«Les dommages sont énormes...»

La communication téléphonique était extrêmement difficile. Sa voix se perdait parfois dans le grésil. Mais le Dr Lesly Michaud, installé à Port-au-Prince, voulait témoigner à la suite du passage de l'ouragan Matthew sur le sud-ouest d'Haïti : «Les dommages sont énormes...»
Au moment de notre conversation, en après-midi jeudi, le bilan officiel faisait état de quelque 108 morts. Il s'élevait en fin de soirée à plus de 300 victimes. «On a certaines estimations... mais c'est préliminaire, c'est très préliminaire.» Lui-même juge qu'entre 700 000 et 800 000 personnes pourraient avoir été secouées plus ou moins fortement par l'ouragan, sans pouvoir certifier l'exactitude de cette appréciation.
Le portrait n'est pas complet. «Il y a certaines communautés auxquelles on ne peut pas accéder. Des routes ont été emportées par les flots. Et le fragile gouvernement intérimaire ne dispose pas des ressources pour quantifier la destruction et les besoins des sinistrés», dit-il.
Directeur des opérations pour Vision mondiale dans la perle des Antilles depuis 2000, le Dr Michaud a vécu d'autres catastrophes, dont le grand tremblement de terre de 2010. Depuis, le petit pays collé sur la République dominicaine ne parvient pas à remonter la pente. «On a encore des séquelles du tremblement de terre de 2010. Et le niveau de pauvreté augmente chaque année, explique-t-il. Il y a déjà une situation très compliquée, qui est maintenant encore plus compliquée.»
Il ajoute : «Le sud est un grenier qui approvisionne le reste du pays.» Le Dr Michaud craint donc un ressac alimentaire.
Des toitures arrachées, des routes rongées, des écoles secouées, des maisons inondées, des bureaux étatiques évacués... l'eau et le vent ont bousculé la région où, comme dans le reste du pays, ne subsiste plus assez d'arbres pour retenir les sols et absorber les précipitations. 
Le défi : communiquer
Ils auront besoin de quoi? Lesly Michaud énumère : l'accès à l'eau potable était déjà un défi; il l'est encore plus. Des récoltes détruites, il faudra trouver à manger. L'hygiène sera primordiale pour éviter l'émergence de nombreuses maladies. L'économie chancelante devra être stimulée. Et les enfants devront retourner rapidement dans des écoles nettoyées où ils pourront recevoir un soutien psychosocial, rêve-t-il. 
Le vrai défi pour les ONG présentes à Haïti sera... de se parler. Le Dr Michaud concède que l'intervention à la suite du tremblement de terre de 2010 a viré au capharnaüm. Le gouvernement brinqueballant tenterait cette fois de créer une véritable coordination. Certaines ONG sont à l'oeuvre. Il pense néanmoins qu'il faudra encore quelques jours avant que l'aide d'urgence commence à arriver dans plusieurs régions. Et quelques mois avant qu'une véritable intervention coordonnée soit en place. «Nous allons essayer de mieux faire.»
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Haïti en quelques chiffres
• 10,5 millions d'habitants
• 78 % de la population vit sous le seuil de pauvreté absolue et 56 % dans une pauvreté extrême
• 163e pays le plus démuni sur 188 pays
Sources : CIA World Factbook, Unicef et Programme des Nations unies pour le développement