Youssef Zaghba, Khuram Shazad Butt et Rachid Redouane

Le troisième assaillant de Londres rêvait d'aller en Syrie

Radicalisé via Internet, Youssef Zaghba, un Italo-Marocain de 22 ans co-auteur de l'attentat qui a fait 7 morts samedi à Londres, avait été repéré l'an dernier par les services italiens alors qu'il tentait de se rendre en Syrie.
Né à Fez d'un père marocain et d'une mère italienne convertie à l'islam, il a grandi au Maroc, où il avait entamé des études d'informatique.
Revenue vivre en Italie, sa mère Valeria s'était installée il y a 18 mois à Fagnano, une localité de quelques centaines d'habitants près de Bologne.
Portant le voile selon des voisins, elle était propriétaire d'un appartement au rez-de-chaussée d'un pavillon de deux étages situé en pleine verdure.
Sa petite rue a été envahie de journalistes mardi, mais personne ne répondait à la porte.
Youssef Zaghba n'a pour sa part «fait que passer» dans la région, explique à l'AFP Daniele Ruscigno, maire de l'agglomération de communes englobant Fagnano. De 2004 à 2016, il a été inscrit au registre des Italiens résidents au Maroc.
Mais son passage en Italie a été remarqué: en mars 2016, il s'est présenté à l'aéroport de Bologne avec seulement un petit sac à dos et un aller simple pour la Turquie.
Soupçonnant un départ vers la Syrie, les policiers ont contacté sa mère, qui le croyait parti à Rome. Elle leur a demandé de ne pas le laisser embarquer.
«Il m'avait montré des vidéos sur la Syrie. Il ne m'a jamais dit qu'il voulait aller s'y battre. Pour lui, la Syrie, c'était un endroit où l'on pouvait vivre un islam pur. Il le racontait selon son imagination, comme Internet le lui avait transmis», a-t-elle raconté au magazine italien L'Espresso.
«È l'agent qui l'a contrôlé, il a dit qu'il voulait devenir terroriste. Puis il s'est rétracté», a expliqué Giuseppe Amato, procureur de Bologne, sur Radio 24.
Radicalisé sur Internet
Son téléphone et un ordinateur ont été saisis, mais lui ont été rapidement restitués. «Selon le tribunal, il n'y avait pas assez d'éléments», a ajouté le procureur, regrettant qu'il n'ait pas été possible d'examiner l'intégralité de la mémoire des appareils.
Le jeune homme partageait alors son temps entre le Maroc et Londres, où les services italiens l'ont signalé «comme possible suspect», a assuré M. Amato.
«Il y a un partage complet d'information» avec les autorités britanniques, a déclaré une porte-parole de la police italienne à l'AFP, même si à Londres, Scotland Yard affirme que Youssef Zaghba n'était pas dans le radar des autorités.
«En un an et demi, il est venu 10 jours en Italie et il a toujours été suivi [par la police]. Nous avons fait tout ce qui était possible. Il n'y avait pas d'éléments prouvant qu'il soit un terroriste», a expliqué le procureur.
Les parents du jeune homme ont aussi essayé: «Nous avons toujours contrôlé ses amis et vérifié qu'il ne se fie pas aux mauvaises personnes. Mais il avait Internet, et de là, tout arrive», s'est désolée sa mère dans les colonnes de L'Espresso.
«C'est une dame très bien, très discrète», a raconté à l'AFP son voisin septuagénaire. «Quand j'ai appris cette histoire, je suis tombé des nues.»
Valeria n'aimait pas le quartier de l'est de Londres où son fils s'était installé et où il travaillait dans un restaurant pour l'été. Il y a «fréquenté les mauvaises personnes». Elle devait pourtant l'y rejoindre pour fêter avec lui la fin du ramadan.
Ils en avaient parlé jeudi lors de son dernier appel. Samedi soir, Youssef Zaghba et deux autres hommes ont percuté des piétons à bord d'une camionnette et attaqué des passants au couteau, faisant sept morts et une cinquantaine de blessés, avant d'être abattus par la police.
Mardi matin, sa mère a reçu la visite des policiers dont elle avait fait la connaissance lors de l'incident de Bologne, et ce sont eux qui lui ont fait part de sa mort.
«Je me rends compte que demander pardon ne veut rien dire», a expliqué Valeria. Mais «je promets de consacrer ma vie à faire en sorte que cela n'arrive plus [...], en enseignant le véritable islam aux gens, en cherchant à convaincre les familles de remplir le vide qui peut affecter leurs fils.»
Les trois assaillants
Khuram Butt, le provocateur
Né le 20 avril 1990 au Pakistan, Khuram Shazad Butt, 27 ans, arrive en Grande-Bretagne dans sa petite enfance, son père trouvant un travail dans un marché aux fruits à Londres. Père d'un enfant de trois ans environ et d'une petite fille née mi-mai, Khuram Butt a tout d'abord la vie «d'un Londonien normal qui aime faire la fête», selon un oncle, Nasir Dar, interrogé par l'AFP dans la localité pakistanaise d'origine de la famille, Jehlum.
Selon lui, la vie de Butt «commence à changer après son mariage», de façon «graduelle», quand le jeune homme devient «davantage religieux».
S'il continue à fréquenter sa salle de musculation à Barking, une ville multiethnique de la banlieue est de Londres, ce fan du club de foot d'Arsenal, décrit par ses voisins comme «sympathique» et «pas agressif», multiplie progressivement les provocations.
Le responsable d'un groupe de réflexion islamique londonien modéré, Mohammed Shafiq, a affirmé avoir eu maille à partir avec lui dès 2013, quand celui-ci l'aurait traité de «murtad» (apostat en arabe).
D'après le Guardian, Khuram Butt, qui se faisait aussi appeler Abu Zaitun, avait rejoint le groupe islamiste britannique interdit Al-Muhajiroun, soupçonné d'avoir servi de plate-forme de recrutement pour une centaine de candidats au djihad.
En 2015, les services de sécurité ouvrent une enquête à son sujet, alimentée notamment par plusieurs signalements de particuliers. Mais son dossier quitte le haut de la pile, aucun signe de préparation d'un passage à l'acte n'ayant été décelé selon Scotland Yard.
L'an passé, Butt était apparu dans un documentaire de Channel 4 intitulé «Mes voisins les jihadistes», dans lequel on le voyait, en tenue de prière, se recueillir avec un groupe d'hommes devant un drapeau noir évoquant celui du groupe État islamique, qui a revendiqué l'attentat de samedi.
Il avait également été déclaré persona non grata dans deux mosquées à Londres et Barking en raison de son activisme.
Selon la BBC et d'autres médias britanniques, Khuram Butt avait travaillé au service consommateur d'une chaîne de restauration rapide, ainsi qu'à la régie de transports publics londoniens TFL.
Rachid Redouane, le discret
Né le 31 juillet 1986, Rachid Redouane, un Maroco-Libyen de 30 ans, n'était jamais apparu sur le radar des autorités. Il s'est également manifesté sous l'identité de Rachid Elkhdar, né le 31 juillet 1991. C'est sous ce nom qu'il aurait demandé une première fois - sans succès - l'asile en Grande-Bretagne en 2009, selon la chaîne Sky News.
On retrouve sa trace sous le nom de Rachid Redouane en Irlande en 2012, date à laquelle il épouse à Dublin une Britannique âgée aujourd'hui de 38 ans. Selon Sky, il retourne au Maroc, mais obtient en 2015 un permis de résidence en Irlande, où il rejoint sa femme, avec qui il a une petite fille aujourd'hui âgée de 18 mois. Le couple s'établit à Dagenham, près de Barking, mais se sépare en raison de divergences sur l'éducation de l'enfant, que Redouane aurait ensuite délaissée, selon le Guardian. Il était pâtissier de profession.
Youssef Zaghba, le candidat au djihad
Né à Fes, au Maroc, en janvier 1995 d'un père marocain et d'une mère italienne, Youssef Zaghba, 22 ans, est le benjamin de l'équipée meurtrière. Il a grandi au Maroc, mais passait dernièrement l'essentiel de son temps au Royaume-Uni, où il avait récemment trouvé un emploi saisonnier dans un restaurant à Londres, selon des médias italiens. Comme ses complices, il vivait dans l'est de la capitale britannique.
En mars 2016, il est repéré par la police italienne alors qu'il tente d'embarquer dans un vol pour la Turquie depuis Bologne. Les autorités le soupçonnent de vouloir rejoindre les rangs jihadistes en Syrie. «À l'agent qui l'a contrôlé, il a dit qu'il voulait devenir terroriste. Puis il s'est rétracté», a indiqué le parquet italien. Son téléphone et un ordinateur lui sont confisqués et rapidement restitués, et le jeune homme est laissé libre sur décision de justice. Selon la Rai, sa mère avait demandé aux policiers de l'aéroport de ne pas laisser son fils embarquer pour la Turquie, se disant inquiète de discours «bizarres» qu'il tenait depuis peu. À la suite de cet incident, il a été dûment signalé à Londres «comme possible suspect», selon le parquet italien. Mais Scotland Yard a reconnu qu'il ne figurait pas sur sa liste des personnes surveillées.