efficacement, et que Téhéran tente d'inciter les Européens à apporter leur aide. Mais les entreprises européennes ne disposent que de peu de moyens pour apporter une aide financière, car plusieurs sont des multinationales qui ont des intérêts aux États-Unis, ce qui signifie que le gouvernement américain peut les punir, rappelle Mme Momani.

Wendy Sherman, qui faisait également partie de l'équipe de négociateurs américains pour l'accord sur le nucléaire, croit que tout ce que l'Iran fait pour progresser dans l'enrichissement de l'uranium pourrait être facilement inversé si Téhéran obtenait un allègement économique.

«L'Iran agit, je pense, de manière très prudente, en prenant des mesures réversibles et en procédant pas à pas pour faire pression sur l'Europe, en particulier, et sur la Russie et la Chine pour qu'ils rompent avec les États-Unis (?) afin que l'Iran puisse vendre son pétrole», a déclaré Mme Sherman en entrevue téléphonique depuis Washington.

«Cela pourrait dégénérer assez rapidement, en fonction des gestes posés par les États-Unis. Nous sommes à un moment très dangereux et difficile.»