Le président américain Donald Trump

Les États-Unis se retirent de l'accord de Paris sur le climat

Les États-Unis se retirent de l'accord de Paris sur la lutte contre les changements climatiques, a confirmé le président Donald Trump jeudi après-midi, faisant valoir que l'accord est «injuste» pour son pays et entraîne des répercussions économiques négatives pour les travailleurs américains.
Il a ainsi infligé un sérieux revers aux efforts du monde entier pour contrer le réchauffement climatique et a ainsi isolé les États-Unis de bon nombre de leurs alliés sur le plan environnemental.
«À partir d'aujourd'hui, les États-Unis cesseront de mettre en oeuvre l'accord de Paris non contraignant», a dit M. Trump lors d'une conférence de presse très attendue dans la roseraie de la Maison-Blanche.
Il a toutefois ajouté qu'il serait prêt à s'engager dans des négociations pour s'assurer que l'accord de Paris soit modifié «selon des termes qui sont justes pour les États-Unis et ses travailleurs».
Le président américain a néanmoins laissé entendre qu'une renégociation ne faisait pas partie de ses priorités: «Si nous pouvons, excellent. Si nous ne pouvons pas, ça va.»
En abandonnant un accord d'envergure dans la lutte mondiale contre les changements climatiques, M. Trump remplissait une promesse faite en campagne électorale. Par le fait même, il a tourné le dos à bien des alliés des États-Unis qui se sont montrés alarmés.
L'ex-président américain Barack Obama, qui avait négocié la réduction de 26 à 28 pour cent des émissions des États-Unis par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2025, a été prompt à réagir à l'annonce de son successeur. Il a soutenu par communiqué que l'administration de Donald Trump rejoignait ainsi «une petite poignée de pays qui rejettent l'avenir».
Il a ajouté que les pays qui maintiennent leur engagement envers l'entente environnementale conclue en 2015 récolteront «les bénéfices en matière d'emplois et d'industries créés», ajoutant que les États-Unis devraient se retrouver à l'avant-plan d'un tel effort.
M. Obama s'est toutefois dit persuadé que les villes américaines, les États et les entreprises allaient combler le vide laissé par l'administration de M. Trump et reprendraient le flambeau en matière de protection de l'environnement.
En annonçant le retrait des États-Unis de l'accord de Paris, le président Trump a soutenu que l'entente représentait un «fardeau économique draconien». Il a ajouté que les dispositions de l'accord auraient pu entraîner la perte de millions d'emplois, mentionnant notamment les industries de l'automobile, du ciment, du charbon et du gaz naturel.
«Cet accord porte moins sur le climat que sur [le fait] que d'autres pays obtiennent un avantage financier aux dépens des États-Unis», a-t-il lancé.
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Cinq choses à savoir sur l'accord de Paris
147 pays
L'accord a été signé en décembre 2015 à Paris par 195 pays plus l'Union européenne, à l'issue de plusieurs années d'âpres négociations. À ce jour, 147 pays sont allés au bout de leur processus de ratification. Parmi les grandes économies, la Russie et la Turquie manquent à l'appel.
Préavis
Pour se retirer de l'accord, un pays doit le notifier au secrétariat de la Convention climat de l'Onu (CCNUCC), mais il ne peut le faire que trois ans après l'entrée en vigueur du texte, effective depuis le 4 novembre 2016. Ensuite, il y a un préavis d'un an avant d'être réellement «sorti» de l'accord.
Plus rapide mais aussi plus radical: un pays peut se retirer de la Convention climat de l'Onu, qui compte 197 membres. Cela est effectif un an après la notification. Dans les faits, à partir du moment où un pays dit qu'il se retire, il ne participe plus aux réunions de négociations, selon Todd Stern, l'ex-négociateur américain. Il ne finance plus la CCNUCC ou les programmes climat internationaux.
2 °C
L'accord fixe un objectif global de maintenir la hausse de la température moyenne mondiale «bien en deçà de 2 °C» par rapport à l'ère pré-industrielle et si possible à 1,5 °C, un seuil déjà synonyme de profonds changements selon les climatologues. Le plafond de 2 °C n'est pas atteignable avec les engagements actuels de réduction de gaz à effet de serre que les pays ont pris sur une base volontaire. L'accord prévoit que ces objectifs soient révisés.
Énergies fossiles
Selon les experts du Giec, pour rester sous 2°C, il faut que les émissions de gaz à effet de serre soient diminuées de 40 à 70 % d'ici 2050. Cela implique de se détourner progressivement des énergies fossiles (80 % des émissions de gaz à effet de serre), ce que l'accord ne dit pas explicitement. Le texte indique seulement que les pays recherchent «un plafonnement des émissions dans les meilleures délais».
Transparence
Si les objectifs nationaux sont volontaires, les pays se sont engagés à rendre compte de leurs politiques climat et de leurs résultats et à faire des bilans collectifs des efforts mondiaux. L'organisation de ce processus doit encore être précisée. La transparence doit aussi s'appliquer à l'aide fournie par les pays riches aux plus pauvres.