Une manifestation à San Francisco appuyant la communauté scientifique qui redoute une chasse aux sorcières de la future administration Trump.

Les climatologues redoutent une chasse aux sorcières sous la présidence Trump

Avoir travaillé sur le climat va-t-il devenir un handicap dans l'Amérique de Trump? Redoutant une chasse aux sorcières d'un genre nouveau, l'administration Obama a refusé de donner suite à l'étrange demande de l'équipe du président désigné réclamant la liste des experts en pointe sur ce sujet.
Les scientifiques redoutent que cette démarche inhabituelle ne signale une volonté de remettre en question la science du climat et de démanteler les efforts et les mesures mis en oeuvre pour combattre le réchauffement climatique sous l'administration Obama.
«Nous respecterons l'intégrité professionnelle et scientifique ainsi que l'indépendance de nos employés dans nos laboratoires et dans l'ensemble du ministère de l'Énergie», a écrit dans un communiqué publié mardi soir le porte parole, Eben Burnham-Snyder, en réponse aux demandes des membres de l'équipe de transition du président désigné.
«Nous fournirons toutes les informations accessibles publiquement, mais nous ne transmettrons aucun nom», ajoute-t-il.
Questions inédites
Des représentants de l'équipe de transition de Donald Trump, qui vient de nommer l'ancien gouverneur du Texas Rick Perry à la tête de ce ministère (DoE), ont adressé une liste de 74 questions au DoE, dont plusieurs totalement inédites.
Outre l'identité des personnes ayant travaillé sur le climat, la note de l'équipe Trump demande la liste de tous les employés du ministère et de ses sous-traitants qui ont participé aux discussions internationales sur le climat organisées par les Nations unies depuis cinq ans.
Ils requièrent aussi tous les articles publiés par les chercheurs des 17 laboratoires nationaux du DoE ces trois dernières années et veulent savoir lesquels appartiennent à un syndicat et à des associations professionnelles.
Interrogé par l'AFP, un membre de l'équipe de transition de M. Trump a ultérieurement indiqué sous couvert d'anonymat que «le questionnaire n'avait pas été autorisé ou ne faisait pas partie du protocole standard». La personne qui l'a envoyé a «été rappelée à l'ordre».
«Je ne peux pas dire avec certitude qu'une démarche de cette nature n'a jamais été faite avant, mais dans ma carrière de près de 27 ans comme employé du Syndicat national des fonctionnaires du Trésor (NTEU) je n'ai jamais entendu parler d'une chose pareille», a déclaré sur CNN Tony Reardon, le président de cette organisation syndicale.
«Les employés du ministère de l'Énergie sont inquiets de leur capacité de poursuivre leur travail scientifique avec intégrité et indépendance», a-t-il ajouté.
Tactique d'intimidation 
Dans son point de presse mardi, l'actuel porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a estimé que cela «pourrait être une tentative de cibler des fonctionnaires fédéraux, dont des scientifiques, des avocats et d'autres experts dont le travail est crucial pour permettre au gouvernement fédéral d'élaborer avec succès des politiques» sur le climat.
«Cette démarche ressemble à une tactique d'intimidation des employés fédéraux qui font leur travail et s'en tiennent aux faits», a jugé le représentant Elijah Cummings, le principal démocrate de la commission de la Chambre sur la supervision et les réformes gouvernementales.
Pour Michael Halpern, expert en énergie à l'ONG Union of Concerned Scientists, «il est très alarmant que l'équipe de transition demande des listes de scientifiques du climat, car ces personnes ont l'intention de démanteler les mécanismes fédéraux contre le changement climatique».
Le fait que Donald Trump ait rencontré Al Gore, célèbre apôtre de la lutte contre le réchauffement, ou ait dit à au moins deux reprises dans des interviews après son élection le 8 novembre avoir «l'esprit ouvert» sur le climat, «a peu de signification», a-t-il jugé dans un entretien avec l'AFP.
Selon lui, il s'agit surtout d'une opération de relations publiques.
«Ce qui compte ce sont les gens qu'il choisit pour mener les politiques et qui veulent affaiblir la science du climat», insiste Michael Halpern.
M. Trump avait affirmé pendant sa campagne que le réchauffement climatique était un canular lancé par la Chine pour affaiblir le secteur manufacturier américain. Il avait aussi promis de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat signé par Barack Obama.
«L'hostilité affichée par M. Trump pour la science du climat et les climatologues est une cause d'angoisse pour un grand nombre de mes collèges et moi-même», a expliqué à l'AFP, Michael Mann climatologue de la Pennsylvania State University.
Le DoE compte quelque 90 000 salariés travaillant notamment sur l'énergie et les armes nucléaires, la recherche sur les énergies renouvelables et la climatologie.
Des diplomates canadiens inquiets pour le climat bien avant l'élection de Trump
La ministre de l'Environnement Catherine McKenna a réitéré que le Canada continuera à concrétiser ses engagements en matière de lutte contre les changements climatiques aux côtés de l'administration de Donald Trump.
Des diplomates canadiens à Washington ont averti le gouvernement fédéral plus tôt cette année, bien avant l'élection présidentielle américaine de novembre, qu'un gouvernement américain sous la gouverne de Donald Trump nuirait à la façon dont les deux pays coopèrent dans la lutte contre les changements climatiques.
Dans des rapports destinés à Affaires mondiales Canada, obtenus par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, les diplomates critiquent aussi la position protectionniste du républicain en matière de commerce international.
Moins de deux mois avant l'élection du 8 novembre aux États-Unis, ceux-ci ne semblaient toutefois pas redouter une victoire de Donald Trump, alors qu'ils relevaient que Hillary Clinton allait probablement devenir présidente compte tenu de l'avance que lui conféraient les sondages.
Ces constats ont été faits dans une série de rapports de surveillance de la campagne électorale américaine produits par l'ambassade du Canada à Washington.
Ces documents mettent en lumière la façon dont Justin Trudeau voyait une éventuelle présidence du milliardaire new-yorkais.
Ils permettent par ailleurs de comprendre pourquoi le premier ministre canadien a évité de formuler des commentaires négatifs à l'égard de Donald Trump au cours de la campagne électorale - un comportement qui a été applaudi après que le magnat de l'immobilier a été élu président.
L'ambassade du Canada s'était dite inquiète de l'effet d'une administration de Donald Trump sur la lutte contre les changements climatiques. En mai, les diplomates estimaient que le républicain allait «au minimum» tenter de renégocier l'accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
À l'époque, le Canada et les États-Unis célébraient alors qu'ils venaient de renouveler leurs voeux de lutter ensemble contre le réchauffement de la planète.
Justin Trudeau s'était valu les compliments de Barack Obama pour sa contribution aux négociations ayant mené à l'accord de Paris.
«Donald Trump a nié que les changements climatiques sont causés par l'homme (et) il y réfère comme «un canular» et une «forme de taxe très coûteuse», soulignent les diplomates dans un rapport daté du 25 mai. Il va même jusqu'à dire qu'ils ont été créés par la Chine pour miner l'industrie américaine.»
Les auteurs du rapport notent par ailleurs que Donald Trump a dénigré l'Agence américaine de protection environnementale (EPA) et menacé de l'abolir.
La semaine dernière, le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a dit que le Canada appellerait Donald Trump à être un allié dans la lutte contre les changements climatiques et qu'il entendait faire valoir que le déploiement d'efforts en ce sens contribuera à créer des emplois.
Or, le président désigné des États-Unis a, depuis, nommé le procureur général de l'Oklahoma Scott Pruit à la tête de l'EPA. Ce dernier s'oppose aux politiques environnementales de Barack Obama. Il a aussi attribué le poste de secrétaire de l'Énergie au gouverneur du Texas Rick Perry, connu pour ses liens avec l'industrie pétrolière de son État.
Quoi qu'il en soit, la ministre de l'Environnement Catherine McKenna a réitéré, mercredi, durant une période de questions au Sénat, que le Canada continuera à concrétiser ses engagements en matière de lutte contre les changements climatiques aux côtés de l'administration de Donald Trump.
Mme McKenna a dit qu'elle vanterait l'occasion économique que représente la mise au point de technologies vertes.
Le fait que 195 pays aient signé l'accord de Paris «a envoyé un signal aux marchés que nous allons dans la direction d'un avenir plus vert (...) et avec moins de carbone», a-t-elle fait valoir.  La Presse canadienne