Les Français de Québec ni ravis, ni surpris

On ne peut pas dire que les Français de Québec ont été surpris des résultats du premier tour des présidentielles dans l'Hexagone. En même temps, on n'en trouvait pas beaucoup qui jubilaient après l'annonce du duel à venir entre le centriste Emmanuel Macron et la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.
Ils étaient une cinquantaine d'expatriés de France réunis dimanche après-midi, non pas dans un bistrot français, mais bien au pub... irlandais Galway sur Cartier. Le rassemblement était l'initiative de l'organisme «Made in France», regroupant des Français de tous les horizons politiques selon son fondateur Jérôme Guillaud-Bataille.
Bref, pas de surprise et peu de cris de joie lorsque les vainqueurs du premier tour ont été annoncés à la télé, mais quelques huées lorsque le nom du candidat républicain François Fillon a été mentionné, troisième au vote populaire.
Plus à gauche
C'est que les expatriés ont tendance à être plus à gauche selon Fabien, installé depuis trois ans à Québec et qui a accordé son vote au candidat d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon. «Je m'attendais à ce résultat et personnellement, j'ai fait un vote utile... je me suis laissé influencer par les sondages, car au fond, j'aimais beaucoup (le candidat socialiste) Benoît Hamon», a-t-il expliqué, vêtu d'un chandail de l'ex-président américain John F. Kennedy.
«J'ai parlé à pas mal de gens et je n'ai pas trouvé de pro-Le Pen. Je connais une seule personne qui a voté Macron. C'est normal, on est des expatriés, on vote plus à gauche. Par contre, je ne comprends pas les presque 20 % de Fillon. Et j'ai hâte de voir les résultats de la ville de Québec», poursuit Fabien.
Ils étaient tout de même plusieurs à applaudir Benoît Hamon quand celui-ci a appelé ses partisans à voter pour Emmanuel Macron au second tour afin de bloquer le Front national. Adèle Morel, à Québec depuis un an, était doublement heureuse, car Macron était son candidat.
«Je crois que Macron est vraiment le candidat pour redresser l'économie française, qui ne va pas bien du tout. Moi, j'ai justement quitté pour des raisons économiques et culturelles, alors j'espère qu'Emmanuel Macron va gagner et ramener plus d'emplois en France. Malheureusement, je sais que Marine Le Pen sera une adversaire de taille», a-t-elle commenté.
Claire, qui a quitté la France depuis six ans pour ses études, avait voté Hamon et votera Macron au second tour. «Comme M. Hamon, j'aurais appelé à voter Macron et j'espère que son appel sera entendu», a indiqué la jeune femme qui se dit préoccupée par «le chômage et la sécurité sociale» en France.
Se parler
Jérôme Guillaud-Bataille a avoué pour sa part que son candidat préféré n'était pas dans la course, lui qui aurait souhaité qu'Alain Juppé représente Les Républicains plutôt que François Fillon. «Maintenant, le deuxième tour sera comme d'habitude : le Front national se fera écraser. Mais il faudrait essayer de comprendre pourquoi les gens votent FN plutôt que les dénigrer», laisse tomber celui qui dit envier «l'union» qu'on retrouve au Québec.
«C'est important de se parler, car moi, je trouve ça inacceptable que les gens restent chacun dans leur coin relativement à leurs candidats. C'est ce que j'ai essayé de faire avec ce premier rassemblement pour un événement politique aujourd'hui», conclut-il.