Le maire de Miami, Francis Suarez a ordonné le port du masque pour lutter contre la COVID-19.
Le maire de Miami, Francis Suarez a ordonné le port du masque pour lutter contre la COVID-19.

Les États-Unis divisés face à la nouvelle poussée du coronavirus

HOUSTON — Les divisions politiques renaissent aux États-Unis sur la nécessité de nouvelles restrictions et l’obligation de porter des masques, alors que la flambée de l’épidémie de COVID-19 dans certains États, dont le Texas et la Floride provoque une ruée vers les sites de dépistage.

Plus de la moitié du pays, largement dans le Sud et l’Ouest, voit la courbe des contaminations monter plutôt que descendre.

Le nombre de décès quotidiens continue de décliner, ce dont se sert le gouvernement de Donald Trump pour minimiser la nouvelle flambée. Mais le nombre de cas nouvellement détectés chaque jour aux États-Unis est plus élevé qu’à aucun moment depuis l’apparition du Sars-Cov-2 (plus de 40 000), et les admissions en réanimation augmentent dans plusieurs points chauds comme Houston (Texas) et Phoenix (Arizona), ce qui fait craindre le pire pour le tableau des morts dans les prochaines semaines.

Le masque est devenu une affaire partisane: refusé par Donald Trump, mais porté par tout responsable démocrate, à commencer par son adversaire pour la Maison-Blanche, Joe Biden.

L’attitude se retrouve chez les Américains : les trois quarts des démocrates disent porter régulièrement un masque dans les commerces, contre une moitié des républicains, selon un sondage Pew.

C’est donc dans le désordre, selon les divisions politiques et géographiques, que les autorités tentent de contenir la nouvelle vague de cas, rappelant l’ordre dispersé dans lequel, en absence de leadership fédéral, le pays avait mis en place le grand confinement en mars, puis l’avait levé en mai.

Il faut que Donald Trump ordonne le port du masque, a asséné lundi Andrew Cuomo, le gouverneur démocrate de New York, où les restaurants restent fermés en intérieur, et pourraient ne pas rouvrir lundi prochain comme initialement prévu, tant l’expérience des États du Sud s’est révélée «problématique». Renforçant le contraste avec le Sud rouvert, les théâtres de Broadway ont annoncé lundi qu’ils resteraient fermés jusqu’en janvier.

«En déni» 

«La Maison-Blanche est en déni sur le coronavirus depuis le début», a accusé Andrew Cuomo.

Des États ont répondu à la flambée en rendant obligatoire le port du masque en public ces deux dernières semaines (Californie, Nevada, Caroline du Nord, État de Washington); tous gouvernés par des démocrates.

Mais dans d’autres États qui ont des foyers très actifs du nouveau coronavirus, comme le Texas, la Floride et l’Arizona, les gouverneurs sont républicains, alliés de Donald Trump, et se contentent d’en recommander le port. Texas et Floride ont seulement fermé les bars ou fortement restreint leurs activités.

Ce sont les villes et les comtés qui agissent à leur place : en Floride, Miami, Palm Beach ou encore Jacksonville — où Donald Trump sera officiellement investi en août par le parti républicain pour la présidentielle de novembre — ont ordonné le port du masque.

Miami et d’autres villes ont aussi décidé d’interdire leurs plages le week-end prochain, alors que vendredi est férié pour la fête nationale.

Les jeunes se font tester

Des centaines de personnes ont fait la queue dans leurs voitures ce week-end en Floride ou au Texas devant les centres de dépistage, désormais nombreux, installés sur des stationnements d’hôpitaux, de centres de conférences, de stades...

Mais en raison d’une affluence record, il fallait arriver à trois ou quatre heures du matin pour espérer être testés, lundi à la clinique United Memorial Medical Center Tidwell, à Houston. À l’intérieur des véhicules, des familles sont venues préparées avec coussins et couvertures.

«La première fois que j’ai fait le test, il n’y avait aucune attente, il y a deux semaines environ», témoigne Maria Solis, 22 ans, venue faire un nouveau test pour sortir de quarantaine. «Maintenant il y a plus de monde, ça fait peur».

Fernando Galvez, étudiant en médecine de 24 ans, avait rebroussé chemin la semaine dernière. Il en était à sa septième heure d’attente quand l’AFP l’a interrogé lundi : «C’est dingue».

Pour les épidémiologistes, la tendance est évidente.

Treize États, dont la Californie, le Texas et la Floride, les trois plus peuplés des États-Unis, subiront plus de décès dans les quatre prochaines semaines que dans les quatre précédentes, selon la dernière estimation publiée par les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). De 125 000 morts actuellement, le pays peut s’attendre à entre 5000 et 20 000 supplémentaires d’ici le 18 juillet. Avec Ivan COURONNE à Washington