Plusieurs indépendantistes catalans ont paradé samedi pour exiger la tenue du référendum sur l'indépendance prévu le 1er octobre, pourtant déclaré illégal par le gouvernement central.

Les séparatistes catalans refusent de faire marche arrière

Le président séparatiste de la Catalogne a réaffirmé samedi sa détermination à organiser un référendum - interdit par le gouvernement espagnol - sur l'indépendance, en appelant les Catalans à participer massivement à une manifestation lundi, pour «la construction d'un nouveau pays».
«Nous avons toute la force de l'État contre nous», a lancé l'indépendantiste Carles Puigdemont lors d'une réunion de son parti, trois semaines avant le référendum d'autodétermination qu'il veut organiser coûte que coûte dans sa région du nord-est de l'Espagne.
«Face à toujours plus de poursuites judiciaires et de menaces, il y a toujours plus de bénévoles et de mairies engagés pour ce vote du 1er octobre et toujours plus de détermination du gouvernement régional», a-t-il dit.
M. Puigdemont s'exprimait au lendemain du lancement d'une enquête judiciaire le visant pour de possibles délits de «désobéissance», «prévarication» et «malversation de deniers publics».
Le président du gouvernement espagnol, le conservateur Mariano Rajoy, a de son côté assuré samedi que les séparatistes catalans étaient isolés dans l'Union européenne.
«En Europe, ils n'en reviennent pas», a-t-il dit lors d'une réunion de son Parti populaire (PP). Les séparatistes catalans «n'ont pas de soutien, mais [suscitent] le rejet et la stupéfaction».
Ce qu'ils ont fait «est illégal et antidémocratique», a ajouté M. Rajoy, en évoquant l'adoption cette semaine de lois régionales visant à organiser le référendum puis la «République catalane» qu'ils veulent fonder si le Oui l'emporte.
«Il n'y aura pas de référendum, c'est mon obligation [...] de préserver l'unité nationale», a insisté M. Rajoy.
Il a appelé ses promoteurs à faire marche arrière. «On éviterait de plus grands maux», a-t-il assuré.
Le parti de M. Rajoy, première formation politique du pays après avoir recueilli 33 % des voix aux législatives de 2016, n'avait reçu que 13 % des voix en Catalogne.
Les séparatistes l'accusent d'avoir faire subir à la région des années d'«humiliation», le PP ayant notamment obtenu de la Cour constitutionnelle en 2010 qu'elle réduise les larges compétences accordées à la Catalogne par le Parlement espagnol.
Perquisition et manifestation
La Cour - qui déclare anticonstitutionnel tout référendum d'autodétermination d'une région - a suspendu cette semaine les textes adoptés par le parlement catalan pour organiser la consultation.
Image du jour : des gardes civils ont perquisitionné samedi des locaux d'un petit journal d'une localité catalane, qui serait soupçonné d'avoir fait imprimer des bulletins. Et aussitôt, des manifestants se sont massés - aux cris de «nous voterons» et «indépendance!» - dans cette petite ville de Valls, adhérente à l'Association des municipalités indépendantistes (AMI).
Ils se sont empressés de brandir des bulletins sous le nez des gardes civils impassibles, puis de les déposer symboliquement dans une urne en carton.
M. Puigdemont a commenté : «Ils peuvent perquisitionner des imprimeries, ils peuvent encercler un média avec des gardes civils, nous les déborderons lundi démocratiquement et pacifiquement [lors de la manifestation de la fête de la Catalogne] et le 1er octobre avec les urnes.»
Sur 948 mairies de la région, 674 soutiennent le référendum, assure l'AMI.
Mais Barcelone - qui compte 1,6 million d'habitants - a refusé de dire si elle rendrait des locaux disponibles et demandé plus de précisions au gouvernement régional.
Sa mairesse, Ada Colau, avait critiqué vendredi «l'incapacité ou l'absence de volonté» de M. Rajoy pour trouver «une solution politique à un conflit politique», mais aussi appelé indirectement les séparatistes à ne pas faire primer la fin sur les moyens en laissant de côté la moitié de la Catalogne.
La coalition de gauche dont fait partie Ada Colau a décidé samedi que ses militants seraient consultés pour décider s'il faut participer au référendum du 1er octobre.
Labyrinthe
La région aux 7,5 millions d'habitants - grande comme la Belgique et qui produit 20 % du PIB espagnol - reste partagée.
À la question «Voulez-vous que la Catalogne devienne un État indépendant?» 41,1 % des Catalans sondés ont répondu Oui en juin, contre 49,9 % pour le Non, selon le Centre d'études d'opinion catalan.
Marius Carol, directeur du quotidien La Vanguardia, fondé au XIXe siècle à Barcelone, a écrit samedi : «Le contentieux catalan ressemble de plus en plus à un labyrinthe qui n'aurait pas de sortie [...] ses constructeurs ont été d'ici [Barcelone] et de là-bas [Madrid], comme s'ils étaient condamnés à ne pas se rencontrer.»