Les poings en l’air, des manifestants scandent des slogans lors de la commémoration en l’honneur de George Floyd, mardi à Minneapolis
Les poings en l’air, des manifestants scandent des slogans lors de la commémoration en l’honneur de George Floyd, mardi à Minneapolis

Les 26 minutes qui ont mis le feu à l’Amérique

Jean-Simon Gagné
Jean-Simon Gagné
Le Soleil
Le 25 mai, à Minneapolis, George Floyd meurt peu après son arrestation par des policiers. Encore un homme noir dont la mort suspecte sera vite classée, oubliée? Non. Pas cette fois. Bientôt, les images de l’agonie de Floyd vont soulever l’indignation. À travers les États-Unis, elles deviendront la goutte qui fait déborder le vase. En route pour l’une des plus grandes vagues de manifestations depuis la fin des années 60. Récit des 26 minutes qui ont embrasé l’Amérique...

20h01 :  «C’est un gars noir...»

Un employé du resto-dépanneur Cup Foods Grocery Store, dans le sud de Minneapolis, compose le 911. Un client vient de payer des cigarettes avec un faux billet de 20 $. Mais l’employé n’a pas repéré le faux billet immédiatement. Dès qu’il s’en est aperçu, il a rattrapé l’individu, qui venait de rembarquer dans un véhicule utilitaire sport bleu, de l’autre côté de la rue. Peine perdue. Le client et ses deux compagnons n’ont pas voulu redonner les cigarettes...

Le client est un certain George Floyd, 46 ans. Le propriétaire du resto-dépanneur, Mahmoud Abumayyaleh, le connaît bien. Un habitué. «Un gars tranquille qui ne savait peut-être pas que le billet était un faux», dira-t-il plus tard.(1) Mais en ce lundi soir du Memorial Day, un jour férié aux États-Unis, le proprio Abumayyaleh n’est pas là. Et l’employé ne connaît pas Floyd. Au resto-dépanneur, les appels au 911 font partie de la routine. L’établissement en a logé des centaines au cours des dernières années. Souvent, la police ne prend même plus la peine de se déplacer…(2)

L’employé précise que George Floyd est grand. Il ajoute aussi qu’il semble «terriblement saoul», ou quelque chose du genre.

— À quoi ressemble l’individu? Est-ce un Blanc, un Noir, un autochtone, un hispanique, un asiatique? demande le téléphoniste du 911.

— Quelque chose comme ça, répond l’employé qui semble distrait.

— Quelle race? Est-il blanc, noir, asiatique, hispanique, asiatique? insiste le téléphoniste.

— C’est un gars noir, répond l’employé du dépanneur. (3)

Le compte à rebours infernal commence. Vingt-cinq minutes plus tard, George Floyd sera mort…

20h06 : une affaire de routine

Une première auto-patrouille de police arrive sur les lieux. Curieusement, le véhicule bleu de Floyd est encore stationné au même endroit, de l’autre côté de la rue. Pour des faux-monnayeurs, George Floyd et ses «complices» ne semblent pas pressés de s’enfuir. Les policiers semblent nerveux. L’un d’eux dégaine son arme, avant d’agripper George Floyd pour le sortir du véhicule. Le suspect se fait vite passer les menottes. On l’asseoit contre un mur.

Un automobiliste stationné à proximité filme la scène, juste au cas où. À Minneapolis, les policiers n’ont pas très bonne réputation. En particulier auprès des Noirs. Même si la région soigne sa réputation «moderne» et «multiculturelle», les tensions restent vives.(4) Depuis 2010, au moins 10 personnes ont été tuées lors d’opérations policières.(5) Le président du Syndicat des policiers a même été accusé de se balader avec une veste de cuir arborant un blason «White Power».

En 2018, le maire démocrate Jacob Frey s’est fait élire en promettant de restaurer le lien de confiance entre la population et les forces de l’ordre. Un vaste projet. Et l’arrestation de George Floyd montrera tout le chemin qui reste à parcourir. Sur le coup, la police de Minneapolis affirme que Floyd avait un comportement violent et qu’il a résisté à son arrestation. Ah oui? Grâce aux images tournées par la caméra de surveillance d’un restaurant, on constatera qu’il n’en était rien. La police de Minneapolis sera prise en flagrant délit de mensonge. Une fois de plus…(6)

20h14 : L’agent Chauvin entre en scène

Les policiers amènent Floyd dans leur auto-patrouille, à côté du resto-dépanneur Cup Foods Grocery Store. Ses deux compagnons sont maintenus à distance. Il semble que Floyd explique qu’il souffre de claustrophobie. Il ne veut pas être enfermé. Peu importe. Il est poussé sans ménagement dans le véhicule de police. Une mêlée assez confuse s’ensuit. Apparemment, les policiers ont du mal à faire asseoir le gaillard de deux mètres sur la banquette arrière.

Une troisième auto-patrouille arrive sur les lieux, avec à son bord les agents Derek Chauvin et Tou Thao. Un duo de choc. Derek Chauvin a déjà fait l’objet de 17 plaintes pour faute professionnelle.(7) Il a été impliqué dans trois fusillades, dont une mortelle. La feuille de route de son collègue Tou Thao est à peine moins remplie. Monsieur a fait l’objet de sept plaintes. Mais qui s’en soucie? Au département de police de Minneapolis, depuis 2012, à peine un 1 % des plaintes examinées auraient débouché sur des sanctions disciplinaires…(8)

Derek Chauvin se précipite à la rescousse de ses collègues. A-t-il reconnu George Floyd? Un an auparavant, les deux hommes travaillaient à la sécurité du resto-bar latino El Nuovo Rodeo, situé à quelques coins de rue.(9) George Floyd avait été embauché comme videur, à l’intérieur. Derek Chauvin travaillait à l’extérieur, les fins de semaine. Avec le recul, la propriétaire, Maya Santamaria, se souviendra de Chauvin comme d’un employé agressif, qu’il fallait parfois rappeler à l’ordre. Elle ne croit pas que Floyd et lui aient beaucoup fraternisé.(10)


20h20 : «Je ne peux plus respirer»...

George Floyd se retrouve allongé par terre, à côté du véhicule.

Trois policiers sont agenouillés sur lui. Le premier lui écrase les jambes. Le second lui comprime le torse. Le troisième, Derek Chauvin, lui pèse sur la gorge avec un genou, une technique d’immobilisation fortement déconseillée par la plupart des corps policiers des États-Unis. Le département de police de Minneapolis estime qu’il faut l’éviter, sauf lorsqu’un suspect menace la vie des policiers…(11)

— Je ne peux plus respirer. Je vous en prie, se met à répéter George Floyd, d’une voix étouffée.

Plusieurs passants tentent de filmer la scène. Sur la bande-son de leurs vidéos, on entend les policiers appeler une ambulance. Apparemment, George Floyd s’est blessé à la bouche. Tout de suite après, les policiers rappellent les ambulanciers pour augmenter le degré d’urgence. On juge l’état du suspect plus préoccupant, mais sans donner de précisions.

Tout en maintenant son genou sur le coup de Floyd, le policier Chauvin lui demande de se lever pour aller dans la voiture. Un ordre absurde, puisqu’il sait bien que l’autre ne peut pas obéir! Selon une compilation effectuée par le New York Times, Floyd supplie Chauvin de retirer son genou au moins 16 fois en cinq minutes. (12) Avec le temps, sa voix devient plus rauque. Elle faiblit. Il finit par s’écrier «Maman, je vais y passer!»

Les images les plus saisissantes des derniers moments de George Floyd sont captées par une jeune fille de 17 ans, Darnella Frazier. Par la suite, certains lui reprocheront de ne pas s’être interposée directement. Facile à dire. Sur sa page Facebook, Frazier explique qu’elle était terrifiée par la réaction des policiers. Elle craignait qu’ils lui fassent subir le même sort que Floyd.(13)

20h27 : «Ils vont le tuer!»

Depuis les vitrines du resto-dépanneur Cup Foods Grocery Store, où tout a commencé, les employés et les clients assistent à l’agonie de George Floyd. Horrifiés. Une employée paniquée téléphone au patron Mahmoud Abumayyaleh. «Ils vont le tuer! hurle-t-elle. «Téléphone à la police pour dénoncer le travail de la police, lui aurait conseillé Abumayyaleh. Comme ça, au moins, tout sera enregistré…»(14)

L’ambulance arrive enfin. George Floyd ne bouge plus. Il semble avoir perdu connaissance depuis deux minutes. Ça n’empêche pas le policier Chauvin de continuer à presser son genou contre son cou. Des passants tentent de raisonner le policier. «Il ne bouge plus!» «Prenez son pouls!» «Enlevez votre genou!» «Êtes-vous malade?»

C’est un ambulancier qui convainc finalement Chauvin de retirer son genou. Trop peu, trop tard. Lorsque le grand corps inerte de Floyd est allongé sur une civière, il a le tonus d’une poupée désarticulée. Il est probable que son coeur ait déjà arrêté de battre. Selon la preuve recueillie pour un éventuel procès, le policier Derek Chauvin aurait maintenu la pression infernale durant 8 minutes et 46 secondes...(15)

21h25 : mort à l’arrivée...

La mort de George Floyd est officiellement constatée peu de temps après son arrivée à l’hôpital. Un peu plus tard, la jeune Darnella Frazier partage sur Facebook sa vidéo-choc, d’une durée de 10 minutes. Les images bouleversantes contredisent la version officielle des policiers. Elles sèment l’indignation à la grandeur des États-Unis. Bientôt, la contestation s’étend à des centaines de villes, où elle dégénère souvent en violence. Le président Donald Trump menace même de faire appel à l’armée.

À Minneapolis aussi, la colère gronde. Le 28 mai, des manifestants mettent à sac le poste de police du 3e arrondissement de Minneapolis, où s’est déroulée la mort de George Floyd. Pendant un bref moment, il y flotte une atmosphère de prise de la Bastille. Entre-temps, les quatre policiers impliqués dans l’arrestation funeste ont été congédiés. L’agent Derek Chauvin finit par être accusé de meurtre au second degré. Dans le jargon juridique, c’est l’équivalent d’un homicide volontaire, mais non prémédité. Les trois autres sont accusés de complicité…(16)

Ici et là, à travers les États-Unis, on aperçoit des policiers qui mettent un genou à terre devant les manifestants. En signe de solidarité. Le geste rappelle la croisade de l’ex-quart-arrière des 49ers de San Francisco, Colin Kaepernick, contre la brutalité policière. La grande vedette de basketball Lebron James partage des photos de Colin Kaepernick agenouillé. «C’est pour ça [que  Kaepernick le faisait]», peut-on y lire.(17)

Pour George Floyd, il est trop tard. Mais une constatation s’impose. La peur a changé de camp.

Un graffiti à l'image de George Floyd et sa troublante phrase «I can't breath» (Je ne peux pas respirer).

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QUI ÉTAIT GEORGE FLOYD?

La vie de George Floyd est celle d’un gars ordinaire, dans laquelle beaucoup de gens peuvent se reconnaître. Né en 1974, dans le «Third Ward», l’un des quartiers les plus pauvres de Houston, il veut d’abord de devenir juge à la Cour suprême des États-Unis. «Pour rendre le monde plus juste», écrit-il.(18) Mais à l’école secondaire, le colosse attire surtout les regards lorsqu’il joue au football et au basket. Le jeune prodige se met à rêver de la NBA. Il obtient même une bourse dans ce qui deviendra le South Florida State College. Mais celui qu’on surnomme le «gentil géant» s’ennuie vite de chez lui. Il abandonne ses études au bout d’un an...

Au milieu des années 90, George Floyd fraye brièvement avec la scène hip-hop. Sous le nom de «Big Floyd», il enregistre une chanson intitulée Sittin’ on Top of the World, avec le défunt DJ Screw. Mais la musique paye mal et il perd sa route. «Il s’est mis à faire des conneries, comme beaucoup de garçons de son quartier», dira un ami.(19) Floyd est d’abord arrêté pour vol. Puis pour possession de drogue. En 2007, il est accusé de «vol à main armée». Il passe cinq ans au Diboll Correctional Center, une prison privée de l’est du Texas.

Nouveau décor

À sa libération, en 2012, Floyd travaille brièvement dans une église de Houston. Puis il décide de changer de décor. Il part s’établir à Minneapolis. Il veut remettre de l’ordre dans sa vie. Il veut devenir un bon père pour sa fille Gianna, née en 2014. Floyd n’écoute pas ceux qui lui déconseillent le Minnesota. Il n’a que faire des statistiques sur les injustices raciales. Incluant celle qui stipule qu’à Minneapolis, une famille noire avec un revenu de 167 000 $ a moins de chance d’obtenir un prêt bancaire qu’une famille blanche gagnant 42 000 $...(20)

Le changement semble salutaire. Le jour, George Floyd conduit des camions. Le soir, il travaille comme videur dans un resto-bar latino, où sa bonne humeur fait de lui un favori de la clientèle. Mais en mars 2020, la crise du coronavirus met l’économie sens dessus dessous. Comme plus de 30 millions d’Américains, Floyd se retrouve sans emploi. «Nous sommes une génération perdue,» avait-il écrit sur les médias sociaux. Il ne croyait pas si bien dire...Jean-Simon Gagné


Le mouvement de solidarité et de manifestation a fait le tour du monde. Ici, en Suède le 3 juin.

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L'AUTRE ÉPIDÉMIE

Le nom de George Floyd s’ajoute à une longue liste d’Afro-­Américains tués dans des circonstances suspectes. Ou carrément scandaleuses. «Je ne peux plus respirer», aurait dit à 16 reprises George Floyd avant de mourir. Les mots sont exactement les mêmes que ceux que prononçait Eric Garner, le 17 juillet 2014, alors qu’un policier de New York l’étouffait avec son bras. Garner avait répété la phrase 11 fois, avant de s’évanouir. (22) Pas que étonnant que sa mort ait donné une portée internationale au mouvement Black Lives Matter [Les vies noires comptent].

La mort de George Floyd s’ajoute aussi à celle de Trayvon Martin, assassiné par un civil qui le prenait pour un cambrioleur, en Floride, en février 2012. À celle John Crawford, tué par la police alors qu’il examinait un fusil dans un magasin Walmart, près de Dayton, en Ohio. À celle de Tamir Rice, un garçon de 12 ans, abattu par un policier alors qu’il s’amusait avec un fusil jouet, dans un parc de Cleveland.(23) La liste pourrait s’allonger sur des pages, mais il semble difficile d’oublier Breonna Taylor, une ambulancière tuée chez elle, en pleine nuit, par des policiers de Louisville, dans le Kentucky.

Quelques jours avant la mort de George Floyd, trois hommes de Georgie ont été accusés du meurtre de Ahmaud Arbery, 25 ans. Une histoire sordide. Le 23 février, alors qu’il fait du jogging, le jeune Arbery s’arrête quelques instants pour visiter un chantier de construction. Croyant avoir affaire à un voleur, des voisins le prennent en chasse à bord de leurs grosses camionnettes. Arbery est abattu quelques minutes plus tard, au terme d’une poursuite digne d’un safari. Sans la diffusion d’une vidéo qui a révélé le pot aux roses, la justice aurait cru à une affaire de «légitime défense».(24)

«Trop de mères de famille de la communauté afro-américaine doivent enseigner à leurs fils dès la première adolescence comment se comporter dans la rue pour ne pas éveiller de soupçons et ne pas risquer d’être, à leur tour, la cible de bavures ou de méprises, écrit Le Monde. Trop de joggeurs noirs dans les grandes villes savent que se couvrir la tête de la capuche de leur sweat-shirt ou ignorer, parce qu’ils ont des écouteurs sur les oreilles, un avertissement sonore à s’arrêter de courir les expose à mettre leur vie en péril.»(25)

Le mot de la fin appartient à l’acteur blanc George Clooney, lorsqu’il évoque le racisme, un phénomène qui n’est pas une exclusivité américaine. Loin de là. «Le racisme, c’est une pandémie bien à nous. Ça fait 400 ans qu’elle dure et nous n’avons pas encore trouvé le vaccin.»(26)  Jean-Simon Gagné


Notes

(1) Minneapolis Police Release 911 Call That Led to Encounter With George Floyd, CNN.com, 29 mai 2020.

(2) Cup Foods Owner Says He Will Pay for George Floyd’s Funeral, Fox News 9, KMSP-TV Minneapolis-St. Paul, 29 mai 2020.

(3) Minneapolis Police Release 911 Call That Led to Encounter With George Floyd, CNN.com, 29 mai 2020.

(4) How Minneapolis, One of America’s Most Liberal Cities, Struggles With Racism, The New York Times, 1er juin 2020.

(5) A History of Fatal Police Encounters in Minneapolis, 11 Cases Since 2010, Kare 11, 26 mai 2020.(6) Surveillance Video Does not Support Police Claims that George Floyd Resisted Arrest, cnn.com, 29 mai 2020.

(7) Minneapolis. Le lourd passif du policier inculpé pour la mort de George Floyd, Courreir international (traduction du New York Times), 31 mai 2020.

(8) Minneapolis Police, Long Accused of Racism, Face Wrath of Wounded City, The New York Times, 29 mai 2020.

(9) What Happened in the Chaotic Moments Before George Floyd Died, The New York Times, 29 mai 2020.

(10) George Floyd and Derek Chauvin Were Once Co-Workers, Ex-Club Owner Tells TV Station, National public Radio (NPR), 29 mai 2020.

(11) In George Floyd’s Death, a Police Technique Results in a Too-Familiar Tragedy, The New York Times, 29 mai 2020.

(12) 8 minutes and 46 seconds: How George Floyd Was Killed in Police Custody [vidéo], The New York Times, 31 mai 2020.

(13) The Traumatized 17-Year-Old Who Filmed George Floyd’s Killing Is Already Being Harassed, www.refinery29.com, 29 mai 2020.

(14) Owner of Minneapolis Grocery Store Says He Told Employee «Call the Police on the Police» as She Witnessed George Floyd Death, NBC News, 28 mai 2020.

(15) 8 minutes and 46 seconds: How George Floyd Was Killed in Police Custody [vidéo], The New York Times, 31 mai 2020.

(16) Three More Officers Are Charged in George Floyd’s Death, and Officials Upgrade Charges Against Derek Chauvin, The New York Times, 3 juin 2020.

(17) Le message de Lebron James sur Instagram: https://www.instagram.com/p/CAq3fpCgyve/?utm_source=ig_embed

(18) An American Uprising, The New Yorker, mai 2020.

(19) The Houston Years of George Floyd, Texas Monthly, 30 mai 2020.

(20) Who Was George Floyd? The «Gentle Giant» Who Was Trying to Turn his Life Around, Sky News, 1er juin 2020.

(21) Twin Cities in Crisis: Unequal Treatment of Communities of Color in Mortgage Lending, Institute on Metropolitan Opportunity, avril 2014.

(22) An American Uprising, The New Yorker, mai 2020.

(23) Investigators Call Evidence in the Ahmaud Arbery Shooting «Extremely Upsetting», The New York Times, 11 mai 2020.

(24) Black Panic, The New Yorker, 9 mai 2020.

(25) États-Unis: aux sources de l’embrasement, Le Monde, 30 mai 2020.

(26) George Clooney on George Floyd Killing: Racism is America’s Pandemic, The Guardian, 2 juin 2020.