Le président français Emmanuel Macron recevait à Paris des dirigeants du monde entier, ainsi que les patrons des entreprises de technologies pour élaborer un ensemble de directives baptisées l’«Appel de Christchurch» — du nom de la ville de la Nouvelle-Zélande où 51 personnes ont été tuées lors d’un attentat perpétré contre des mosquées.

Les géants répondent à l’«Appel de Christchurch»

PARIS — Facebook, Google, Twitter et d’autres géants du secteur de la technologie se sont engagés auprès de dizaines de pays, mercredi, à intensifier leurs efforts pour éviter que leurs plateformes soient utilisées pour propager de la haine, organiser des groupes extrémistes et diffuser des attaques.

Le président français Emmanuel Macron recevait à Paris des dirigeants du monde entier, ainsi que les patrons des entreprises de technologies pour élaborer un ensemble de directives baptisées l’«Appel de Christchurch» — du nom de la ville de la Nouvelle-Zélande où 51 personnes ont été tuées lors d’un attentat perpétré contre des mosquées. Une grande partie de l’attaque avait été diffusée en direct sur Facebook, suscitant l’indignation du public et alimentant le débat sur la manière de mieux réglementer les médias sociaux.

Avant la réunion, Facebook avait annoncé qu’il resserrait les règles pour les utilisateurs de vidéos en direct.

La première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a parlé de «L’Appel de Christchurch» comme d’une «réponse mondiale à une tragédie survenue sur les côtes de [son] pays, mais qui a finalement été ressentie dans le monde entier».

Les gouvernements français et néo-zélandais ont rédigé l’entente, paraphée par de nombreux dirigeants, dont le premier ministre canadien Justin Trudeau, qui était également dans la capitale française. Cette feuille de route vise à prévenir de tels abus sur internet, mais elle insiste tout de même pour conserver «les principes d’un Internet libre, ouvert et sécurisé, sans compromettre les droits de l’homme et les libertés fondamentales».

L’accord a également été adopté par les entreprises américaines de technologies, dont Amazon, Microsoft et YouTube, ainsi que les sociétés françaises Qwant et DailyMotion. Parmi les pays qui ont soutenu les efforts de la France et de la Nouvelle-Zélande, on retrouve le Canada, le Royaume-Uni, la Jordanie, la Norvège, le Sénégal et l’Indonésie, ainsi que la Commission européenne (l’organe exécutif de l’Union européenne). Plusieurs autres pays qui n’étaient pas à la rencontre ont aussi appuyé la démarche.

Les États-Unis ont dit appuyer le message de la déclaration, mais n’ont pas voulu l’endosser officiellement.

Des problèmes complexes

La rencontre à Paris était un moment important pour les entreprises de technologie, qui se font souvent reprocher d’être trop puissantes et réticentes aux réglementations.

Dans leur déclaration, elles se sont notamment engagées à investir davantage pour améliorer leur capacité à détecter et retirer des contenus terroristes et violents. Elles ont aussi annoncé leur intention de mieux vérifier les vidéos diffusées en direct, pour s’assurer qu’elles ne contiennent pas des images violentes.

Les géants du Web ont aussi promis d’étudier comment les algorithmes favorisent parfois le contenu extrémiste. Cela aiderait à trouver des moyens d’intervenir plus rapidement et de rediriger les utilisateurs vers des «options positives crédibles ou des contre-récits».

«Le terrorisme et l’extrémisme violent sont des problèmes sociétaux complexes, qui nécessitent une réponse de toute la société. Pour notre part, les engagements que nous annonçons aujourd’hui renforceront le partenariat que les gouvernements, la société et l’industrie technologique doivent avoir pour répondre à cette menace», ont déclaré les entreprises.

Facebook visé

Dans la foulée de l’attaque de Christchurch, Facebook a été vigoureusement critiqué pour ne pas être intervenu dans la diffusion de l’attaque.

Le réseau social s’est engagé à sévir dès qu’une personne ne respecte pas ses politiques en partageant une vidéo en direct. Si elle le fait, une seule fois, elle ne pourra plus utiliser le service pendant 30 jours. Et si elle recommence, elle pourrait être bannie complètement de Facebook.

Auparavant, Facebook retirait les messages qui enfreignaient ses politiques, mais les utilisateurs étaient bloqués après plusieurs infractions.

Facebook, qui possède également les réseaux Instagram et WhatsApp, investira également 7,5 millions $ pour améliorer une technologie visant à repérer des vidéos et des images qui pourraient avoir été manipulées pour éviter d’être détectées.

Macron encense le Canada

Dans sa conférence de presse, le président français a salué l’apport du Canada, qui était présent à la conférence malgré l’absence remarquée des États-Unis.

La présence du premier ministre Trudeau à cet événement, à quelques mois d’une élection, «marque son engagement personnel» à l’égard de cette cause, a-t-il noté.

M. Macron a fait valoir que les discussions au sujet d’une meilleure régulation des entreprises technologiques avaient commencé lors du G7 à Charlevoix, sommet au cours duquel le président américain Donald Trump s’était dissocié du communiqué de presse final.

Même en Amérique du Nord, là où «la liberté d’expression est une valeur très forte», il est nécessaire d’aller encore plus loin pour collaborer avec les entreprises, a fait valoir M. Macron.

Le ministre canadien de l’Innovation, Navdeep Bains, a soutenu en point de presse que le Canada n’avait «pas le luxe de maintenir le statu quo». Il se dit lui aussi confiant que les États-Unis rentreront dans le rang.