Fondée en 2014, la microbrasserie Colonel connaît un succès grandissant. Propriétaire de l’entreprise, Jamil Haddad a vu son chiffre d’affaires augmenter de 45 % en 2017 à la suite de l’ouverture d’un bar sur la plage, près de sa brasserie. Partout au Liban, la bière artisanale a vu son marché croître rapidement et les consommateurs ont l’embarras du choix.

Les microbrasseries libanaises ont le vent en poupe

BATROÛN — Durant des décennies, une seule bière blonde a fait la fierté du Liban: l’Almaza, omniprésente dans tous les bars. Mais aujourd’hui, les microbrasseries ont le vent en poupe au pays du Cèdre et les consommateurs ont l’embarras du choix.

Sur une plage de la station balnéaire de Batroûn, Jamil Haddad ne cache pas sa satisfaction face au succès grandissant de sa brasserie, Colonel, fondée en 2014.

«Chaque année, on se développe à un rythme de folie», se réjouit cet homme de 34 ans, supervisant les derniers préparatifs pour le festival de la bière organisé chaque année dans le jardin de son établissement.

En 2017, après qu’il eut ouvert un bar sur la plage près de sa brasserie, son entreprise a enregistré une croissance de 45 %.

«Quand j’ai ouvert en 2014, j’avais peur», confie-t-il. Il se demandait alors : «Est-ce que les gens vont accepter ce concept? C’est nouveau, ce n’est pas traditionnel, c’est différent...»

Au départ, ses ambitions étaient modestes : une seule bière lager (de fermentation basse et plutôt douce en amertume), une boisson familière pour les consommateurs habitués au goût de la célèbre Almaza, qui signifie «diamant» en arabe.

«Puis j’ai été surpris [...], je me suis rendu compte que beaucoup parmi ceux qui venaient connaissaient différentes variétés de bières», s’enthousiasme-t-il. «Et ceux qui ne connaissaient pas étaient ouverts et voulaient comprendre» le concept.

Les microbrasseries connaissent un succès grandissant dans le monde entier, notamment en France et aux États-Unis. Ces petits producteurs se targuent de défendre une bière artisanale et de qualité, tout en cherchant à diversifier les arômes.

Marché local restreint

Dans les pays majoritairement musulmans et conservateurs du Moyen-Orient, la consommation d’alcool reste très peu répandue. Mais le Liban se détache de ses voisins, avec des moeurs sociales plus libres et une large communauté chrétienne.

Ce pays de quatre millions d’habitants a ainsi consommé 29 millions de litres de bière en 2016, l’Almaza dominant les trois quarts du marché, selon une étude de la banque libanaise Blom.

Le public est donc au rendez-vous, en particulier à Beyrouth.

Pour autant, les défis restent de taille pour les microbrasseurs, qui doivent quasiment tout importer, du houblon — petite plante qui donne au breuvage mousseux son arôme — aux bouteilles, dans un pays qui ne dispose pas d’usine de fabrication de verre.

La bière artisanale libanaise est née en 2006 avec la Brasserie 961 Beer, qui tire son nom de l’indicatif téléphonique du Liban. Les débuts ont été laborieux mais les efforts ont payé.

«Nous sommes la seule microbrasserie de la région qui exporte», souligne Iyad Rasbey, directeur commercial de 961 Beer, animant un stand de la société lors d’un festival de la bière à Beyrouth.

«Nous exportons entre six et sept conteneurs par mois vers l’Europe, le Brésil et les États-Unis. Et ça, c’est sans compter le Moyen-Orient et l’Extrême-Orient», dit-il à l’AFP en présentant un verre rempli de bière rouge, le produit phare de la brasserie.

Alors que l’entreprise se concentre sur ses exportations, qui selon M. Rasbey représentent 85 % de ses ventes, 961 Beer ne détenait en 2016 que 5 % de part de marché de la bière au Liban, selon la banque Blom.

Mais «on veut aussi se développer localement», assure M. Rasbey. «Le marché local est en expansion. Quand on parle de bière artisanale, les gens commencent à comprendre ce que cela représente».

«Nouveau, intéressant, stimulant»

Même son de cloche chez Brew Inc, une microbrasserie dans le quartier branché de Badaro, à Beyrouth, qui offre dans son bar une large variété de bières artisanales, de la blanche épicée au gingembre à la brune couleur café.

Les boissons mousseuses sont produites sur place, comme en témoignent les grands réservoirs en aluminium qui font partie du décor.

«C’est un marché qui grandit très rapidement», se réjouit Omar Bekdache, propriétaire de Brew Inc. «Les gens veulent essayer de nouvelles bières, de nouveaux styles, de nouveaux arômes, tout», poursuit ce quadragénaire qui a fait ses premières armes chez 961 Beer.

Installé dans le patio de Brew Inc, Hisham Shaar fait partie de ces passionnés. Le jeune homme de 28 ans fréquente l’établissement avec assiduité, deux fois par semaine.

«C’est nouveau, intéressant et stimulant», lance-t-il, enthousiasmé par l’essor des bières artisanales ces dernières années au Liban.

«Ceux qui avaient l’habitude de boire de l’Almaza en avaient assez, c’était ennuyeux. Ils ont bien accueilli ces nouvelles microbrasseries», dit M. Shaar.

À Batroûn, Jamil Haddad rêve de pouvoir un jour fabriquer sa bière avec du houblon cultivé au Liban.

Il prédit un développement du marché local des microbrasseries sur «les cinq, dix prochaines années». Le Liban en compte une poignée aujourd’hui, mais selon lui, «on a encore de la place pour au moins 10 ou 15 autres microbrasseries.»