Les manifs sur le travail tournent à la violence en France

De violents affrontements ont éclaté jeudi dans plusieurs villes de France, avec des blessés graves et des dizaines d'interpellations, en marge de manifestations qui ont rassemblé au moins 170 000 salariés et étudiants contre un projet de loi sur le travail.
Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé que 24 membres des forces de l'ordre avaient été blessés - dont trois «très grièvement» - dans ces violences, dues selon lui à «une poignée de casseurs», et qui ont également fait des blessés parmi les manifestants; 124 personnes ont été interpellées, a ajouté le ministre.
Condamnant «très fermement ces violences», le président du principal syndicat étudiant Unef William Martinet a déploré «un usage disproportionné de la force par la police».
Près de 170 000 personnes selon les autorités (500 000 selon un syndicat) ont manifesté dans une quarantaine de villes pour réclamer le rejet d'un texte «inacceptable» à leurs yeux, pour la quatrième fois en deux mois.
On veut «montrer qu'on est toujours là», a clamé une lycéenne de Nantes, Océane, 17 ans.
Les manifestations ont été émaillées de heurts, notamment à Paris, où «300 manifestants cagoulés» s'en sont pris aux forces de l'ordre, blessant trois policiers grièvement, selon les autorités. Des abris d'autobus et des vitrines ont été saccagés.
À Rennes, au moins trois policiers ont été blessés ainsi qu'un manifestant, touché à la tête.
La journée avait valeur de test pour mesurer la détermination des opposants à cette dernière réforme importante du quinquennat du président socialiste François Hollande, à un an d'une élection présidentielle qui s'annonce particulièrement difficile pour la gauche au pouvoir.
L'affluence jeudi était moindre que lors des précédentes manifestations, mais les opposants à la loi de la ministre du Travail Myriam El Khomri ont déjà prévu de se faire entendre lors des traditionnelles manifestations du 1er mai, ainsi que le 3 mai, à l'ouverture du débat parlementaire.
Retrait pur et simple
Jean-Claude Mailly, numéro un du syndicat Force ouvrière, a néanmoins assuré que la mobilisation «ne s'essouffle pas». Un sondage semble le conforter puisque 78% des Français estiment qu'il y a «un risque élevé d'explosion sociale».
Les opposants demandent le retrait pur et simple du texte qui vise à donner plus de souplesse aux entreprises, notamment en matière d'aménagement du temps de travail, et à clarifier les règles de licenciement économique. Malgré quelques évolutions, le projet reste perçu par ses opposants comme trop favorable aux employeurs et facteur de précarité pour les salariés, jeunes en tête.
Outre les manifestations partout en France, des arrêts de travail ont entraîné quelques perturbations dans les transports. Quelque 20% des vols ont été annulés à l'aéroport parisien d'Orly et quelques autres retardés à celui de Roissy.
La contestation a commencé le 9 mars. Au soir du 31 mars, où les défilés avaient réuni 390 000 personnes en France selon les autorités et 1,2 million selon les organisateurs, elle s'est élargie avec la naissance d'un mouvement citoyen informel, «Nuit debout». Ce mouvement qui occupe le soir la place de la République à Paris tente d'inventer de nouvelles formes d'expression démocratique mais semblait marquer le pas ces derniers jours, faute de relais dans la société civile.
À ces protestataires se sont greffés les artistes qui négocient l'avenir de leur régime d'indemnisation chômage.
Présents depuis lundi au théâtre de l'Odéon à Paris, ils ont étendu leur mouvement d'occupation à certaines salles en province et menacent les festivals d'été. Un accord a cependant été trouvé dans la nuit de mercredi à jeudi entre les organisations de salariés et d'employeurs du spectacle qui doit encore être approuvé par la base et l'organisme chargé de l'assurance chômage.