Il y a eu quelques heurts entre les manifestants et la police. Les forces de l'ordre les ont dispersé avec du gaz lacrymogène.

Les anti-Maduro bloquent les routes du Venezuela

Des milliers de Vénézuéliens bloquaient lundi les principales routes du pays pour exiger le départ du président socialiste Nicolas Maduro, une journée de mobilisation se déroulant sans incident majeur après trois semaines de violentes manifestations ayant fait 21 morts.
Assis ou debout sur la chaussée, sous un soleil intense, les manifestants étaient pour la plupart vêtus de blanc et brandissaient le drapeau vénézuélien jaune, bleu et rouge.
Installés sur l'autoroute Francisco Fajardo, voie d'accès à Caracas, ils étaient aussi déployés sur les axes stratégiques du pays. Leur action n'a toutefois pas généré d'embouteillages importants, les habitants ayant emprunté les routes secondaires ou renoncé à se déplacer en prévision de la mobilisation.
Les anti-Maduro avaient amené des boissons et de la nourriture et, de temps à autre, entonnaient l'hymne vénézuélien ou clamaient des mots d'ordre comme «liberté».
«Nous restons ici jusqu'au bout de nos forces», confiait John Burgmayer, ingénieur de 49 ans.
«Nous bloquons (les routes) pour que Maduro comprenne qu'il doit partir. Avec lui, nous avons faim. Je ne trouve pas de lait pour mon bébé de 16 mois», expliquait à l'AFP Amalia Duran, une femme au foyer de 41 ans.
Des milliers de Vénézuéliens bloquaient lundi les principales routes du pays pour exiger le départ du président socialiste Nicolas Maduro, une journée de mobilisation se déroulant sans incident majeur.
Aliments et médicaments introuvables
Dans ce pays pétrolier, dont l'économie s'est effondrée avec la chute des cours du brut, la majorité des aliments et médicaments sont introuvables. Lassés, sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ de Nicolas Maduro, selon un sondage Venebarometro.
«Je suis venu parce que je suis fatigué», témoignait ainsi Yorwin Ruiz, manifestant de 26 ans, avant de raconter son calvaire : «J'ai fait le tour de plus de 20 pharmacies pour acheter un simple antibiotique. J'espère qu'au moins nous obtiendrons des élections».
Contrairement aux précédentes manifestations, celle-ci se déroulait dans le calme, hormis quelques heurts, la police dispersant avec du gaz lacrymogène des manifestants qui lui tiraient des pierres sur une autoroute de la capitale.
«Cela a été une manifestation pacifique en faveur d'élections générales. Fini la répression pour le peuple qui veut un changement», a lancé le député d'opposition Luis Florido.
«Nicolas ne part pas»
Après trois semaines de manifestations, les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) maintiennent la pression en faveur d'élections générales anticipées, avant la fin du mandat de M. Maduro en décembre 2018.
«Les protestations pacifiques vont se poursuivre à travers le pays», a prévenu le leader de l'opposition Henrique Capriles, qui a promis d'annoncer «de nouvelles actions» lundi soir.
Le décès dimanche d'une manifestante pro-Maduro, une femme de 47 ans blessée mercredi, a porté à 21 le nombre de morts, depuis le 1er avril, dans ces rassemblements marqués par des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre.
Gouvernement et opposition s'accusent mutuellement de ces violences au cours desquelles plus de 600 personnes ont été arrêtées, selon l'ONG Foro Penal.
«Le Venezuela se lève contre la dictature (...) malgré la répression. Nous n'allons pas nous rendre», a promis Freddy Guevara, vice-président du Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition.
«Des élections oui, je veux des élections maintenant», a lancé dimanche à la télévision M. Maduro, mais en se référant aux scrutins régionaux - qui devaient se tenir en décembre dernier, mais ont été reportés sine die - et municipaux prévus cette année.
L'un des hauts dirigeants du chavisme, Diosdado Cabello, a d'ailleurs précisé lundi qu'«il n'y aura pas d'élections générales, en aucun cas (...). Nicolas ne va pas partir».
M. Maduro, qui a remporté de justesse la présidentielle de 2013 après la mort d'Hugo Chavez, a invité l'opposition à reprendre le dialogue gelé depuis décembre, appelant le pape François à «accompagner» ces discussions.
Onze pays latino-américains ainsi que les États-Unis plaident pour des élections. L'an dernier, une médiation menée par le Saint-Siège avec l'Union des nations sud-américaines (UNASUR) avait échoué.
La crise politique, née de la victoire de l'opposition de centre droit aux législatives de fin 2015, s'est enflammée début avril : la Cour suprême, réputée proche de Maduro, s'est arrogée les pouvoirs du Parlement, déclenchant un tollé diplomatique qui l'a poussée à renoncer 48 heures après. L'opposition dénonce un «coup d'État».
Une précédente vague de manifestations en 2014 avait fait officiellement 43 morts.