Les gens affluaient mercredi à la gare à Mumbai pour acheter des billets de train, l'un des rares endroits qui acceptaient encore des coupures de 500 et 1000 roupies.

Les Indiens pris de court par la démonétisation

Les Indiens étaient confrontés mercredi aux problèmes pratiques posés par la démonétisation soudaine de 24 milliards de billets en circulation dans le pays au nom de la lutte contre l'évasion fiscale.
Lors d'un discours télévisé à la nation mardi soir, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé que les billets de 500 et 1000 roupies, plus importantes valeurs faciales en circulation, n'auraient plus de valeur légale à compter de minuit afin «de briser l'emprise de la corruption et de l'argent noir».
De nouveaux billets de 500 et 2000 roupies devraient être mis en circulation à partir de jeudi, dans une économie où près de 90 % des transactions s'effectuent en liquide.
Les consommateurs pourront échanger leurs vieilles coupures ou les déposer sur leurs comptes en banque. Ceux apportant d'importantes sommes devront être en mesure d'attester de leur provenance.
Distributeurs débranchés
Les banques étaient fermées mercredi, les distributeurs débranchés, pour se préparer à la possibilité d'une ruée vers les guichets dans les jours à venir.
Face aux craintes de pagaille, le gouvernement s'est attaché à rassurer.
«Les femmes au foyer avec une petite épargne et les fermiers n'ont pas à se préoccuper. Les personnes qui retirent de l'argent des banques n'ont pas à s'inquiéter», a déclaré à la télévision publique le ministre des Finances Arun Jaitley.
Mais «si vous possédez de l'argent d'origine criminelle, alors vous avez un sérieux problème», a-t-il ajouté.
Mercredi, nombre d'Indiens se retrouvaient dans l'embarras, le portefeuille rempli de coupures inutilisables.
Voyageant avec sept membres de sa famille, Ankita Bardo s'est aussitôt précipitée vers un distributeur en ayant vent de la nouvelle. Sans succès, en raison de l'affluence.
«Nous n'avons que 110 roupies (2,2 $CAN) pour un voyage de 12 heures», s'est-elle désolée au moment de monter dans le train en direction de l'ouest de l'Inde.
Touristes touchés
Les touristes aussi sont touchés. Dans le quartier des voyageurs à New Delhi, les bureaux de change ont fermé boutique, les chauffeurs de rickshaws et restaurants refusent les grosses coupures.
«Je n'ai pas d'argent pour m'acheter à déjeuner ou dîner», s'est lamentée Luca Alvarez, une touriste espagnole.
Quelque 439 milliards de dollars sont sortis illégalement d'Inde entre 2003 et 2012, selon une estimation de l'organisation Global Financial Integrity, basée à Washington.
Moins de 3 % des Indiens déclarent leurs revenus, d'après des chiffres officiels.
Arrivé au pouvoir en 2014, le nationaliste hindou Narendra Modi a promis de réprimer les flux d'argent illégaux à travers une série de mesures, dont une peine de 10 ans de prison pour l'évasion fiscale.
Malgré la confusion provoquée par cette annonce, à quelques mois d'importantes élections régionales, les experts estiment qu'elle aura des effets bénéfiques sur le long terme pour l'Inde.
La hausse probable des dépôts bancaires «devrait permettre de formaliser au moins toute une partie de l'énorme économie informelle du pays», a estimé Shilan Shah, analyste de Capital Economics.
Cette annonce n'est pas sans précédent en Inde. En 1978, les autorités avaient retiré subitement les billets de 1000, 5000 et 10 000 roupies, des billets toutefois inaccessibles pour la plupart des Indiens de l'époque.