L'archipel des Keys, une langue de terre souvent très étroite à seulement quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, offrait mardi un spectacle de désolation.

Les Keys face à l'ampleur des dégâts d'Irma

Bâtiments effondrés, maisons mobiles écrasées et des tonnes de débris à perte de vue, l'ouragan Irma a laissé derrière lui des dégâts considérables dans l'archipel des Keys, en Floride, avec 85 % des habitations totalement ou partiellement détruites.
Le président américain Donald Trump se rendra jeudi en Floride pour constater l'ampleur des dommages, accompagné de sa femme Melania, a annoncé mardi la Maison-Blanche.
Dans les Caraïbes, le président français a visité l'île franco-néerlandaise de Saint-Martin, l'une des plus durement frappées par Irma, où s'est également rendu le roi des Pays-Bas Willem-Alexander.
L'ouragan <em>Irma</em> a laissé derrière lui des dégâts considérables dans l'archipel des Keys, en Floride.
Désolation
L'archipel des Keys, une langue de terre souvent très étroite à seulement quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, offrait mardi un spectacle de désolation.
Patty Purdo, une serveuse de 55 ans, laissait couler ses larmes en montrant sa maison mobile éventrée. Sur la centaine d'habitations préfabriquées de ce quartier, la plupart ont subi le même sort.
«C'est nous qui vous servons le café (...) Nous ne sommes pas riches», lance-t-elle, inquiète que le propriétaire ne cherche à profiter de l'occasion pour récupérer le terrain et «construire de beaux appartements et des maisons de riches».
«En gros, toutes les maisons dans les Keys ont été impactées d'une façon ou d'une autre», a indiqué mardi le chef de l'Agence américaine des situations d'urgence (Fema), Brock Long.
Quelque «25 % des maisons dans les Keys ont été détruites et 60 % ont été endommagées», a-t-il précisé.
Voilier dans le jardin 
Orlando Morejon, un chirurgien de 51 ans, lui se félicite que le voilier de 12 mètres retrouvé dans son jardin, visiblement emporté par la marée de tempête, n'a pas touché la maison. «Il va y avoir beaucoup de réparations coûteuses, mais la maison est toujours là et, encore plus important, nous sommes encore là».
Dans le reste de la Floride, moins sévèrement touché, la vie reprenait lentement un cours normal. Plus de 15 millions de personnes restaient toujours privées d'électricité, auxquelles s'ajoutent un million de personnes dans l'État voisin de Géorgie.
Toitures arrachées, arbres déracinés, routes coupées, sont encore le lot commun de nombreuses localités de Floride.
L'aéroport de Miami a repris mardi une activité limitée, opérant à 30 % de ses capacités. La ville n'a pas échappé aux pillages et 25 personnes ont été arrêtées, selon les services de police.
À Orlando, le parc d'attractions Disney World a rouvert ses portes, accueillant notamment des habitants et des touristes fuyant maisons et hôtels encore privés d'électricité et d'air conditionné.
«Nous sommes ici, car nous n'avons pas de courant chez nous à Melbourne, en Floride. On s'est dit que, quitte à cuire, autant le faire chez Disney», a expliqué à l'AFP Veann Grigajtis, une femme venue en famille.
Mais c'est dans les Caraïbes que l'ouragan Irma, le plus puissant jamais mesuré dans l'Atlantique, a été le plus destructeur, faisant près de 40 morts.
Macron à Saint-Martin
Le président français, Emmanuel Macron, est allé constater les dommages causés par <i>Irma</i> sur l'île Saint-Martin, l'une des plus affectées par l'ouragan.
«Pourquoi êtes-vous venu?» lui demande, énervée, une jeune femme. «Je suis content de te voir, président!» lance un autre. Les habitants de l'île de Saint-Martin ont réservé un accueil contrasté mardi à Emmanuel Macron, venu les «réconforter» une semaine après le passage de l'ouragan Irma.
Comme à son habitude, le président français est allé au contact. Durant plus de quatre heures, il est passé de maison en maison, la plupart en ruines ou très endommagées, pour serrer les mains, caresser la tête des enfants ou faire la bise.
«Ça va, le moral est bon?» demande-t-il à une jeune fille au turban coloré. «Ben oui, puisqu'on est vivant!» lui répond-elle en riant.
Un peu plus loin, il pose longuement ses mains sur l'épaule d'Elton Sam, surnommé dans son quartier «Mr Biggs». D'une voix sourde, ce quadragénaire lui montre sa maison aux volets bleus qui borde la plage paradisiaque de Grand-Case.
Il désigne le premier étage où plafond, portes et fenêtres ont disparu. «J'ai perdu ma femme, qui y était, la semaine dernière», raconte-t-il, réconforté par le président.
Sa femme fait partie des 11 morts dénombrés par les autorités à la suite du passage d'Irma, le cyclone le plus dévastateur depuis au moins 100 ans.
Dans les rues, si l'accueil est plutôt bienveillant, certains apostrophent sans ménagement le chef de l'État.
À peine sorti de l'aéroport, il est ainsi interpellé par des femmes qui ne demandent qu'une chose : quitter au plus vite l'île. «Nous sommes là depuis 6h du matin et on attend toujours, sous le cagnard», s'indigne l'une d'elles, qui veut partir en Guadeloupe pour rejoindre ensuite la métropole.
Sans lâcher leurs regards, Emmanuel Macron tente de les rassurer, de les apaiser. Il assure que «tous ceux qui veulent partir pourront le faire». Quelque 2000 des 35 000 habitants de la partie française ont déjà quitté l'île ces derniers jours, selon les autorités.
Boris Johnson dans les îles Vierges 
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, était lui attendu dans les îles Vierges britanniques et à Anguilla, alors que Londres aussi est pointé du doigt sur sa gestion de la catastrophe.
Le roi des Pays-Bas Willem-Alexander devait se rendre, lui, sur les îles de Saba et Sint-Eustatius après avoir passé la nuit dans la partie néerlandaise de Saint-Martin. Accompagné du ministre néerlandais de l'Intérieur Ronald Plasterk, il a rencontré des habitants et pu observer le déploiement de l'aide humanitaire. Il a fait part de son choc.
«Depuis l'avion déjà j'ai vu des choses que je n'avais encore jamais vues auparavant. J'avais vu la guerre et d'autres catastrophes naturelles mais jamais rien de tel. Tout est dévasté», a-t-il déclaré à la chaîne publique NOS.
Plus de 100 prisonniers s'évadent
Le gouvernement britannique a reconnu mardi que plus de 100 prisonniers dangereux s'étaient évadés d'une prison des Îles Vierges britanniques après le passage de l'ouragan Irma, qui a fait neuf morts dans ses territoires des Caraïbes selon un nouveau bilan. «La prison a été endommagée, plus de 100 prisonniers très dangereux se sont évadés», a déclaré Alan Duncan, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Cette situation a causé «une menace sérieuse d'effondrement total de la loi et l'ordre dans les Îles Vierges britanniques», a-t-il ajouté. M. Duncan a précisé que des militaires avaient été déployés dans la zone pour assurer la sécurité, mais il n'a pas détaillé combien de détenus avaient pu être rattrapés. Le quotidien britannique Daily Telegraph citait mardi un document du gouvernement suggérant que 60 prisonniers étaient toujours en fuite.