Beaucoup de parents, qui attendaient à la sortie du concert d'Ariana Grande, ont assisté impuissants à des scènes d'horreur. Certains étaient toujours sans nouvelles de leur enfant mardi.

Les enfants, première cible de l'attaque

En visant enfants et adolescents dans l'attentat de Manchester, les jihadistes du groupe État islamique ont voulu toucher au coeur l'opinion et attiser l'hostilité à l'encontre des musulmans, estiment des experts.
«Je pense que c'était un stratagème délibéré pour générer un niveau de colère et de dégoût susceptible de se retourner contre les musulmans et par ricochet d'alimenter l'afflux de recrues» vers l'organisation jihadiste, a déclaré un ancien inspecteur de police britannique, David Videcette, à l'AFP.
Lundi soir, tous les ingrédients étaient réunis pour un «effet de souffle» maximal dans l'opinion : l'auteur de l'attentat qui a tué 22 personnes a fait exploser sa bombe à la sortie d'un concert de la pop-star américaine Ariana Grande, idole des préadolescents. Des milliers d'enfants et d'adolescents venaient d'assister au concert et ont fui dans la panique. Une fillette de 8 ans a été tuée par l'explosion.
Beaucoup de parents, qui attendaient à la sortie, ont assisté impuissants à des scènes d'horreur et certains étaient toujours sans nouvelles de leur enfant mardi.
«Ce qui est extrêmement choquant c'est la cible [les enfants], c'est insupportable», souligne l'expert français en terrorisme, Yves Trotignon, en rappelant les craintes en France d'attentats contre des écoles.
Guerre de religion
«Les services ont très peur de l'attentat contre un hôpital, un collège, une crèche parce qu'à un moment donné il s'agit de vos enfants et là vous ne raisonnez plus», ajoute-t-il.
En juillet 2016, l'assassinat d'un prêtre égorgé en pleine messe par deux jeunes jihadistes près de Rouen (ouest) avait ébranlé l'opinion en France. L'objectif, c'est une «guerre de religion», c'est de «jeter les Français les uns contre les autres», avait estimé le premier ministre d'alors, Manuel Valls.
À Manchester, l'assaillant a aussi visé un symbole honni des jihadistes, la musique, comme lors de l'attentat contre la salle de spectacles du Bataclan à Paris en novembre 2015 (90 morts) ou une boîte de nuit huppée d'Istanbul la nuit du Nouvel An (39 morts).
En recourant à l'explosif, il a cherché à causer un maximum de victimes. «C'était la fin du concert donc nécessairement le contrôle était moins fort qu'au début», relève également Yves Trotignon.
La Grande-Bretagne s'attendait plutôt à des attaques plus «improvisées», à l'arme blanche ou à la voiture bélier, après une série d'attentats du même type en Europe, dont celui survenu près du Parlement à Londres deux mois plus tôt, jour pour jour, le 22 mars.
«Je commençais à penser que c'était la fin des gens avec des bombes, des explosions», confie l'ancien inspecteur Videcette, qui avait enquêté sur les attentats à la bombe de Londres en 2005.
Bombe non détectée
Depuis plusieurs années, le groupe État islamique exhorte ses recrues à utiliser n'importe quelle «arme» disponible pour frapper «l'infidèle», pierre, couteau, voiture à défaut d'explosif.
L'attentat de Manchester est aussi survenu 4 ans jour pour jour après l'assassinat à coups de couteau d'un jeune soldat, préalablement renversé, en pleine rue à Londres.
«Il y a beaucoup de signaux [derrière ces actes] du genre "nous pouvons faire ce que nous voulons, où nous voulons et vous ne pouvez pas nous arrêter"», note David Videcette.
Pour Shashank Joshi, expert à l'Institut RUSI à Londres, plus que le mode opératoire, «c'est le fait que les préparatifs de l'attentat n'aient pas été détectés qui est inquiétant».
A priori, la fabrication d'une bombe «accroît le risque de détection», relève-t-il. Mais l'explosif de prédilection des jihadistes, le TATP, peut être fabriqué avec des ingrédients achetés dans le commerce. Et depuis des années les groupes islamistes radicaux ont mis en ligne des manuels pratiques expliquant, photos, dessins ou films à l'appui, comment le fabriquer «dans la cuisine de votre mère».
En avril, deux suspects ont été arrêtés à Marseille, dans le sud de la France, en possession de trois kilos de cette substance blanche au redoutable pouvoir détonant, qu'un détonateur simple suffit à faire exploser, dans une déflagration produisant un terrible dégagement de gaz brûlants.
À Manchester, le ou les exécutants sont passés à travers les mailles du filet.