Lettons, Maltais et Slovaques ont voté samedi, tout comme les Tchèques qui avaient déjà commencé la veille avec les Irlandais. Le vote dans la plupart des 28 pays de l’UE, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, n’aura lieu que dimanche.

Les Européens aux urnes, l’extrême droite veut marquer le coup

BRUXELLES — Trois nouveaux pays sont passés aux urnes samedi, avant une vingtaine dimanche, pour élire les députés au Parlement européen, où les sondages laissent présager une montée en puissance de l’extrême droite et des partis eurosceptiques.

Lettons, Maltais et Slovaques ont voté samedi, tout comme les Tchèques qui avaient déjà commencé la veille avec les Irlandais. Le vote dans la plupart des 28 pays de l’UE, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, n’aura lieu que dimanche.

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Les Français de l’étranger résidant sur le continent américain et dans les Caraïbes votaient, eux, samedi. A l’ambassade de France à Washington, il fallait faire la queue à la mi-journée avant de glisser son bulletin dans l’urne.

«Il faut venir voter pour consolider le projet européen», a dit Sarah Chataing. Cette employée de la Banque mondiale souligne que le vote est encore plus important cette année «à cause des difficultés, à cause du Brexit, à cause de tous les extrémismes qui montent en Europe».

Les scores des partis d’extrême droite du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen en France et de La Ligue de Matteo Salvini en Italie, ennemis déclarés des projets européens du président français Emmanuel Macron, font partie des résultats qui seront scrutés.

Tout comme celui de l’europhobe Nigel Farage. Son parti du Brexit est attendu largement en tête au Royaume-Uni, où des élections ont été organisées en catastrophe jeudi après le report du Brexit à fin octobre. La Première ministre, Theresa May, en a payé le prix, en annonçant vendredi sa démission imminente.

Globalement, l’ensemble des forces eurosceptiques, populistes et nationalistes devraient selon les sondages enregistrer une nette progression au sein du Parlement européen, où siègent pour cinq ans 751 eurodéputés jouant un rôle clé dans l’élaboration des lois européennes.

«Vague verte»

Reste à connaître l’ampleur de cette poussée et son impact sur l’équilibre des forces politiques au sein de l’hémicycle européen, où ces partis hétéroclites restent encore loin de pouvoir envisager une majorité.

Le taux d’abstention parmi les 427 millions d’électeurs estimés sera lui aussi un enjeu, tant l’intérêt pour ce scrutin n’a cessé de chuter.

En Irlande, où le vote a eu lieu vendredi sur fond d’inquiétudes liées au Brexit, le parti proeuropéen du Premier ministre Leo Varadkar était selon des sondages en tête du scrutin.

«La vague Verte a déferlé sur les côtes irlandaises», s’est réjoui samedi Bas Eickhout, candidat des Verts à la présidence de la Commission européenne, satisfait des résultats pressentis pour les Verts en Irlande, après des sondages déjà encourageants aux Pays-Bas.

Le vote des Néerlandais jeudi a surtout été remarqué en raison d’une percée surprise des travaillistes), selon un sondage. Le parti de Frans Timmermans, candidat à la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, devancerait les libéraux, ainsi que les populistes qui étaient pourtant attendus en force.

En République Tchèque en revanche, le mouvement populiste ANO du Premier ministre, le milliardaire Andrej Babis, était favori.

En Autriche, l’impact pour l’extrême droite (FPÖ) du scandale autour de son patron et ex-vice chancelier Heinz-Christian Strache reste incertain. Dans une vidéo en caméra cachée datant de 2017 mais diffusée mi-mai, il s’était montré disposé à offrir d’importants marchés publics à un oligarque russe en échange de financements occultes.

«Non à l’Eurabia» 

En revanche, la Ligue de Matteo Salvini devrait être l’un des grands gagnants en sièges des élections européennes. Le dirigeant italien, porté par son discours antimigrants, a posté samedi une vidéo sur Twitter accompagnée du message «Non à l’Eurabia».

Quant au RN de son alliée Marine Le Pen, cheffe de l’extrême droite française, il est en tête des intentions de vote en France, devant la liste soutenue par le président Emmanuel Macron, qui ambitionne de jouer un rôle pivot au sein du nouveau Parlement européen.

Le groupe politique commun de la Ligue et du RN, l’ENL, qui compte actuellement 37 élus, devrait sortir renforcé des élections, avec une soixantaine d’élus, selon les sondages.

Le groupe populiste EFDD, où siège de son côté le Mouvement Cinq Etoiles italien et que devrait rallier le nouveau parti europhobe de Nigel Farage, devrait lui aussi progresser.

Mais même en additionnant les gains envisageables pour ces groupes avec les sièges du groupe ECR (avec les tories britanniques et les Polonais du PiS, au pouvoir), les forces eurosceptiques et europhobes sont loin de pouvoir envisager une majorité au Parlement européen.

Et ce d’autant plus que leurs velléités d’alliance se heurtent à de profondes divergences, comme sur l’attitude à avoir face à la Russie.

Ces élections devraient quoi qu’il en soit être marquées par la fin du bipartisme entre les chrétiens démocrates du PPE et les sociaux-démocrates (S&D), qui dominaient ensemble le Parlement européen depuis 1979.

Ils ne devraient plus réunir à eux deux la majorité des sièges. Tandis que les libéraux (ALDE) espèrent du coup être incontournables en devenant la troisième force du Parlement, grâce notamment à une alliance avec les futurs élus macronistes.

Les jeux de recomposition des alliances au Parlement européen seront cruciaux dans la course aux postes clés des institutions européennes, en particulier celui du successeur de Jean-Claude Juncker, membre du PPE, à la tête de la Commission européenne.

«Personne ne pourra devenir président de la Commission sans avoir le soutien d’au moins 376 sur 751 députés européens», a rappelé le porte-parole du Parlement européen, Jaume Duch.