Helmut Kohl, qui est décédé le 16 juin à l'âge de 87 ans, est la première personne à être honorée officiellement par l'Union européenne.

Les Européens font leurs adieux à Helmut Kohl

Les dirigeants de l'Union européenne (UE) ont rendu samedi un hommage de dimension européenne inédit à l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl, lors de funérailles marquées toutefois par l'absence de ses fils en raison d'une très dure querelle familiale.
De gauche à droite: la veuve d'Helmut Kohl, Maike Kohl-Richter, l'ex-président américain Bill Clinton, le président de l'Union européenne, Jean-Claude Juncker, et la chancelière allemande Angela Merkel
Architecte de l'élargissement de l'UE et héraut de l'amitié franco-allemande, Helmut Kohl est mort le 16 juin à l'âge de 87 ans. Il a été chancelier pendant seize années, de 1982 à 1998.
En matinée, lors d'une cérémonie organisée au Parlement européen à Strasbourg, Angela Merkel a salué «le chancelier de l'unification» de l'Allemagne.
«Sans Helmut Kohl, la vie de millions de personnes, dont la mienne, qui vivaient de l'autre côté du mur, ne serait pas celle d'aujourd'hui», a souligné la chancelière allemande, qui a grandi en ex-Allemagne de l'Est (RDA).
Le président français Emmanuel Macron a insisté sur la relation franco-allemande. «Helmut Kohl fut pour la France un interlocuteur privilégié, un allié essentiel, mais il fut plus que cela, il fut un ami», a-t-il affirmé.
Une vingtaine de chefs d'État ou de gouvernement et plusieurs centaines d'autres personnalités, comme l'ancien président américain Bill Clinton, avaient pris place dans l'hémicycle pour cette cérémonie.
Autour du cercueil recouvert du drapeau européen et déposé sur un catafalque, avaient été posés un portrait d'Helmut Kohl souriant et trois couronnes de fleurs : l'une aux couleurs de la République fédérale d'Allemagne, l'autre au nom de l'Union européenne et la troisième, au nom de sa deuxième femme, avec l'inscription «In Liebe, deine Maike» (Avec Amour, Maike).
«Aujourd'hui, nous prenons congé d'un homme d'État allemand et européen et moi, je prends congé d'un ami», a confié, manifestement bouleversé, Jean-Claude Juncker. Le président de la Commission européenne, âgé de 62 ans, est le seul des dirigeants européens occupant encore leurs fonctions à l'avoir côtoyé.
L'euro
«Il voyait l'avenir», a ajouté M. Juncker. Sans Helmut Kohl, «l'Europe n'aurait pas l'euro» et «d'autres auraient sans doute échoué à réunifier l'Allemagne», a-t-il affirmé. «Son héritage pour l'Europe est énorme».
C'est la première fois dans son histoire que l'Union européenne organise un tel hommage. Il honore un des trois dirigeants faits «citoyens d'honneur de l'Europe», a souligné Jean-Claude Juncker. Les deux autres sont les Français Jean Monet, mort en 1979, et Jacques Delors, âgé de 91 ans.
L'hommage européen a été néanmoins assombri par les querelles au sein de la famille du «père de la réunification allemande» en 1990.
«C'est l'adieu d'un être humain avec tout ce que l'humain signifie en force et en faiblesse», a dit le cardinal Karl-Heinz Wiesemann durant une messe de Requiem célébrée en début de soirée dans la cathédrale de Spire, l'ancienne capitale du Saint-Empire romain germanique située dans la région natale de Helmut Kohl, en Rhénanie-Palatinat, dans le sud-ouest de l'Allemagne.
Les deux fils de Helmut Kohl et leurs enfants, en froid avec lui et sa seconde femme depuis des années, ont boudé les funérailles de leur père durant toute la journée.
Le fils aîné, Walter, a dernièrement reproché dans la presse à la veuve de l'ancien chancelier à la fois d'avoir refusé des funérailles nationales en Allemagne même et de faire enterrer son père à Spire, et non dans le caveau familial situé à Ludwigshafen, à une vingtaine de kilomètres de distance, où repose la première femme de Helmut Kohl, mère de ses enfants.
Il a qualifié d'«indignes» les obsèques telles que planifiées par Maike Kohl-Richter, de 34 ans la cadette de l'ancien chancelier, qu'elle avait épousé presque clandestinement il y a 9 ans.
Après la célébration, où 1500 invités avaient pris place dans ce lieu de culte prisé par M. Kohl depuis sa jeunesse, un dernier hommage militaire a été rendu sur la place de la cathédrale.
Quelque 600 personnes, selon la police, ont suivi ces funérailles sur écran dans un jardin à l'écart et sous des averses de pluie, quand plus de 3000 étaient attendues.
Helmut Kohl a ensuite été inhumé en présence de sa veuve, mais là encore sans ses enfants et petits-enfants. Spire est le lieu de sépulture de huit empereurs et rois allemands.