En Espagne, grâce aux taxis mis gratuitement à la disposition du personnel de 266 centres médicaux de la région de Madrid, les médecins ont pu rendre visite aux patients à domicile.
En Espagne, grâce aux taxis mis gratuitement à la disposition du personnel de 266 centres médicaux de la région de Madrid, les médecins ont pu rendre visite aux patients à domicile.

Les taxis volontaires de Madrid, au coeur de la lutte contre le virus

Hazel Ward
Agence France-Presse
MADRID — Dans les rues désertes de Madrid où les clients sont devenus rares, des chauffeurs de taxi transportent gratuitement malades ou médecins et apportent une aide cruciale au personnel soignant dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus qui a tué plus de 25 000 personnes en Espagne.

Dans la région de Madrid, de loin la plus touchée du pays, plus de 500 chauffeurs de taxi ont offert leurs services bénévolement sur l’application Pidetaxi (Demande un taxi) et ont effectué plus de 100 000 courses gratuites.

«Quand ils ont besoin d’aide et que c’est moi le plus proche, l’app m’alerte et j’y vais,» explique Gaby Saez, 45 ans, qui est resté au volant de son taxi depuis que l’Espagne a imposé le confinement le 14 mars.

Il assure ne pas avoir peur d’être contaminé, mais reste extrêmement prudent, en portant un masque et des gants et en désinfectant scrupuleusement sa voiture  après chaque course.

«Dans des moments comme ceux-ci, nous devons tous contribuer même si ce que nous pouvons faire est très limité», dit-il.

Alléger la pression

Grâce aux taxis mis gratuitement à la disposition du personnel de 266 centres médicaux de la région, les médecins ont pu rendre visite aux patients à domicile.

Ce qui a allégé la pression sur les centres de santé en y réduisant l’affluence et a empêché que de nouvelles personnes y contractent le virus ou ne le transmettent au personnel médical.

«Les centres de santé demandent un taxi pour pouvoir rendre visite aux personnes âgées, aux personnes nécessitant un traitement ou aux personnes atteintes de la COVID. Un taxi peut faire 10 ou 20 visites par jour avec le personnel médical», dit le président de Pidetaxi, Andres Veiga.

«Une épaule pour pleurer»

Des soignants assurent que l’aide de ces taxis gratuits a été primordiale dans leur lutte contre l’épidémie.

«Pour moi, cela a été absolument essentiel», témoigne Sara del Carmen Vicente, infirmière de 23 ans à l’Hôpital 12 de Octubre de Madrid. «Ils vous emmènent chez les gens, vous attendent dehors, puis vous emmènent à la destination suivante. Ils sont disponibles à 100 %, toujours avec le sourire et ils ne vous créent jamais de souci», dit-elle à l’AFP.

«Ils demandent toujours comment nous allons, comment nous résistons émotionnellement, si les choses s’améliorent et comment vont nos patients. C’est comme s’ils faisaient partie de ta famille», ajoute-t-elle.

Des images de médecins et d’infirmières saluant les chauffeurs de taxi pour leur travail ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux, dont certaines montrant un chauffeur fondant en larmes lorsque le personnel commençait à applaudir à son entrée dans un centre de santé.

Pour M. Saez, dont la femme est aussi chauffeuse de taxi, voir le personnel médical craquer parfois a été difficile.

«Pour moi, ces médecins et infirmières sont en quelque sorte des héros alors j’essaie de les apaiser et de leur offrir une épaule pour pleurer», dit-il.

En dehors de cette implication comme volontaire, peu des 100 000 chauffeurs que compte l’Espagne parviennent à réellement travailler, la mobilité étant fortement limitée et les autorités régionales plafonnant le nombre de taxis autorisés à circuler chaque jour.

«Le chiffre d’affaires est en baisse de 80 à 90 %,» soutient Tito Alvarez, d’Elite Taxi Barcelone, dans la deuxième ville d’Espagne.

«Quand on a la chance de travailler, on travaille bien parce qu’il n’y a presque pas de taxis. Mais vous ne couvrez pas vos frais parce que vous ne travaillez que cinq jours par mois», assure-t-il.

Bien que les rentrées d’argent soient réduites, M. Saez dit que le pire est de savoir que cinq collègues sont morts du virus.

«Cela porte un coup au moral», admet-il. «Mais je me sens bien et je n’envisagerais même pas d’arrêter de faire du bénévolat ou d’autres choses, comme la livraison des masques ou d’autres matériels. Voir à quel point ces gens sont reconnaissants est la plus grande des récompenses».